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À La Une - crise

A nouveau exilés, des Kurdes d'Irak rêvent de revoir leur village turc

"J'ai subi neuf déplacements forcés au cours de ma vie. Cela fait 20 ans que je suis un réfugié".

Une jeune kurde réfugiée à Hajyawa, ville située à une centaine de kilomètres à l'est d'Erbil, en direction de la frontière iranienne. Ahmad al-Rubaye/AFP

"Cela fait 20 ans que je suis un réfugié", note amèrement Ramazan Mohammad Khalil. Comme lui, des familles kurdes ayant fui la Turquie pour l'Irak dans les années 1990 ont été contraints à un nouvel exil et rêvent d'un retour aux origines.

Dans le nord de l'Irak, des centaines de milliers de personnes ont dû fuir les violences au cours des dernières semaines, et particulièrement la menace que représente l'Etat islamique (EI, ex-Daech), au premier rang desquels les minorités chrétiennes et yazidies. Mais pour certains Kurdes, ce drame constitue en outre une douloureuse répétition de l'histoire.

"J'ai subi neuf déplacements forcés au cours de ma vie. Cela fait 20 ans que je suis un réfugié", témoigne Ramazan Mohammad Khalil, un homme aux yeux bleus âgé de 47 ans, rencontré à Hajyawa, ville située à une centaine de kilomètres à l'est d'Erbil, en direction de la frontière iranienne.
Contraint de quitter à 24 ans son village turc en raison de la répression contre la rébellion kurde, Khalil avait fini par construire sa vie à Makhmour, dans le nord de l'Irak, aux côtés de 10.000 autres Kurdes originaires de Turquie. Mais l'avènement de l'EI est venu de nouveau bouleverser l'existence de ce père de six enfants.
"Nous avons fui au début du mois juste avant que l'EI n'attaque car nous avions entendu dire que ses combattants étaient impliqués dans des massacres dans d'autres zones kurdes comme Sinjar", raconte-t-il.

(Repère : Tout ce qu'il faut savoir sur l'Etat Islamique)


Avec ses proches, Khalil, qui parle parfaitement turc et kurde, a trouvé refuge à Hajyawa, à trois heures de route de Makhmour. En tout, ce sont une trentaine de mosquées et six écoles de la zone qui accueillent des familles de déplacés.

Nostalgie

A la mosquée d'Hajyawa, un semblant de vie normale semble avoir repris. Sous une chaleur accablante, des femmes fabriquent le pain tandis que d'autres lavent des vêtements d'enfants à l'aide de robinets servant habituellement aux ablutions. Mais le traumatisme surgit dès que la conversation s'engage. "L'EI nous a obligés à fuir de nouveau, nous autres civils innocents", se lamente Halima Abdullah, un mère de famille de 40 ans au voile couleur ivoire.

Au cours de la semaine écoulée, les combattants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) sont parvenus à reprendre Makhmour aux jihadistes. La cité n'en demeure pas moins une ville fantôme, tandis que l'EI continue de contrôler des villages voisins.

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Pas de quoi envisager un retour pour Halima, d'autant que les événements des dernières semaines sont venus raviver les souvenirs du passé. "Je suis de Sharnakha (en Turquie) et je me souviens bien de mon village. Le gouvernement turc, avec ses avions de guerre et ses chars, nous avait contraints à fuir", relève-t-elle.
Celle qui avait 11 ans à l'époque ne cache pas une profonde nostalgie pour cet endroit fait de "champs, de fleurs, de montagnes, de nature partout". "Nous voulons retourner sur nos terres ancestrales. Notre maison, c'est là-bas", clame-t-elle tandis qu'à ses côtés son fils d'un an dort à poings fermés, un pied minuscule dépassant d'une couverture bleue.

Agé de 24 ans, Ismail Ibrahim n'en avait que deux au moment où sa famille a elle aussi dû quitter la Turquie. Mais il partage cet avis. "Nos villages en Turquie, c'est notre terre, notre endroit à nous", dit-il, un sourire au visage. "Certes le problème kurde doit être résolu (en Turquie) avant de pouvoir imaginer rentrer. Mais ici, en Irak, ça ne pourra jamais être autre chose qu'une maison temporaire", prévient-il.


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