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En Irak, les Kurdes voient leur rêve d'indépendance s'approcher

Reportage

La priorité est désormais d'isoler le Kurdistan du reste du pays, taillé en pièce par les islamistes.

OLJ/Reuters
15/06/2014

L'offensive islamiste dans le nord de l'Irak a permis aux Kurdes, qui rêvent d'indépendance depuis des années, de redessiner à leur guise la limite entre la région autonome qu'ils administrent et le reste du pays.

Tandis que les miliciens de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL, Daech en arabe) progressaient vers Bagdad, ils ont pris possession entre autres de l'intégralité de Kirkouk et de ses gisements pétroliers. En quelques jours, leur territoire a gagné pas moins de 40%. Les vastes ressources pétrolières de Kirkouk et de ses environs pourraient à elles seules assurer la viabilité financière d'un Etat souverain et libérer les Kurdes de la tutelle du gouvernement central, dirigé par le chiite Nouri al Maliki.

(Analyse : Les liaisons dangereuses de la Turquie)

Jeudi, les peshmergas ont pris possession de bases militaires désertées par les forces gouvernementales, où ils ont fait main basse sur tout un arsenal, ce qui a donné lieu à des scènes inédites depuis le renversement de Saddam Hussein. Cette fois, ils n'ont aucune intention de renoncer à leurs prises et n'ont guère de pitié pour une administration dont ils veulent s'émanciper depuis les lustres.

"Nous sommes entrés dans une nouvelle ère en Irak, qui est complètement différent depuis Mossoul", assure Fouad Hussein, chef de cabinet du président de la région autonome, évoquant la deuxième ville du pays, tombée mardi aux mains de l'EIIL.
La priorité est désormais d'isoler le Kurdistan du reste du pays, taillé en pièce par les islamistes et qui risque de replonger dans les violences confessionnelles d'il y a dix ans. Une zone tampon de plus de 1.000 km a ainsi été mise en place de la frontière iranienne jusqu'à celle de Syrie.

"Une grande chance"

Après la chute de Mossoul, qui se trouve à moins de 100 km d'Erbil, "capitale" du Kurdistan irakien, les peshmergas auraient pu aisément voler au secours de l'armée et l'aider à reprendre la ville, mais ils disent n'avoir reçu aucune demande en ce sens et jugent quoi qu'il en soit que Bagdad n'a rien a proposer en échange.  "Ils se fichent pas mal de Mossoul. Ils vont continuer à s'étendre au-delà de la ligne verte et une bonne partie de ces gains seront en terres pétrolifères", estime un ancien diplomate américain en Irak.

Avant-même les derniers événements, les Kurdes avaient déjà largement bravé l'autorité du gouvernement central en accordant des concessions à des compagnies pétrolières étrangères dans des zones disputées.

(Lire aussi : Syrie: régime et jihadistes devraient bénéficier des succès de Daech en Irak)

"Toutes ces zones vont être incorporées dans la région. Actuellement, notre frontière est avec l'EIIL pas avec le gouvernement irakien", a affirmé sans détours Jabbar Yawar, secrétaire général du ministère de la Défense. Les Kurdes contrôlent en outre les deux côtés de la frontière syrienne, où l'aile locale du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) leur a proposé son aide.
"Côté kurde, certains dirigeants pensent que l'indépendance viendra de l'effondrement de l'Irak et que Maliki est le mieux à même d'y conduire. Pour eux, l'indépendance est à porté de main", note Emma Sky, ancienne conseillère politique de l'état-major américain en Irak. "Le risque, c'est évidemment que l'EIIL se fasse le défenseur des sunnites (dans les zones disputées) et se mette à combattre les kurdes, ce qui marquerait le début d'une guerre arabo-kurde", poursuit-elle.

A Erbil, on juge toutefois que le jeu en vaut la chandelle. "Tout le monde a peur, mais c'est une grande chance pour nous. L'EIIL nous a donné en deux semaines ce que Maliki nous refuse depuis huit ans", résume un membre du gouvernement autonome ayant requis l'anonymat.

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