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Les principaux points du mandat de Michel Sleiman

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Le mandat du président libanais prend fin le 25 mai. Retour sur les principaux points de sexennat.

24/05/2014

"Relations d'égal à égal" avec la Syrie

Après avoir prêté serment devant le Parlement libanais en tant que douzième président de la République libanaise depuis l'indépendance, Michel Sleiman donne, le 25 mai 2008, lecture de son discours d'investiture (lire une analyse ici), mettant notamment l'accent sur la formation du tribunal international (TSL) chargé de juger les assassins de l'ancien Premier ministre, Rafic Hariri, l'élaboration d'une stratégie de défense, la garantie des droits des expatriés, la participation de la jeunesse et le développement équitable.

Dès le discours d'investiture, le président Sleiman rompt avec ses prédécesseurs en évoquant "des relations d'égal à égal" avec la Syrie. "Nous aspirons à des relations de fraternité entre le Liban et la Syrie, sur base du respect mutuel de la souveraineté et des frontières de chaque pays, ainsi que de l'établissement de relations diplomatiques qui profiteront à nos deux pays", déclare-t-il. (Lire les réactions au discours d'investiture ici)

 

Photo Dalati et Nohra

 

-Recevant en juin 2008 le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, Michel Sleiman revient sur le dossier libano-syrien, indiquant qu'il compte œuvrer pour établir les meilleures relations entre Beyrouth et Damas. Selon lui, les deux pays ont "appris des erreurs du passé et leurs rapports à l'avenir seront un modèle de relations entre pays voisins".

 

- En juillet 2008, lors du sommet de l'Union pour la Méditerranée (UPM) le Liban, grâce aux multiples rencontres de son président, refait son entrée au sein de la communauté internationale par la grande porte.

 

 

Normalisation des relations diplomatiques libano-syriennes

- Le 30 mars 2009, lors du sommet arabe de Doha, Michel Sleiman rencontre son homologue syrien Bachar el-Assad. Interrogé par les journalistes à l'issue de cet entretien, M. Sleiman indique que "les relations libano-syriennes sont excellentes. Elles l'étaient et elles le resteront et iront de l'avant". (Lire une analyse ici)

Selon lui, "ces relations sont bien plus profondes, historiquement, géographiquement et socialement, que de simples rapports diplomatiques. Il s'agit de liens de parenté. Cependant, les relations internationales supposent la présence d'ambassades afin de pouvoir régler tous les problèmes qui se posent au niveau international et diplomatique". À la question de savoir s'il veut entendre par là la question du tracé de la frontière, le chef de l'État répond : "Nous sommes convenus du tracé avant l'échange diplomatique."

 

(Pour mémoire : Le président rappelle Chebaa au bon souvenir des Arabes) 

 

Photo Dalati et Nohra

 

- En août 2008, Michel Sleiman, en visite à Damas, et Bachar el-Assad décident d’établir des relations diplomatiques entre le Liban et la Syrie et d’ouvrir des ambassades dans leur capitale respective. Une démarche qui constitue la première reconnaissance syrienne d’un Liban souverain et indépendant en 65 ans de relations bilatérales.

Le 20 avril 2009, Michel Khoury est nommé ambassadeur du Liban à Damas et le 29 mai 2009, Ali Abdel Karim Ali est nommé ambassadeur de Syrie à Beyrouth.

 

 

Chute du gouvernement Hariri

Le 12 janvier 2011, le gouvernement d'union au Liban, présidé par Saad Hariri, s'effondre après la démission des ministres du camp du 8 Mars, enfonçant le pays dans la crise liée à l'enquête internationale sur l'assassinat de Rafic Hariri. Un onzième ministre, Adnane Sayyed Hussein, un des cinq ministres proches du président de la République considérés comme neutres, présente lui aussi sa démission, par souci d'équilibre, explique-t-il.

Au cœur de la crise, le TSL. Le Hezbollah, soutenu par la Syrie et l'Iran, accuse le tribunal chargé de juger les assassins de Rafic Hariri d'être "à la solde d'Israël et des États-Unis" et de se baser sur de "faux témoins" et faisait pression sur Saad Hariri pour qu'il le désavoue. Saad Hariri, lui, refuse tout compromis sur le tribunal.

