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Moyen Orient et Monde - Généalogie

Aux origines de l’islamisme du nouveau « calife », il y avait...

De Hassan al-Banna à Abou Bakr al-Baghdadi, retour sur un siècle d'islamisme à travers ses personnages-clés.

De haut en bas, Mohammad ben Abdel Wahhab, Mohammad Abdhuh, Jamal Eddine al-Afghani, Rachid Rida, Hassan al-Banna, Sayyid Qutb, Ruhollah Moussavi Khomeyni, Oussama Ben Laden et Abou Bakr al-Baghdadi.

L'islam et la modernité. Deux mots, deux réalités multiples, deux croyances universalistes, qui se sont rencontrés au XVIIIe siècle. Puis, au XIXe siècle, le face-à-face : islam vs modernité. Comme s'ils étaient essentiellement incompatibles. Comme si la modernité ne pouvait pas être islamique. Comme si l'un des deux était nécessairement destiné à dominer l'autre et à le faire disparaître. Face à cette impasse, trois réactions différentes ont émergé : le retour aux sources, l'imitation et la réforme.

 

Jamaleddine al-Afghani le Persan, Mohammad Abdhuh l'Égyptien et Rachid Rida le Syrien.


La première fut celle de Mohammad ben Abdel Wahhab (1703-1792). Père du wahhabisme, qu'il est possible d'associer à la notion de salafisme, il prône une lecture littéraliste du Coran et une stricte application de la charia pour endiguer la décadence du monde musulman. Après son alliance avec les al-Saoud, sa pensée prend une importance considérable puisqu'elle devient une véritable doctrine pour le premier État saoudien. Puis à la pensée réformatrice préconisant l'imitation du savoir-faire européen, notamment incarné par l'Égyptien Rifa'a Rafi al-Tahtawi (1801-1873), répond un réformisme islamique qui réclame une réouverture de l'ijtihad (la jurisprudence de l'islam) et dénonce la bid'a (l'apport étranger). Jamaleddine al-Afghani le Persan (1838-1897), Mohammad Abdhuh l'Égyptien (1849-1905) et Rachid Rida le Syrien (1865-1935) sont les trois grandes figures de ce mouvement. C'est dans cet environnement idéologique où salafisme, nationalisme et réformisme se côtoient que va naître, ce que Gilles Kepel considère comme « la matrice de l'islamisme moderne », la confrérie des Frères musulmans.

 

Hassan al-Banna (1906-1949) : le guide


Est-il le fils de la pensée réformatrice ou le père de l'islamisme moderne ? Soufi, instituteur, rassembleur, tribun, élève de Rachid Rida et lecteur admiratif d'Ernest Renan, le fondateur des Frères musulmans, Hassan al-Banna, est un personnage aux multiples facettes, qui explique en partie le succès initial de la confrérie. Produit du malaise de son époque et de l'entrée des sociétés musulmanes dans l'ère de modernité, Hassan al-Banna développe une pensée islamo-nationaliste en utilisant des notions, aussi ambiguës que populaires, comme le Parlement islamique, la Constituon islamique, le nationalisme islamique. Il encourage la prédication, compense l'absence de services d'un État défaillant et organise la structuration de ce qui deviendra, dans une certaine mesure, un parti politique. Considérant l'islam comme une totalité apportant une réponse à chaque chose, il s'oppose à la séparation du politique et du religieux, et critique les systèmes politiques européens. Figure de proue de la lutte nationale contre l'occupant anglais, il meurt en martyr de leurs alliés, le roi Farouk, devenant un mythe constitutif de la pensée complotiste des Ikhwane. À sa mort, la confrérie créée par quelques amis à Ismaïlia est une des forces politiques les plus influentes d'Égypte, et bientôt, de tout le monde arabe.

 

Sayyid Qutb (1906-1966) : l'idéologue


Si Hassan al-Banna est le fondateur de la confrérie, Sayyid Qutb en est l'idéologue. Mais alors que le premier s'est intéressé très jeune aux études islamiques, le second est longtemps resté athée, considérant que les religions n'avaient pas le pouvoir de changer les hommes. Critique littéraire, poète, proche de Taha Hussein, rien ne semblait le destiner à devenir le théoricien de la radicalisation des Ikhwane. Ce n'est d'ailleurs qu'après son voyage aux États-Unis, d'où il revient empreint d'un sentiment de dégoût profond face à la perte de valeur de cette société, qu'il intègre la confrérie. Mais la période est riche de bouleversements puisqu'elle voit l'accession au pouvoir de Gamal Abdel Nasser et la popularisation de la pensée panarabe. Évaluant certains membres des Ikhwane comme une menace à son pouvoir, parmi lesquels Sayyid Qutb, il les condamnera à des années d'enfermement dans des camps de travaux forcés. C'est dans ces mêmes camps que Sayyid Qutb écrit ses ouvrages les plus connus, théorisant la notion de hakimiyya (souveraineté absolue de Dieu), présentant le jihad, dans ses deux sens, comme une obligation religieuse, et appelant à la lutte contre les takfiristes (les faux musulmans). La radicalisation de l'islamisme, dans sa martyrologie comme dans son utilisation pernicieuse de la notion de jihad, naît dans la souffrance des camps avant de se répandre, de façon latente, dans le programme politique des groupes islamistes les plus extrêmes.

