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Une escapade à Bécharré, refuge des maronites persécutés après la chute de Byzance

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Située à 126 kilomètres de Beyrouth, la localité de Bécharré est très peu fréquentée par les touristes. Pourtant, la ville possède un patrimoine culturel riche. Elle a tout pour séduire les vacanciers et leur offrir un séjour de bien-être et de détente. Une véritable escapade à ne pas manquer !

17/07/2014

Située au Liban-Nord, la localité de Bécharré culmine entre 1 400 et 1 650 mètres d'altitude. La ville compte près de 30 000 habitants et jouit d'un climat montagnard sec et doux.
Le nom de Bécharré remonte au temps des Phéniciens et signifie « la maison de Achtar ». Achtar était la déesse de la fertilité, de la beauté et de la maternité. Elle était également la déesse guerrière adorée des Phéniciens qui habitaient la côte est de la Méditerranée.
Entourée d'une muraille de montagnes, tels les remparts des châteaux du Moyen Âge, la localité de Bécharré donne l'impression d'être la dernière ville au Nord. « Lorsqu'on y arrive, on a le sentiment qu'il n'y a plus aucune ville derrière ces montagnes », souligne Matthieu, visiteur français d'origine libanaise. Les apparences sont trompeuses !
Il suffit d'avancer quelques mètres au-delà des montagnes pour apercevoir d'autres villages comme Hadchit ou Blaouza.


Une fois arrivé à l'entrée de la ville, on est tout de suite baigné dans le charme montagnard libanais. Les rues sont étroites et sinueuses, mais l'architecture‚ à la fois orientale et romaine‚ diffuse une aura unique en son genre. L'entrée de Bécharré amène directement dans le centre-ville, appelé le souk. Là sont ouvertes plusieurs boutiques de toutes sortes (épiceries, bouchers, vêtements, cybercafés, snacks, etc.), collées les unes aux autres. Il suffit de quelques instants pour remarquer que Bécharré est une ville à la fois très simple et très vivante. On peut facilement la comparer à un spa, un endroit où il est possible de se détendre et d'évacuer le stress et les problèmes du quotidien. Il ne s'agit pourtant pas d'une une ville coupée du monde, bien qu'elle ne dispose pas de toute la technologie ni de toute l'affluence que l'on peut trouver dans d'autres villes plus proches de la capitale. Pour ceux qui sont très pris par le travail, Bécharré est le meilleur endroit pour faire une pause et passer un véritable moment en famille, entre amis ou seul. « Comme chaque été, ma femme et moi venons à Bécharré avec nos enfants. Ici, je n'ai pas d'autre choix que de me couper du travail et des appels téléphoniques à répétition concernant l'entreprise. Du coup, je passe des moments en famille, et surtout je profite de mes enfants », explique Georges, Français d'origine libanaise.

 

En descendant vers la vallée de la Qadisha
Bécharré est considérée comme le siège spirituel des maronites, plus particulièrement la vallée de la Qadisha, du fait que cette région a sauvegardé leur présence dans le pays. Elle fut le centre spirituel de l'Église maronite au Liban. Surnommée la « Vallée sainte », elle est devenue le refuge des chrétiens maronites persécutés après la chute de Byzance.


Illustrant deux bras de prière qui entaillent la montagne, cette vallée se situe entre 500 et 1 650 mètres d'altitude. « Les pentes de la vallée sont très abruptes et leurs falaises forment naturellement des remparts, raconte Pierre Germanos, guide touristique de Bécharré. À certains endroits, les falaises sont entourées de terrasses aménagées par les ermites afin de cultiver le blé, la vigne et l'olivier. L'érosion karstique souterraine (massif calcaire dans lequel l'eau a creusé de nombreuses cavités) est à l'origine d'une formation naturelle considérable de grottes, souvent difficiles d'accès. La plus importante est la grotte de la Qadisha, qui est située en amont de la partie la plus resserrée de la vallée. Elle s'étend sur une profondeur de 778 mètres. Les rochers de la vallée de la Qadisha évoquent la solidité de la foi et ce temps ancien où des centaines de moines et d'ermites maronites se précipitaient dans les monastères ou s'isolaient dans les innombrables grottes de la montagne pour s'adonner à une prière continuelle. » Inscrite depuis 1998 sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco, la vallée reste aujourd'hui l'un des plus importants sites d'établissement des premiers monastères chrétiens au monde.