 

Photo Reuters

 

Michel Sleiman procède alors à des consultations contraignantes avec les différents groupes parlementaires pour nommer un nouveau Premier ministre. Les consultations sont prolongées jusqu'aux 24 et 25 janvier. Alors que Saad Hariri était donné favori, le Hezbollah a recours à un étalage de force dans la rue (c'est le fameux épisode des "chemises noires"), amenant le chef du PSP Walid Joumblatt à changer de position et appuyer Nagib Mikati.

Le 25 janvier 2011, M. Mikati, le candidat du Hezbollah, est chargé de former le futur gouvernement au Liban, une nomination critiquée par Saad Hariri dont des milliers de partisans ont manifesté parfois violemment dans plusieurs villes dénonçant un "coup d’État."

 

(Pour mémoire : Un large éventail de contacts avait précédé la candidature Mikati)

 

 

La déclaration de Baabda et la neutralité du Liban

Le terme "neutralité" du Liban apparaît pour la première fois dans un acte officiel dans le cadre de la déclaration de Baabda adoptée par la conférence de dialogue national tenue en juin 2012 sous les auspices de Michel Sleiman en plein conflit syrien. (Lire une analyse ici)

L’un des points de cette déclaration stipule qu’il faut "neutraliser le Liban par rapport à la politique des axes et des conflits régionaux et internationaux, et le tenir à l’écart des retombées négatives des tensions et des crises régionales (...), sauf pour ce qui est du devoir d’engagement à l’égard des résolutions de la légalité internationale, de l’unanimité arabe et de la juste cause palestinienne (...)".

Pour le chef de l’État, le point sur la neutralité dans la déclaration de Baabda est appelé à devenir un pacte contraignant pour tous, sans exception, y compris pour les gouvernements et les mandats qui vont suivre.

(Voir le texte de la déclaration de Baabda ici)

  

Photo Ibrahim Tawil

  

Une rupture quasi-définitive avec Damas

- En juillet 2012, après avoir dénoncé à plus d'une reprise les débordements militaires du conflit syrien au Liban, Michel Sleiman hausse le ton, protestant contre les violations syriennes de son territoire. Une première depuis le début en mars 2011 de la crise syrienne et ses répercussions sécuritaires et militaires au Liban. Joignant l'acte à la parole, le président, après avoir "exprimé son mécontentement", donne instructions à Adnane Mansour, ministre des AE, de convoquer l'ambassadeur syrien au Liban Ali Abdel Karim Ali et de lui remettre une lettre de protestation en bonne et due forme.

 

- Le 9 août 2012, l'ex-ministre libanais de l'Information, Michel Samaha, est arrêté. Réputé proche de Damas, il est accusé d'avoir introduit des explosifs en vue de mener des attentats au Liban à l'instigation du chef du renseignement syrien.

Réagissant à cette arrestation, Michel Sleiman espère qu'aucune "instance officielle syrienne" n'est impliquée dans les attentats planifiés par M. Samaha au Liban. "J'entretiens toujours de bonnes relations avec le président Bachar el-Assad. Je n'ai rien à cacher. Je suis simplement inquiet de la découverte d'explosifs avec M. Samaha, dit-il. Je m'attends à ce que M. Assad m'appelle, mais il ne l'a pas encore fait". (Lire aussi :  Sleiman ferme face aux pressions de Damas)

 

Michel Samaha. Photo Reuters

 

Le chef de l’État affirme également que "le Liban ne sera jamais plus un champ de manœuvres en vue de règlements de comptes". "Nous avons opté dans le cadre de la déclaration de Baabda pour le principe de la neutralité, qui était une revendication libanaise depuis des décennies, a-t-il souligné. Nous avons adopté ce principe et nous nous employons à le mettre en application. Le Liban ne sera jamais désormais un terrain pour régler des comptes." (Lire aussi : Beyrouth-Damas : échange de bons procédés judiciaires)

 

 

Stratégie de défense

En septembre 2012, le président présente sa conception d'une stratégie de défense pour intégrer les armes de la résistance dans le cadre de la légalité, lors d'une nouvelle séance du dialogue national qui s’est tenue au palais de Baabda.

