Liban

Le sommet spirituel et les principes de l’humanisme arabe

Tribune
27/09/2014

Le communiqué du sommet spirituel paru hier après la réunion de Dar el-Fatwa prévoit la création d'une délégation islamo-chrétienne qui aurait pour fonction de sensibiliser les décideurs à la nécessité de protéger toutes les victimes, musulmanes et chrétiennes, d'un fléau clairement identifié : la violence meurtrière, « de la dictature et du terrorisme », qui s'empare de la convivialité, non seulement libanaise, mais régionale.
C'est surtout à travers une lecture centrée sur la valeur de l'être humain et la liberté du citoyen que le sommet spirituel entend entreprendre le projet d'édification des démocraties arabes. Comme l'aura en effet prouvé le modèle libanais, la démocratie est le seul mode de gouvernance à même d'épouser le pluralisme des sociétés arabes, sans le dénaturer ni le réprimer à coups de réflexes frileux. La protection des chrétiens d'Irak et de Syrie revêt, dans cette lutte, une portée universelle, liée à l'éclosion de l'humanisme arabe.
En d'autres termes, le sommet spirituel renie clairement la recherche de solutions proprement « chrétiennes » aux problèmes des chrétiens, ou bien des solutions « musulmanes » aux problèmes des musulmans de la région. Il va même jusqu'à abandonner la catégorisation des minorités et des majorités.
Cette double reconnaissance des victimes, appuyée d'une identification claire mais subtile des bourreaux, s'oppose à la méthode adoptée par le congrès de l'IDC à Washington. Celui-ci avait en effet pour dessein de nous convaincre de la nécessité pour nos églises, nos hommes d'affaires, nos partis et notre diaspora de former un « lobby » chrétien qui sensibilise, par sa notoriété, les grands décideurs internationaux aux seuls problèmes des minorités au Moyen-Orient. La méthode de victimisation, mue par des intérêts politiques, est identique à celle du lobby juif, par exemple...
Le sommet spirituel, parrainé par Dar el-Fatwa et marqué par la participation active et hautement symbolique de nos églises, coupe la voie à cette approche, qui alimente sciemment la peur de « l'autre » et dénonce une barbarie en défendant une autre.
Désormais, toute tentative d'accoler aux violences régionales la marque d'un groupe spécifique, en omettant les autres, ou de s'acharner pour défendre un seul groupe de victimes, en occultant délibérément l'autre, ne bénéficie plus de la couverture des autorités religieuses.
Les principes de l'humanisme arabe, celui du Christ mort pour l'humanité entière, ont émané hier de Dar el-Fatwa.

Farès Souhaid
Ancien député
Coordinateur du secrétariat du 14 Mars

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