Les familles poursuivent, un peu plus paisiblement, cette fois, leur sit-in, place Riad el-Solh. Photo Sami Ayyad
Au lendemain des assurances qui leur ont été données vendredi par le directeur de la Sûreté générale, le général Abbas Ibrahim, concernant les négociations avec les ravisseurs, les familles des otages militaires respirent enfin. Leurs entretiens avec le général Ibrahim et les membres de la cellule de crise – gardés confidentiels à la demande de ces derniers – leur ont donné un nouveau souffle d'espoir, qui se répercute d'ailleurs dans leurs récentes déclarations.
« Pour l'instant, nous n'envisageons pas du tout une escalade, d'autant que les informations qui nous sont parvenues font état de résultats positifs concernant les négociations », a déclaré Marie Khoury à L'Orient-Le Jour. Certes, le principe est acquis et l'escalade serait de nouveau envisagée si les espoirs qui leur ont été donnés n'aboutissaient pas. « Ce que je peux affirmer, c'est que, pour la première fois, nous sommes sur la bonne voie », a-t-elle ajouté.
Défiant les intempéries et le déluge qui ont inondé les rues au cours du week-end dernier, les familles ont poursuivi leur sit-in sous les tentes, place Riad el-Solh.
« Ce que le général Abbas Ibrahim nous a confié nous a certes apaisés », a affirmé le frère de l'un des otages, Ibrahim Moughitt.
Samedi, les parents des otages ont rencontré pour la seconde fois le président du Haut Comité de secours, le général Mohammad Kheir, à l'issue de la réunion de la cellule de crise qui s'est tenue à 16h. « Les membres de la commission ont pris des décisions concernant certaines mesures qui pourraient mener à des résultats concrets », souligne un communiqué officiel publié à l'issue de la réunion.
Pour sa part, le ministre de la Culture, Rony Araiji, a assuré que « le dossier des otages constitue la priorité absolue pour le gouvernement ». « Toutefois, a-t-il ajouté, les négociations sont secrètes et extrêmement sensibles. Par conséquent, nous ne pouvons les rendre publiques de peur de compliquer la situation. » Selon lui, le gouvernement s'acquitte de ses devoirs au plus haut point.
« Il faut toutefois savoir que les négociations ne s'effectuent pas avec un interlocuteur conventionnel. Ce dernier est composé de plusieurs parties qui ont chacune des revendications et des objectifs propres. Les négociations ne sont pas faciles non plus. C'est la raison pour laquelle nous sommes prudents et évitons d'en parler publiquement, qu'il s'agisse de leurs aspects positifs ou négatifs », a-t-il déclaré. Et le ministre de signaler que les revendications des éléments armés qui détiennent les otages « ne sont pas claires. C'est ce qui a fait que les négociations n'ont pas abouti à ce jour. D'où les complications », a-t-il dit.
Par ailleurs, des sources citées par l'agence al-Markaziya ont indiqué que « la libération de certains détenus syriens n'est pas une requête rédhibitoire et ne causera pas nécessairement un problème au sein du gouvernement. Si la libération a lieu, certains militaires seront relâchés. Ce sera une preuve de bonne foi qui fera avancer le dossier. Ce sera également un indice positif de la réussite de la mission du médiateur qatari et de n'importe quelle autre partie qui travaille sur ce dossier ».
Les ulémas hors jeu
Parallèlement, les milieux du comité des ulémas ont estimé que l'analyse selon laquelle les ravisseurs auraient cherché à pousser le médiateur qatari au désespoir, espérant que la commission des ulémas puisse se substituer à lui, est infondée. « Depuis la suspension de notre médiation, aucun des ravisseurs n'a exprimé un quelconque regret. Aucun ne nous a demandé non plus pourquoi nous nous sommes retirés », indique une source du comité.
À la question de savoir si les ulémas étaient prêts à aider le médiateur qatari, la source a fait remarquer que cela « ne leur a jamais été demandé, ni de la part du médiateur qatari, ni de la part du gouvernement, ni explicitement ni implicitement ». « Ce sont les médias qui évoquent cette possibilité, probablement dans l'espoir de parvenir à marquer une percée quelconque dans ce dossier », a-t-elle ajouté.
Les milieux du comité tiennent à souligner d'ailleurs que l'affaire a pris d'autres dimensions aujourd'hui, relevant que plusieurs nouveaux facteurs sont entrés en jeu. « Le dossier dans son ensemble ainsi que les revendications sont devenus plus difficiles. Peut-être parce que les ravisseurs étaient persuadés que le gouvernement n'était pas sérieux dans son approche ou encore parce qu'ils pensent qu'ils sont désormais en position de force », ont-ils ajouté.
Et la source de préciser qu'il est hors de question que le comité des ulémas puisse revenir à la charge sur une demande du gouvernement, « à cause des tiraillements au sein de l'exécutif et parce qu'une partie au sein du gouvernement refuse cela ». Et de conclure : « Nous souhaitons une solution pour les otages militaires quel que soit le chemin emprunté à cette fin. Nous ne cherchons pas à redorer notre blason ni marquer des objectifs politiques précis. Nous souhaitons simplement que la sécurité puisse prévaloir. Nous souhaitons également épargner au pays la contagion syrienne qui risque de se répercuter négativement sur tout le monde. »


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