 

Ruhollah Moussavi Khomeyni (1902-1989) : le révolutionnaire


Parmi tous ces personnages, Khomeyni est le seul à être de confession chiite. Pourtant, sa pensée politique s'inspire ouvertement de celle de Sayyid Qutb. Il faut dire que les Frères musulmans, particulièrement Qutb, ont tellement remis en question cette dichotomie chiite-sunnite que certains experts considèrent les khomeynistes comme les frères chiites. Mais contrairement à Banna et à Qutb, Khomeyni a pu appliquer sa pensée politique en arrivant au pouvoir, par le biais d'un véritable plébiscite populaire, pendant la révolution de 1979. Empruntant au marxisme son populisme et son fonctionnement organisationnel, Khomeyni instaure le régime de la wilayet el-faqih, en d'autres termes le pouvoir absolu du plus haut dignitaire religieux. Le khomeynisme doit également son succès aux nombreuses ambiguïtés du discours de son créateur : nationaliste, anti-impérialiste et panislamiste, pouvoir au peuple mais soumission aux clercs, parfois religieux, parfois idéologique. L'un de ses faits marquants est d'avoir décrété l'obligation du port de voile le 8 mars 1979, à l'occasion de la Journée internationale des femmes. Avec lui, l'islamisme prend une nouvelle ampleur en devenant la doctrine, constitutionnellement établie, d'un État à l'époque moderne.

 

Oussama Ben Laden (1957-2011) : le milliardaire révolté


Parmi tous ces personnages, Ben Laden est certainement le plus connu. Tout a été dit sur lui. Qu'il vient d'une riche famille saoudienne. Qu'il a combattu contre les Soviétiques en Afghanistan. Qu'il a collaboré à l'époque avec la CIA. Qu'il est devenu l'inspirateur d'un jihad mondial dirigé contre l'Occident. Qu'il est l'instigateur des attentats les plus spectaculaires de tous les temps un certain 11 septembre. Qu'il est mort en 2011 après une opération minutieusement menée par les services américains. Que vient-il faire alors dans cette liste ? Existe-t-il une continuité entre Ben Laden et les personnages précédemment présentés? À vrai dire, même si elle n'est pas parfaite, il semble difficile de la nier. Sa haine contre l'Occident, sa propagande religieuse, son appel au jihad et son incitation au martyr renvoient, à bien des égards, aux pensées de ses prédécesseurs. Même s'il faut distinguer les contextes, les subtilités, et surtout le rapport à la violence, qui n'est aucunement comparable, Ben Laden a profité, d'une certaine façon, de la lente mort de l'islamisme politique et de sa mutation quasi désespérée vers l'islamisme purement et strictement jihadiste.

 

Abou Bakr al-Baghdadi (1971) : le fantôme


Encore plus que Ben Laden, Abou Bakr al-Baghdadi, dit le calife Ibrahim, symbolise cette radicalisation de l'islamisme où le jihadisme devient une obligation primordiale pour le croyant. Il pousse même la déviance encore plus loin en désignant, non plus le lointain Occident mais bien le voisin chiite, accusé de mécréance, comme l'ennemi suprême.

 

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L'islam et la modernité. Deux mots, deux réalités multiples, deux croyances universalistes, qui se sont rencontrés au XVIIIe siècle. Puis, au XIXe siècle, le face-à-face : islam vs modernité. Comme s'ils étaient essentiellement incompatibles. Comme si la modernité ne pouvait pas être islamique. Comme si l'un des deux était nécessairement destiné à dominer l'autre et à le faire...

commentaires (3)

UNE MULTITUDE DE "LEEFFS"... !

LA LIBRE EXPRESSION.

21 h 51, le 13 septembre 2014

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Commentaires (3)

  • UNE MULTITUDE DE "LEEFFS"... !

    LA LIBRE EXPRESSION.

    21 h 51, le 13 septembre 2014

  • Que ce soit intégrisme "chréti(e)n" ou intégrisme "musulma(e)n(t)", c'est kifkif soutane noire et noire soutane ! Et dire que même en Europe e.g. en ex-Yougoslavie et même au XXème dans ses dernières années de la décennie 90, "la terreur, la violence et le sang" avaient été, n'est-ce pas, leurs seuls moyens à ces "chrétiens Yougos" d'imposer, yîîîh, leurs "doctrines?" !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    13 h 39, le 13 septembre 2014

  • Blanc bonnet, bonnet blanc. Kello 3end el 3arab saboun.Cette analyse n'explique qu'une chose: La terreur, La violence et le sang sont leurs seuls moyens d'imposer leurs doctrines. Le Christianisme est passe par la il y a 4 siecles. Les musulmans en reviendront dans une dizaine d'annees.

    Gerard Avedissian

    12 h 36, le 13 septembre 2014

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