Plusieurs forces politiques reconnaissent alors que le document soumis par M. Sleiman représente un pas important sur la voie du règlement du dossier des armes du Hezbollah, à travers l’ouverture du débat autour de la stratégie de défense. Ce débat ne sera néanmoins jamais ouvert, le Hezbollah boycottant toutes les séances de dialogue suivantes, et surtout, prenant officiellement part aux combats en Syrie auprès du régime Assad.

 

 Photo Dalati et Nohra

 

 

(Pour mémoire : Le Hezbollah garde le silence et l’opposition temporise avant de prendre position à l’égard de la proposition Sleiman)

 

Une implication vertement dénoncée en mai 2013 par M. Sleiman qui réitère sa conception très restrictive de la stratégie de défense. Il souligne, dans ce contexte, qu’il est possible de "profiter des armes de la résistance en attendant que l’armée soit adéquatement équipée", mais que cet usage doit se faire "en soutien à l’armée, conformément aux besoins de cette dernière et à sa demande, et ce afin de faire face à une agression israélienne sur le territoire libanais et uniquement sur le territoire libanais". De plus, cela doit "se fonder sur une décision centrale prise soit en Conseil des ministres, soit dans le cadre du Conseil supérieur de défense, soit en vertu d’une décision du président de la République en sa qualité de commandant suprême des forces armées".

 

Du triptyque armée-peuple-résistance...

Pour le 67e anniversaire de la fondation de l'armée, le 1er août 2012, l'allocution du président Sleiman est axée sur le problème des armes illégales et de la place que devrait occuper l'armée dans toute stratégie de défense. Il affirme sur ce plan que "la souveraineté, la sécurité et l'usage de la force sont du seul ressort de l'armée", l'usage de la force étant "un droit exclusif dont jouit l’État".

"L'armée et les forces légales officielles ne sauraient avoir de partenaire pour ce qui a trait à la sécurité, la souveraineté et l'usage de la force, qui est un droit exclusif réservé à l’État. Nous rejetons les armes qui sont répandues de manière chaotique et nous sommes opposés à l'utilisation des armes pour des objectifs qui sortent du cadre du consensus national", ajoute-t-il.

 

Photo Michel Sayegh

 

 

(Pour mémoire : Le 14 Mars veut reléguer aux oubliettes la formule « armée-peuple-résistance »)

 

Une année plus tard, et lors de la même occasion, à savoir la célébration du 68e anniversaire de la fondation de l'armée, le chef de l’État critique implicitement l'implication du Hezbollah en Syrie. "Il est désormais impératif d'étudier la stratégie de défense et de l'adopter, ainsi que d'aborder la question des armes de la résistance, qui dépassent désormais les frontières" du pays, déclare M. Sleiman. "Partant de notre distinction claire entre la résistance et le terrorisme, il est temps qu'en matière de Défense, l’État et l'armée soient les seuls décideurs", ajoute-t-il.

 

Photo Dalati et Nohra

 

.... au triptyque "terre-peuple-valeurs communes"

Le 1er mars 2014, lors d'un congrès organisé à l'Université Saint-Esprit de Kaslik, le chef de l’État va beaucoup plus loin dans le face-à-face avec le Hezbollah, s'en prenant cette fois-ci directement aux symboles mêmes de la rhétorique du parti, le fameux triptyque "armée-peuple-résistance", et leur substituant ceux qui, à ses yeux, fondent les assises de la souveraineté et de la légalité de l’État libanais. "La terre, le peuple et les valeurs communes forment le triptyque en or pour la patrie, le seul à même de lier son passé à son futur", lance le président Sleiman.

 

Photo Dalati et Nohra


La réponse vient dès le lendemain, foudroyante : "Le locataire de Baabda n'est plus en état de distinguer entre l'or et le bois", affirme le Hezbollah dans un communiqué.

