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Un premier mariage civil entre étrangers célébré au Liban

Société Contracté chez le notaire, le mariage doit maintenant être enregistré auprès du consulat britannique.
04/10/2013

« Je déclare qu’il n’y a aucun obstacle susceptible d’empêcher notre mariage et je te choisis comme femme. » « Je déclare qu’il n’y a aucun obstacle susceptible d’empêcher notre mariage et je te choisis comme mari. »
C’est ensemble, leurs voix mêlées, que Leila* et Peter* lisent le dernier paragraphe du contrat de mariage avant d’y apposer leur signature. Face à eux, supervisant l’opération, ni cheikh ni prêtre, mais Joseph Béchara, notaire de Chiyah, en banlieue de Beyrouth. Dix mois après avoir marié Nidal Darwiche et Khouloud Sukkarieh, les deux premiers Libanais à avoir contracté un mariage civil au Liban, le notaire vient de sceller, en ce lundi 30 septembre 2013, ce qu’il affirme être la première union civile de deux étrangers au Liban.
Entre ces deux « premières », huit à dix couples sont passés devant le notaire, selon Talal Husseini, écrivain, chercheur, militant et artisan du mariage civil de Khouloud et Nidal. Ces nouveaux contrats sont en attente d’enregistrement au ministère de l’Intérieur, une procédure indispensable pour officialiser l’union. Jusqu’à présent, seul un mariage a été enregistré par le ministère de l’Intérieur après celui de Nidal et Khouloud en avril 2013.
« La procédure du mariage civil est légale et le ministère de l’Intérieur est obligé de les inscrire dans le registre d’état civil, précise le militant. D’ailleurs, le rôle du ministère se limite à enregistrer ces déclarations, il ne les valide pas, c’est le notaire qui le fait. » Interrogée sur ces chiffres, la direction des affaires personnelles du ministère de l’Intérieur se contentera de répéter : « Nous n’en avons aucune idée », à chacune de nos questions.


Avec l’union, hors représentation diplomatique, de Leila, syrienne, et Peter, britannique, le mariage civil fait un nouveau pas au Liban. Cette option était la seule solution acceptable, aux yeux de ces jeunes gens, pour se marier au Liban.
« L’ambassade britannique ne célèbre pas de mariage, explique la jeune femme. Quant au mariage religieux libanais, il aurait fallu que mon compagnon se convertisse à l’islam, sans compter que j’appartiens à une minorité qui ne dispose pas de règles de statut personnel qui lui sont propres. »


Dans le bureau sans prétention du notaire de Chiyah, ni robe blanche, ni costume, ni bouquet, mais l’émotion est bien là. Si les jeunes mariés sont en jeans et tee-shirt, et les invités restreints aux seuls témoins, Joseph Béchara tient à donner de la solennité à l’acte : « Dans le cas de Leila et Peter, c’est la loi britannique qui régit le mariage. Mais pour la cérémonie, nous respectons les procédures et lois libanaises, du moins dans la forme. Échanger ses vœux à voix haute devant une autorité publique et les témoins donne plus de légitimité à l’acte. »


Pour pouvoir se marier, Leila et Peter ont dû fournir quelques documents, comme dans n’importe quel mariage. Ils sont passés chez le moukhtar pour obtenir une attestation de résidence, chez le médecin pour un certificat médical, dans leur ambassade ou ville natale pour le certificat de célibat. Les bans ont été publiés sur la porte de leur domicile quinze jours avant la cérémonie. Des formalités qui ne leur ont pris qu’une quinzaine de jours en tout et pour tout. Le jour J, ils n’avaient qu’à arriver avec ces documents et une pièce d’identité. « C’est une procédure très simple », insiste Joseph Béchara. Et très peu onéreuse, puisque le notaire n’a rien touché pour ce mariage.


Depuis le coup d’éclat de Khouloud et Nidal, le notaire ne chôme pas, il affirme recevoir beaucoup d’appels de couples intéressés par une union civile. « Mais nous avançons lentement, de manière à être sûrs de nos dossiers pour qu’ils soient enregistrés sans problème au ministère de l’Intérieur », souligne-t-il. Actuellement, 15 à 20 couples préparent leur dossier avec lui.


Pour Leila et Peter, pas de passage par le ministère de l’Intérieur, le contrat sera directement transmis au consulat britannique pour y être enregistré. « Selon le droit international privé, qui affirme le droit à se marier, ce mariage est légal, explique Talal Husseini. De la même manière que le Liban reconnaît les mariages civils entre Libanais contractés à l’étranger, les autres pays doivent reconnaître les mariages civils contractés au Liban. Donc je pense que le mariage sera reconnu. »
Lundi après-midi, au sortir de l’étude du notaire, Leila, Peter et leurs deux témoins avaient, en tout cas, la solide impression d’avoir vécu là un moment historique.

* Les prénoms ont été changés à la demande des intéressés pour préserver leur anonymat.



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