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Économie

Le business du mariage civil boosté par l’insécurité locale ?

Liban

La tendance du mariage civil n'est plus l'apanage des couples mixtes, mais séduit aussi de futurs mariés de même confession préférant l'assurance d'un mariage à l'étranger loin des tumultes locaux.

06/09/2014

Dans un pays où l'industrie du mariage tourne à plein régime, une nouvelle tendance semble émerger en marge de la dégradation sécuritaire sur le plan local : celle des mariages civils à l'étranger.
Si le phénomène n'est pas inédit, la tendance a pris un nouvel écho suite à l'accélération de l'effritement sécuritaire amorcé il y a trois ans. Les professionnels du tourisme et de l'événementiel ayant alors flairé le bon filon, n'hésitent pas à surfer sur la tendance.
Les offres proposant des « mariages clés en main » à l'étranger fleurissent ainsi dans les agences de voyage tout comme les destinations proposées. À Chypre est venue s'ajouter la Croatie, les îles grecques, la Turquie ou encore l'Italie. Dans l'événementiel, certains organisateurs de mariages ont même fait du mariage civil un véritable fonds de commerce.

C'est le cas d'Élie Berchan, wedding planner spécialisé dans l'organisation de mariages civils à l'étranger. « La demande pour ce type de prestations a connu un véritable boom, explique-t-il. J'ai alors décidé de me positionner sur ce créneau il y a un an. » Selon les estimations du professionnel, en trois ans la demande d'organisation de mariages civils à l'étranger a connu un bond de plus de 60 %.
Si plusieurs facteurs peuvent expliquer ce phénomène, Élie Berchan cite comme premier facteur l'instabilité locale. « Les Libanais sont fatigués d'investir des sommes astronomiques pour se marier sans même avoir l'assurance de la stabilité sécuritaire le jour J. »

 

(Lire aussi : Le projet de loi sur le mariage civil facultatif au Liban : une réforme de l'intérieur, sans rupture avec le système)

 

Vers des mariages plus intimes mais toujours en grande pompe
La tendance du mariage civil n'est alors plus l'apanage des couples mixtes mais séduit aussi de futurs mariés de même confession. « Un changement de mentalité semble s'être amorcé, explique Élie Berchan. Le mariage civil ne séduit plus seulement pour des raisons de laïcité, mais aussi pour les avantages d'un mariage différent, intime, original et surtout plus sûr. »

Autant d'ingrédients qui contribuent au succès des mariages civils à l'étranger, comme témoigne Maud Nakhal, directrice de l'agence de voyage Nakhal. « Cela fait cinq ans que nous organisons ce type d'événements, explique-t-elle, mais ces trois dernières années, la demande a connu une hausse fulgurante. Nous avions commencé avec Chypre puis avons étoffé nos offres. »
Selon la responsable, Nakhal a organisé une cinquantaine de mariages civils à l'étranger cette année, soit une augmentation de 40 % en comparaison avec l'année précédente.

Parmi les destinations les plus prisées pour célébrer les mariages civils figure Larnaka, à Chypre. Selon la mairie chypriote, quelque 350 mariages libanais y ont été célébrés en 2012 et 350 en 2013. En ce qui concerne 2014, le responsable a indiqué à L'Orient-Le Jour « ne pas avoir encore pu recenser l'ensemble des unions mais avoir célébré des mariages libanais tous les jours cette année ! ».
Si l'insécurité ambiante a bel et bien déclenché le bond du mariage civil à l'étranger, d'autres facteurs sont venus renforcer le phénomène. « Se marier hors du Liban rassure une partie des invités souvent venus de la diaspora, explique Maud Nakhal, mais pas seulement. Économiquement, un mariage au Liban implique en général l'organisation de grandes cérémonies, et dans la plupart des cas, des avances non remboursables sont de rigueur pour de nombreuses prestations, des sommes qui, dans un pays comme le Liban, sont difficiles à assumer en cas d'annulation », poursuit la professionnelle.
Les formules proposées varient en fonction des agences de voyage, des destinations et de la durée des séjours, mais toutes incluent un service « clé en main » des formalités administratives, visas, billets d'avion, nuitées, jusqu'au bouquet de la mariée et les témoins de mariage dans certains cas.

« Ces avantages économiques séduisent ainsi de plus en plus de futurs mariés, insiste Fanny, la responsable de l'agence Tania Travel de Jal el-Dib. Pour un mariage au Liban, il faut compter au grand minimum 20 000 dollars. À l'étranger, nous proposons des formules à 1 900 dollars par couple d'invités incluant l'ensemble des frais, à savoir l'hébergement, la cérémonie, les documents officiels, visas et transferts. À ce prix-là, les futurs mariés peuvent inviter le même nombre d'invités qu'au Liban en sachant qu'à l'étranger, seuls les intimes pourront se permettre de faire le déplacement. » En deux ans, la responsable de l'agence a ainsi vu tripler le nombre de mariages civils organisés à l'étranger grâce à ses packages.

L'État libanais, grand perdant de cette manne financière
Si les avantages économiques et les raisons de sécurité motivent de plus en plus de couples à se marier civilement à l'étranger, pour beaucoup de Libanais de confessions différentes, le contrat civil est la seule solution pour pouvoir se dire oui.

C'est le cas de Asma et Nazih Yassine, qui ont célébré leur union le 29 juillet dernier à Chypre. « Quelque 250 invités ont assisté à l'événement, raconte la jeune mariée, pour un budget de 100 000 dollars. Si j'avais eu le choix, il est clair que j'aurais préféré dépenser cette somme dans mon pays, le Liban, mais bon... Nous n'en sommes malheureusement pas encore là. » Pourtant toujours en situation de dépendance financière, l'État libanais ne semble pas pressé de mettre la main sur la manne financière du business fulgurant du mariage civil.
En prenant en compte les prix moyens des formules « tout compris » uniquement pour la destination Chypriote, les dépenses supplémentaires, sans compter les proches, les amis et les témoins, les mariages à l'étranger représenteraient sans doute un business de plusieurs millions de dollars.

 

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M.V.

C'est les lois du divorce à l'étranger...qui ont boosté chez nous...le mariage civil à l'export...!

Sabbagha Antoine

Dans un Liban toujours flou et avec les dix neuf confessions qui risquent de faire faillite si le mariage civil sera voté , oublions le sujet et laissons à d’autres pays le soin de profiter de nos complexes.

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