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Économie

Chammas : Non à une économie qui doit supporter deux peuples

Liban - Secteur commercial

Le président de l'ACB a mis en garde contre les conséquences négatives sur l'économie libanaise du vide présidentiel et de l'afflux massif des réfugiés syriens. Des conséquences illustrées par les seuils « extrêmement inquiétants » atteints au premier trimestre par l'indice ACB-Fransabank pour le commerce de détail.

30/05/2014

Le président de l'Association des commerçants de Beyrouth (ACB), Nicolas Chammas, a levé le ton une fois de plus pour dénoncer les conséquences catastrophiques de l'afflux des réfugiés syriens sur l'économie libanaise. Reprenant la célèbre formule de l'ancien président syrien, feu Hafez el-Assad, « un même peuple dans deux États », il a mis en garde contre l'impossibilité pour l'économie libanaise de subir le poids de deux peuples.


Rappelons que l'ambassadrice de l'Union européenne (UE) au Liban, Angelina Eichhorst, a déclaré mercredi à la chaîne télévisée Future TV que le nombre de réfugiés syriens enregistrés au Liban a atteint la barre des 1,8 million. Le volet libanais de l'élection présidentielle syrienne s'est transformé hier en manifestation gigantesque qui a paralysé des heures durant plusieurs régions libanaises.
M. Chammas a rappelé que l'économie libanaise en général, et son secteur commercial en particulier, souffre d'un frein de la croissance sans précédent, mettant en avant « une compétition féroce de la main-d'œuvre syrienne qualifiée et non qualifiée ». « Pour que le Liban puisse subvenir aux besoins de ses citoyens, il doit enregistrer un taux de croissance de 5 %, mais s'il doit aussi porter l'afflux de réfugiés syriens, ce taux doit atteindre 10 % ! » a-t-il mis en garde.


C'est à l'occasion d'un déjeuner organisé en l'honneur des membres de la presse libanaise au restaurant Le Maillon (Beyrouth) que le président de l'ACB a également critiqué les discours des dirigeants du Comité de coordination syndicale (CCS). Dans un entretien avec L'Orient-Le Jour, M. Chammas a réitéré l'impossibilité pour l'économie libanaise d'absorber le coût d'une hausse de la grille des salaires telle qu'elle est actuellement revendiquée par le CCS.


Plus tôt dans la journée, Nicolas Chammas s'était rendu à la tête d'une délégation de l'ACB chez le Premier ministre, Tammam Salam. Il a ainsi loué la formation du gouvernement, l'adoption de la déclaration ministérielle, le plan sécuritaire mis en place à Tripoli et le retour de l'ambassadeur saoudien au Liban ; des facteurs qui, selon lui, ont amélioré le climat des affaires. Le président de l'ACB s'est toutefois montré inquiet au sujet du vide présidentiel et a mis en garde contre les conséquences d'un tel vide sur une économie déjà largement affaiblie par la crise syrienne.

 

L'indice ACB-Fransabank
L'indice mesurant l'activité commerciale de détail, mis en place en septembre 2012 et conjointement publié par l'Association des commerçants de Beyrouth (ACB) et la Fransabank, a affiché une baisse de 7,2 % en glissement annuel pour le premier trimestre de 2014.
Par rapport à l'indice de base 100 fixé au dernier trimestre de 2011, et en prenant en compte le taux trimestriel de l'inflation, de 1,3 % pour les trois premiers mois de 2014 selon les données de l'Administration centrale de la statistique (ACS), l'indice ACB-Fransabank pour le commerce de détail s'est donc établi à 58,90 points au premier trimestre – soit bien en dessous du seuil de base fixé.