M. Sleiman se contente de rappeler sèchement au Hezbollah qu'avant de se dédire, ce dernier avait été signataire de la fameuse déclaration de Baabda. (Lire une analyse ici)

 

Non à une nouvelle Constituante

A l'occasion de l'inauguration à Jbeil du "Village sportif Michel Sleiman" et du "Stade Carlos Slim", le 4 mai 2014, Michel Sleiman appelle les députés à "ne pas pousser le pays vers une Constituante (que le Hezbollah voudrait instituer pour substituer les trois tiers, sunnite-chiite-chrétien, à la parité islamo-chrétienne de Taëf) qui risquerait de compromettre la règle de la parité et de l'accord consensuel, et de changer la face du Liban". "Poursuivons l'application de l'accord de Taëf, ajoute-t-il. Cet accord a instauré un filet de sécurité constitutionnel sur lequel nous comptons, malgré ces circonstances exceptionnelles et difficiles."

 

 

 

(Lire aussi : L’objectif du Hezbollah : une nouvelle Constituante)

 

 

Les orientations léguées par Sleiman à son successeur

À quelques jours de la fin de son mandat, Michel Sleiman prononce deux discours dans lesquels il pose des jalons pour la poursuite d'une politique centriste sur le modèle de la sienne.

En référence à la dernière conférence de dialogue qu'il a présidée au palais de Baabda, il redit l'importance de la poursuite de l'application de l'accord de Taëf, "loin de toute idée de nouvelle Constituante". Et dans le cadre de Taëf, il redit son attachement au principe de la parité aussi bien au Parlement que dans le Sénat qui devrait voir le jour.

 

 

Le chef de l’État insiste aussi sur l'importance d'un retrait du Hezbollah de la scène militaire syrienne et d'une neutralité absolue à l'égard des axes régionaux, comme la renonciation à tout point d'appui étranger pour un meilleur positionnement interne. Enfin, M. Sleiman prône un seul État et une seule armée, un seul pouvoir militaire et une stratégie de défense unifiée.

 

 

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BRAVO MADAME RITA SASSINE. UN ARTICLE OBJECTIF QUI NOUS RACONTE... ET ÉCLAIRE EN MÊME TEMPS LES ESPRITS SOURNOIS DE L'OBSCUR... SUR LE COUR DES ÉVÈNEMENTS ET DES COUPS BAS ET TRAÎTRISES DES DERNIÈRES SIX ANNÉES DE LA PRÉSIDENCE !

Halim Abou Chacra

Tout au long de son mandat, le président de la République sortant renforce progressivement la souveraineté du Liban par des "rapports fraternels d'égal à égal entre la Syrie et le Liban". Tout au long de ce renforcement, les lécheurs de bottes syriennes (et iraniennes, bien sûr) sont irrités, inquiets, hors d'eux-mêmes. Comment ose-t-il ? Pour les lécheurs de bottes syriennes (et iraniennes, bien sûr) en effet, cela entrave leur servitude aux dites bottes. Même quand le grand crime Mamlouk-Samaha pour faire exploser le Liban est démasqué, les lécheurs de bottes syriennes (et iraniennes, bien sûr) sont imperméables à un peu de honte, un peu de pudeur. La grande et brillante étape est quand les efforts du président aboutissent à l'instauration de la neutralité du Liban par la Déclaration de Baabda. Jamais lesdits lécheurs de bottes ne se sentent tant coinçés, car avec une telle neutralité, comment vont-ils pouvoir continuer à lécher lesdites bottes indispensables, comme l'oxygène, à leur vie? Et le tout explose quand le président envoie au diable le triptyque-mensonge-hypocrisie-supercherie, base de sabotage du Liban et de son Etat. C'est alors la plus grande, la plus traîtresse effronterie de tous les temps contre un président de la République. "Il a besoin de soins intensifs", osent-ils dire. Et alors c'est la rupture totale, le boycottage de la présidence, du pays, de son Parlement, de l'élection d'un nouveau président, du Liban comme entité. On en est là.

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