Les familles d’otages campent place Riad el-Solh, mais leurs cœurs sont ailleurs. Photo Sami Ayad
Que vont se dire aujourd'hui, à Rome, le chef du courant du Futur, Saad Hariri, le patriarche maronite, Béchara Raï, et... le président de la Chambre, Nabih Berry. C'est le grand titre de l'actualité en ce début de semaine, marqué par ailleurs par un apparent surplace dans le traitement du dossier des 27 militaires et agents de sécurité aux mains des jihadistes des groupes al-Nosra et État islamique, ainsi que par des incidents en rapport direct avec la situation régionale : la défection annoncée de trois militaires sunnites et le bouillonnement de la rue kurde à Beyrouth, qui vibre au diapason de la résistance héroïque des combattants kurdes de Kobané, pour empêcher que la nuit barbare incarnée par Daech ne tombe sur cette ville limitrophe de la Turquie.
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On savait depuis la semaine dernière que Saad Hariri se rendrait à Rome, aujourd'hui, pour y rencontrer le patriarche Raï. On apprenait hier de source sûre que Nabih Berry, qui se trouve depuis samedi à Genève où il prévoit d'assister à une réunion de la Fédération parlementaire internationale, se joindra à eux. De quoi parleront-ils ? Sans doute de la meilleure façon de convaincre Michel Aoun de se retirer de la course à la présidence et de l'identité d'un potentiel candidat de compromis qui serait accepté par le 8 et le 14 Mars, affirme notre chroniqueur diplomatique Khalil Fleyhane.
Selon des sources ayant participé aux préparatifs de la rencontre de ce matin citées par notre correspondant, les trois figures, représentatives de leurs communautés, vont tenter de s'entendre sur un profil de présidentiable et de mettre au point le scénario d'une élection présidentielle. Certes, on ne saurait anticiper précisément ce qui peut se produire, assurent les sources en question, mais il semble clair que le président du Parlement est désormais persuadé que le pays doit se dégager de l'ornière où il est enlisé, même au prix d'une rupture momentanée et ponctuelle d'alliances. Pour ces sources, quelqu'un doit avoir le courage de dire à M. Aoun qu'il est impossible de continuer à l'appuyer indéfiniment et sans un horizon politique précis. Qu'une telle perspective soit évoquée un 13 octobre laisse songeur... Est-ce le destin qui s'acharne ? En tout état de cause, la rencontre de Rome se clôturera par un dîner offert au Collège maronite en l'honneur de M. Hariri.
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Il est probable aussi que la rencontre de Rome porte sur la situation militaire au Liban. Sur ce plan, et en réponse aux informations fabriquées de toutes pièces selon lesquelles les États-Unis ont menacé de suspendre leurs livraisons d'armes au Liban, si le don iranien en armes était accepté, le secrétaire d'État, John Kerry, a balayé ces mensonges, dans un message adressé à son homologue Gebran Bassil.
Parallèlement, la brigade logistique de l'armée recevait un nouveau lot de munitions américaines variées, apprenait-on samedi.
Il sera également question, à Rome, de ce troisième cas de désertion d'un soldat sunnite apparu au Akkar. Un cas que la presse libanaise met maladroitement en exergue, estime une source militaire, qui affirme que trois cas sur 60 000 soldats, c'est vraiment trop peu pour parler de défection. Selon cette source, et sans minimiser l'impact sur l'opinion publique sunnite, et surtout sur les jeunes, de la présence en Syrie du Hezbollah, il est plus correct de parler de cas qui se présentent en termes de « désertion ».
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Pour rester sur le plan militaire, les trois hommes feront le point de la situation à Tripoli, où deux têtes brûlées jihadistes pourraient être expulsées d'une mosquée de Bab el-Tebbané sur laquelle ils souhaitaient dresser le drapeau noir de l'EI, et de la polémique déplacée que certaines personnalités de la ville font au commandant en chef de l'armée, critiqué pour avoir affirmé au correspondant du journal français Le Figaro, que le groupe État islamique cherche un débouché sur la Méditerranée, et qu'il pourrait choisir Tripoli pour le faire.
En ce qui concerne le dossier des otages, on affirmait hier à Beyrouth qu'il n'y a rien de nouveau de ce côté. Cet apparent surplace pourrait, en fait, cacher des progrès fait dans la discrétion, sur un dossier qui n'en a jamais eu autant besoin, après les effusions dramatiques relayées par les télévisions des familles des captifs, au point où le moral de toute la population en a été ébranlé.
Enfin, signalons que pour la première fois de façon aussi véhémente, presque violente, les Kurdes du Liban ont manifesté hier contre la passivité dont fait preuve la Turquie, face à l'offensive jihadiste contre Kobané. Mais ce n'est ni la première ni la dernière fois que l'on verra un peuple abandonné à lui-même et cyniquement écrasé sous les yeux de la communauté internationale. Ce fut la matière première de notre propre guerre.
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La rencontre de Rome discutera certainement du ciel et du beau temps dans un pays ou religieux et politiciens sont toujours fiers de se moquer du peuple libanais .
18 h 07, le 13 octobre 2014