Il convient de rappeler que l'indice avait déjà enregistré en 2013 une forte contraction de 14,4 % à 89,66 points par rapport à la même période de 2012. Ce nouveau recul au premier trimestre 2014 a été jugé « extrêmement inquiétant » par les deux institutions, illustrant « un ralentissement de plus en plus marqué de l'activité économique ainsi que le déclin continu des ventes dans la plupart des secteurs ».
Dans les détails, « des facteurs négatifs persistants présents depuis maintenant plus de deux ans, notamment sur le double plan politique et social, continuent de miner la vitalité du commerce de détail », a souligné le communiqué. Et cela, a-t-il noté, en dépit d'une amélioration de la situation sécuritaire face à la crise en Syrie, génératrice d'un afflux de réfugiés à l'impact « conséquent » sur l'économie libanaise.
« Les résultats du commerce de détail au premier trimestre de 2014 reflètent le ralentissement continu de la demande et la dangereuse spirale descendante qui est devenue partie intégrante du paysage commercial libanais depuis plus de deux ans. Une spirale qui, à l'origine, était circonstancielle mais qui est graduellement devenue intrinsèquement structurelle », ont déploré l'ACB et la Fransabank.


Pour ces deux institutions, les principaux facteurs qui ont contribué à la détérioration de la consommation sont :
– L'accumulation des complications relatives à l'élection présidentielle ainsi que la polarisation accrue de la scène politique libanaise.
– Les grèves syndicales à répétition en vue de faire approuver le rééchelonnement de la grille des salaires – des demandes jugées « justifiées » mais dont les plans de financements sont « irrationnels ». « Le seul impact de cette série de grèves a été la paralysie des marchés et de l'activité commerciale, ce qui a causé aux commerçants de lourdes pertes supplémentaires », a relevé le communiqué. Une situation, selon l'ACB et la Fransabank, aggravée par « l'absence persistante des touristes en provenance du Golfe, qui jouent un rôle important en termes de consommation (...), le recul du nombre de Libanais expatriés venus visiter leur pays natal, la paralysie continue des transports routiers et des activités touristiques et commerciales habituellement générées via la Syrie ».
– L'accélération de la montée du chômage, « dont le taux dépasserait les 20 % selon les derniers rapports ». Une montée accompagnée « par le déclin du pouvoir d'achat des ménages libanais, en raison d'une détérioration de leurs revenus provoquée par l'accroissement de la concurrence illégale de la main-d'œuvre syrienne dans certains secteurs (...) ».


« En examinant en détail les résultats de chaque domaine d'activité commerciale, ont indiqué l'ACB et la Fransabank, il devient apparent que la plupart d'entre eux ont accusé un ralentissement, parfois brutal dans certains cas. » Les deux institutions ont ainsi constaté une dégringolade de 25 % des ventes de boissons alcoolisées et de 15 % pour les ventes de tabac. Elles ont également déploré un « net recul » des ventes de chaussures (-15,5 %), accompagné d'une contraction de 2 ,5 % des ventes d'habits « en dépit des rabais très importants proposés dans ces deux domaines pendant la période couverte ».

 

La consommation alimentaire en baisse
En ce qui concerne les ventes des supermarchés et des magasins d'alimentation, « en dépit de l'afflux allant crescendo des réfugiés syriens au Liban et de l'augmentation naturelle de la demande envers les denrées basiques de subsistance », ces dernières ont reculé de 3 %. Les ventes des librairies (livres et fournitures) ont également fortement baissé (-12,5 %) tandis que les ventes d'équipements électroniques, d'appareils électroménagers et autres accessoires de maison ont reculé de 10 %. Le secteur de la restauration n'a pas été épargné, ont relevé l'ACB et la Fransabank, indiquant que les restaurants et les snack-bars ont enregistré un déclin de 10 %.


Cela étant, ont tempéré les institutions, « le volume des ventes de produits pétroliers a augmenté de 3,8 % tandis que les ventes pharmaceutiques ont bondi de 20 % pendant la période couverte ».
Et de mettre l'accent, en conclusion, sur le besoin « impératif » d'un retour à la normalité institutionnelle, qui serait accompagné de la formation d'une équipe économique chargée de se pencher sur la crise en cours et d'y trouver des solutions « pour rétablir la confiance des consommateurs libanais et en provenance du Golfe, un premier pas vers la guérison » des secteurs commerciaux du pays.

 

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