Moyen Orient et Monde

La paix, au gré de l’humeur du moment

Le point
24/04/2014

– On avait désespéré de voir intervenir un accord entre les deux ennemis. C'était mal les connaître. L'inattendu s'est produit hier : il y a eu des instants d'intense émotion, des embrassades, l'annonce d'un gouvernement d'union dans les semaines à venir et même la promesse de futures élections...
– Donc tout va pour le mieux. C'est la paix depuis tant de temps attendue et le Proche-Orient peut enfin souffler ?
– Pas tout à fait. Et pour paraphraser ce facétieux d'Alan Greenspan, si quelqu'un prétend avoir compris, c'est que l'on s'est mal exprimé.


Mais qui a parlé de la région du Proche-Orient ? En fait, il s'agit de l'Autorité palestinienne et du Hamas, réconciliés enfin, pour le meilleur. Ou pour le pire...


Ainsi donc, fatigué de se voir continuellement berné dans les pourparlers de paix avec les Israéliens, Mahmoud Abbas décide de frapper un grand coup. Et même deux. Premier temps : il va adhérer à quinze traités et conventions, dont celle de Genève relative aux lois de la guerre, un geste qui se veut une réponse au soudain refus de Benjamin Netanyahu de libérer un dernier groupe de 26 prisonniers, une mesure prévue sous l'égide des États-Unis, en prélude à la reprise du processus gelé depuis trois ans. Second temps : Abou Mazen met le turbo et charge une délégation conduite par Azzam el-Ahmad de rétablir le contact avec les islamistes, interrompu depuis 2007, date à laquelle l'OLP avait été éjectée hors du territoire. Le précédent accord conclu entre les deux parties grâce à une médiation égyptienne n'a jamais vu le jour, en raison de divergences sur le partage du pouvoir et le dialogue avec l'État hébreu.


Des deux côtés de la barrière, on cherche à donner l'impression que cette fois, c'est la bonne. Ismaïl Haniyeh : « L'échec nous est interdit. » El-Ahmad : « Nous voulons mettre fin à la division. Il y aura un pays, un peuple et aucune force au monde ne prévaudra contre cela. » Sur le papier, les perspectives paraissent excellentes. Un rabibochage permettrait à l'héritier de Yasser Arafat d'asseoir son autorité sur l'enclave et à cette dernière – victime d'un impitoyable blocus israélien et égyptien – de se sentir moins isolée. Les accords d'Oslo, on s'en souvient, imposaient à l'OLP le devoir d'empêcher toute attaque « terroriste » contre Israël. Shimon Peres, ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Rabin, avait alors eu ce mot : « Pourquoi faire la chasse désormais au Hamas puisque les Palestiniens vont s'en charger ? »


Aujourd'hui revenu de ses illusions après les embrassades interpalestiniennes, Benjamin Netanyahu ne décolère pas. À l'issue d'une rencontre avec le chef de la diplomatie autrichienne Sebastian Kurz, il déclarait mardi : « Il (Abbas) ne saurait faire la paix avec nous et avec le Hamas. Il lui faut choisir. » Difficile, sachant que les possibilités sont presque nulles de voir des miracles se produire. Pas plus le chef du gouvernement israélien que le président de l'Autorité palestinienne ne sont prêts à renoncer l'un à faire passer son adversaire sous ses fourches caudines, l'autre à ses exigences : relaxe des prisonniers, gel de la colonisation, délimitation des frontières du futur État palestinien. Les Américains pour leur part ont appuyé sur le bouton financier pour écarter le spectre des « mesures extrêmes » Aucune surprise du côté de Tel-Aviv, campé sur un prévisible raidissement et qui a ressorti le classique : « Pas question de parlementer sous la menace. » Surtout quand elle n'émane pas de l'État hébreu.


Or c'est précisément ce qui est arrivé. Abbas ayant (inconsidérément) parlé d'un possible démantèlement de l'Autorité, Naftali Bennett a aussitôt fait donner du gros calibre. « Après avoir encouragé toutes les formes de terrorisme, le voici qui parle de démission, a tonné le ministre de l'Économie et chef du mouvement HaBayit Yehudi. Que pouvons-nous espérer de mieux? » Orit Struk, égérie de ce même parti, lui a fait chorus, affirmant : « Cette menace, si elle venait à être mise à exécution, ferait d'Abou Mazen un has been qui devrait payer pour tout ce qu'il a fait jusqu'à présent. » L'intéressé a été prié par ses adjoints de remballer ses effets de manches et de menton en attendant que l'infatigable John Kerry reprenne du service, si la crise ukrainienne le permet.


À Gaza hier, à Ramallah demain, on va probablement recommencer à mettre le feu au Star spangled banner et à brûler en effigie Barack Obama. Il restera que les deux meilleurs ennemis ne pourront jamais se passer des bons offices de ce vieil Uncle Sam.

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ACQUIS À QUI

Un culot comme on en pense pas voir de notre vivant ! l'excuse etait de dire , regardez les, ils ne s'entendent pas entre eux , comment le pourraient ils avec nous ? et patatras qand ils s'entendent c'est un acte de guerre terroriste avec expedition punitive par avion sur Gaza !!!!avec des blesses graves , pas grave parce que ce ne sont que des palestiniens !!! On connait le proverbe arabe du chat accule au coin du mur , il sort ses griffes et se transforme en tigre , ca fait rire , mais il faut (re)commencer par le bon bout , c'est ca l'essentiel , il faut une resistance qui fasse mal, on a jamais vu un droit se donner par une bonne humeur d'un matin calme pour l'envahisseur/usurpateur . Le Liban en a eu l'experience et a su grace a sa resistance tant decriee mettre les points sur les I .

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