Au creux de la vallée de la Qadisha réside le plus ancien monastère maronite du Liban, Notre-Dame de Qannoubine, puisqu'il était, du XVe au XIXe siècle, le berceau de la vie cénobitique maronite (c'est la façon de vivre en communauté dans un monastère), autour du patriarche.
Ce lieu, où le touriste peut séjourner, donne envie de méditer du fait de son incroyable spiritualité, peut-être grâce à son histoire. Une spiritualité qui s'étend d'ailleurs à la forêt des cèdres, l'emblème même du Liban.

 

En montant vers les cèdres de Dieu
La forêt des cèdres, ce bouquet d'arbres millénaires, constitue l'un des plus hauts lieux touristiques libanais. Surnommés « les cèdres de Dieu », ces arbres sont les plus vieux parmi tous les cèdres du pays et donnent une idée de la stature et de la magnificence de cet arbre qui a fait la réputation du Liban dans l'Antiquité. Leurs troncs sont droits et leurs puissantes branches s'étendent comme d'énormes éventails.
Le cèdre a joué un rôle important dans la culture, le commerce et les rites de l'Orient ancien. Son exploitation intensive débuta au troisième millénaire avant Jésus-Christ, lorsque les cités de la côte, comme Byblos, ont commencé à se livrer au commerce de bois de cèdre avec l'Égypte. Les Phéniciens s'en servaient aussi pour la construction de leurs flottes.


En 1876, la reine de Grande-Bretagne, Victoria, prêta une attention particulière à cette vulnérable relique. Elle ordonna d'entourer d'un muret les 120 hectares de cèdres survivants. Désirant aller dans la même direction, en 1985, l'Association des amis de la forêt des cèdres s'est engagée à réparer les dommages que les hommes ou la nature ont fait subir à ces arbres. Ainsi, la cédraie fut nettoyée de ses détritus, fertilisée et traitée. Des chemins furent aménagés pour faciliter l'accès à cette majestueuse forêt et éviter d'autres dégâts.
Rudy Rahmé, poète et sculpteur libanais originaire de Bécharré et membre de l'Association des cèdres, donna une seconde vie à un cèdre âgé de 3 500 ans, mort foudroyé. Il le transforma en une sculpture de trente-deux mètres de haut baptisée « Lamartine ». « L'Association des cèdres voulait faire un cadeau à la France, car l'agence Vert de l'Île-de-France nous a beaucoup aidés, surtout pour lutter contre la maladie des cèdres, explique-t-il. Je leur ai proposé de sculpter un cèdre mort avec les bois usagés. Au début, ils étaient tous très sceptiques. Il m'était très difficile de les convaincre. Un seul homme, Wahib Kairouz, m'a fait confiance. Pour lui, c'était le début d'un écomusée. J'ai mis six ans pour finir ce projet qui a finalement abouti. »
Pour les Libanais, le cèdre est un symbole d'espoir. Dans l'un des textes de la proclamation du Grand Liban, datant de 1920, on peut lire : « Un cèdre toujours vert, c'est un peuple toujours jeune en dépit d'un passé cruel. Quoiqu'opprimé, jamais conquis, le cèdre est son signe de ralliement. Par l'union, il brisera toutes les attaques. »


Le cèdre du Liban fut aussi la muse de célèbres écrivains comme Antoine de Saint-Exupéry qui avait séjourné au Liban en 1935 et avait beaucoup aimé les cèdres. Ainsi, il écrivit dans son œuvre posthume
Citadelle : « La paix est un arbre long à grandir. Il nous faut, de même que le cèdre, aspirer encore beaucoup de rocaille pour lui fonder son unité. »


Au cœur de la forêt des cèdres de Dieu se dresse une petite chapelle construite en 1843 et placée sous la protection du patriarcat maronite. Tous les ans, le 6 août, la fête du Seigneur y est célébrée. La chapelle se transforme alors en un centre de pèlerinage où les visiteurs affluent de toutes les régions du Liban.
Ces sites historiques sont une spécificité de Bécharré que nulle autre ville du pays ne possède. C'est une paisible escapade dans un bout d'histoire du Liban.

 

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L'Orient-Le Jour

Merci pour votre remarque M. Iskandar.

Khoury Iskandar

Chute De Byzance au VII ?????
something does not make sense with the dates mentioned.

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