Dieudonné a fait savoir qu’il comptait saisir la Cour de justice de la République « à la suite des accusations attentatoires à l’honneur et à la considération », tenues par le ministre de l’Intérieur Manuel Valls à son encontre. Georges Gobet/François Guillot/AFP
L'étau s'est resserré hier en France autour du comédien controversé Dieudonné plusieurs fois condamné pour antisémitisme. Son spectacle a ainsi été interdit à Nantes, où il devait commencer demain sa tournée. Sur place, le préfet, représentant de l'État, a signé hier un « arrêté d'interdiction » du spectacle. À Bordeaux, Tours, Orléans les maires ont pris les devants et annoncé leur décision d'interdire à Dieudonné de se produire dans leur ville.
Le président François Hollande a d'ailleurs appelé les préfets à se montrer « inflexibles », « face à l'antisémitisme, face aux troubles à l'ordre public que suscitent des provocations indignes, face aux humiliations que représentent les discriminations ». Une circulaire aux préfets du ministre de l'Intérieur Manuel Valls a précisé lundi dans quel contexte il était selon lui possible d'interdire ce spectacle : outre des risques de troubles graves à l'ordre public, il faut notamment qu'il ne relève pas d'un « dérapage ponctuel qu'expliquerait la libre création artistique » ou qu'il soit susceptible « d'affecter le respect dû à la dignité de la personne humaine ».
Dieudonné avait déjà fait savoir qu'il déposerait des recours contre ces mesures, et qu'il comptait saisir la Cour de justice de la République (CJR, habilitée à juger les ministres dans l'exercice de leur fonction) « à la suite des accusations attentatoires à l'honneur et à la considération », tenues par M. Valls à son encontre. Le comédien s'attire par de violentes saillies antisémites et racistes, plusieurs fois sanctionnées par la justice, un public friand de transgressions : 5 000 billets ont été vendus pour le seul spectacle de Nantes. Dans le passé, des municipalités qui avaient cherché à interdire les spectacles du comédien avaient été déboutées au nom de la liberté d'expression. « Rien ne dit que les directives ministérielles réussiront là où les initiatives des maires ont échoué », a estimé hier le quotidien La Charente Libre.
65 290 euros d'amendes
En Belgique, où il s'est aussi produit, des municipalités ont depuis une dizaine d'années tenté d'interdire des spectacles de Dieudonné, mais leurs décisions ont été cassées, en 2004 et 2009, par le Conseil d'État. La plus haute juridiction administrative du royaume a estimé que les propos tombant sous le coup de la loi antiracisme pouvaient donner lieu à des poursuites, non à une mesure préventive.
En Suisse, où Dieudonné doit présenter son spectacle en février à guichets fermés à Nyon, le Tribunal fédéral, la plus haute instance juridique, avait infirmé l'interdiction de la municipalité de Genève de mettre une salle à sa disposition il y a quelques années. « On ne peut pas le condamner à l'avance, nous sommes dans un État de droit », a déclaré Olivier Mayor, responsable culture de Nyon.
La polémique fait rage sur les réseaux sociaux à propos de la « quenelle », signe de ralliement des fans de Dieudonné, qu'ils présentent comme « un bras d'honneur antisystème », mais que d'autres interprètent comme un salut nazi inversé. L'organisation SOS Racisme a annoncé qu'elle poursuivrait les auteurs des « quenelles » quand elles seront faites dans des lieux où elles « ne laissent pas de doute » sur leur caractère antisémite. Cette polémique intervient dans un contexte de montée du parti d'extrême droite Front national (FN), dont 34 % des Français souhaitent qu'il se renforce aux municipales de mars 2014, selon un récent sondage Ipsos.
Les interdictions de spectacles sont exceptionnelles en France et motivées par les incitations à la haine raciale et les atteintes à la dignité humaine. La classe politique était unanime à condamner les propos « racistes » et « inacceptables » de Dieudonné mais certains élus s'interrogeaient sur la stratégie. « Que l'on s'attache à ce que les condamnations dont il a fait l'objet soient effectives, et que tous ses spectacles soient surveillés, que ses propos fassent l'objet de poursuites judiciaires » le cas échéant, a estimé le député écologiste François de Rugy. « Cela nous paraît plus efficace que des interdictions a priori de spectacles qui risquent d'être contestées et de l'ériger en martyr », a-t-il ajouté.
Dieudonné s'est vu infliger un total de 65 290 euros d'amendes, dont il n'a pas acquitté un centime, selon des sources judiciaires. Une instruction a été ouverte sur une éventuelle organisation frauduleuse d'insolvabilité et sur son patrimoine. La présidente du Front national Marine Le Pen s'est dit « choquée » et « heurtée » par les propos de Dieudonné, tout en dénonçant « une sorte de vendetta personnelle » de Manuel Valls à son encontre.
(Source : AFP)

