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Liban

Maya Chédid Anid, épouse, mère, bénévole et artisane vigneronne

Portrait

Le vin est sa passion depuis une dizaine d'années. Avec son frère, Maya Chédid Anid a créé le Clos du Phoenix, un vin de terroir du village d'Eddé Batroun, qui ambitionne d'obtenir le label bio.

03/10/2014

Sur les hauteurs du village d'Eddé, à Batroun, la cuverie du Clos du Phoenix est en effervescence. Après les vendanges et la première fermentation, on presse aujourd'hui 150 litres de cépage Syrah. Ils devront donner près de 300 bouteilles, d'ici à un an, après une seconde fermentation. L'opération est délicate, le travail artisanal. La petite équipe, dirigée par l'œnologue bourguignon Yvan Jobard, a pour consigne de limiter au minimum les manipulations sur le raisin et sur le vin. L'objectif étant « d'exprimer le mieux possible le terroir, le sol et le climat de la région ». Récupérés, les déchets de raisin serviront d'engrais naturel aux vignes.
Parmi les travailleurs, arborant fièrement le tee-shirt du domaine, la maîtresse des lieux veille à la bonne marche de l'opération avec sa bonne humeur communicative. Maya Chédid Anid, une des rares femmes artisanes vigneronnes du pays, n'hésite pas à mettre la main à la pâte lorsque son aide est nécessaire. Multipliant les encouragements, les remerciements, les attentions, cette femme ronde à l'allure bonhomme ne manque pas, au passage, de vérifier l'avancée du chantier. La petite entreprise familiale est toute jeune, âgée d'un an à peine. Outre la touche finale à apporter au bâtiment construit sur une ancienne chèvrerie, quelques aménagements restent à faire pour un meilleur accueil de la clientèle et la dégustation.

 

(Lire aussi: Vinifest 2014 placé sous le signe de la diversité)

 

Une production artisanale
Le vin, lui, est fin prêt pour la fermentation. Il sera contrôlé de manière hebdomadaire par l'œnologue. « D'ici à un an, près de 9 000 bouteilles de vin rouge, blanc et rosé seront sur le marché », promet Mme Anid. Une production obtenue grâce aux 15 000 pieds de cépage syrah, grenache, chardonnay, cabernet sauvignon, mourvèdre et marsanne plantés sur les 6 hectares familiaux de sol argilo-calcaire. « Nous pressons les quantités que la terre nous donne et tout ce que les sangliers nous laissent, souligne-t-elle avec humour. Nous sommes un des rares producteurs de la région à ne pas acheter de raisin. » De la première cuvée, 2 500 bouteilles ont déjà été écoulées lors de dégustations, de réunions amicales, d'événements, de foires ou par le « bouche-à-oreille ».
Mais qu'est-ce qui a poussé cette citadine originaire de Eddé, responsable médico-sociale au sein de la Croix-Rouge libanaise, à se lancer dans la production du vin ?
« Tout a commencé en 2003 lorsqu'un cousin de mon père nous a encouragés, mon frère Nassib Chédid et moi, à planter nos terrains de vignes pour produire du vin, les gens du village ayant arrêté d'y planter pommes de terre et tomates. Le partenariat a duré 10 ans, jusqu'au décès de notre parent », raconte-t-elle. N'y « connaissant rien au départ », cette épouse et mère de famille s'est « impliquée à fond ». « J'ai aménagé et planté les terrains, j'ai organisé les vendanges. C'est devenu une vraie passion. » Forte de son amour de la nature et d'une expérience de 35 ans dans le guidisme, Mme Anid a alors décidé de poursuivre l'aventure avec son frère, d'exploiter les terrains familiaux et de créer leur propre vin.

 

(Pour mémoire : Avec Paumanok, les Massoud donnent aux vins de Long Island leurs titres de noblesse)

 

Un objectif, le label bio
C'est ainsi qu'est né le Clos du Phoenix. « Le vin rouge, assemblage de plusieurs cépages, syrah, mourvèdre et grenache, porte le nom de Cuvée de la citadelle, en référence à la région où a été bâtie la cuverie, al-Qalaa, explique-t-elle. Le vin blanc a été nommé Émiresse, en souvenir du vin et du cognac que fabriquait à Bickfaya, mon grand-père maternel, de la famille Abillamaa. Quant au vin rosé, il a été baptisé les Fresques, pour saluer la beauté des fresques médiévales de l'église du village. » Directrice générale de l'entreprise, associée à sa belle sœur, Brenda Chédid, elle laisse à cette dernière le soin de s'occuper du marketing et de la vente, et aux jeunes de la famille et du village celui de réunir copains et amis pour les vendanges.
Son souhait le plus cher ? Obtenir au Clos du Phoenix le label de vin bio. Elle y travaille sérieusement. « La vinification se fait sans levure, avec une petite quantité de soufre seulement », explique à ce propos Yvan Jobard. « Nous utilisons uniquement des produits organiques et pas le moindre engrais chimique, poursuit-il. Pour éloigner les merles qui sont friands de raisins, nous utilisons enfin des répulsifs autorisés par la réglementation bio. »
Dans l'attente, Maya Chédid Anid est confiante. Le prochain cru est très prometteur malgré la sécheresse de l'hiver passé et les grosses chaleurs estivales. « Exposées nord, plantées en terrasses, les vignes ont été protégées des fortes chaleurs, fort heureusement », souligne l'œnologue. Mais pour la propriétaire des lieux, qui se prépare déjà pour l'édition 2014 de Vinifest, « l'important est que les amateurs de vin nous apprécient tels que nous sommes ».

 

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