Les opposants proeuropéens ont entamé hier leur quatrième semaine de contestation. Ils ont dressé de nouvelles barricades dans Kiev et les ont renforcées avec des amas de neige et des sacs de sable. Vasily Fedosenko/Reuters
Le président russe Vladimir Poutine a fait miroiter hier à l'Ukraine les avantages économiques d'un rapprochement avec Moscou. Alors que l'Union européenne et surtout les États-Unis se sont solidarisés avec l'opposition ukrainienne, Washington évoquant même la possibilité de sanctions contre le pouvoir du président Viktor Ianoukovitch, le président russe a souligné que la porte de l'Union douanière menée par Moscou restait ouverte pour l'Ukraine et que ce projet d'intégration était préférable pour Kiev.
« Nous n'imposons rien à personne, mais si nos amis le souhaitent, nous sommes prêts à poursuivre le travail en commun » sur la participation de l'Ukraine à l'Union douanière qui rassemble pour l'instant la Russie, le Bélarus et le Kazakhstan, a déclaré M. Poutine. « Notre projet d'intégration est fondé sur un principe d'égalité et sur des intérêts économiques réels », a-t-il ajouté.
Accusée par les Occidentaux de s'être livrée à des pressions économiques et une intimidation « inacceptables », la Russie a joué un rôle décisif pour dissuader l'Ukraine, en grave crise économique, de l'association avec l'Union européenne.
Hier pourtant, de retour d'une mission de conciliation de deux jours à Kiev, la représentante de la diplomatie de l'UE, Catherine Ashton, a réaffirmé avoir reçu des assurances du président Ianoukovitch qu'il « entendait signer l'accord d'association » avec l'UE. À cet effet, l'UE a proposé hier à l'Ukraine de préparer une feuille de route pour la mise en œuvre de cet accord, à condition que Kiev s'engage « clairement » à le signer. L'annonce a été faite par le commissaire européen chargé de la Politique de voisinage, Stefan Füle, à l'issue d'une longue rencontre avec le vice-Premier ministre ukrainien, Serhiy Arbuzov. Toutefois, le vice-Premier ministre russe Igor Chouvalov a noté que Kiev montrait la volonté de coopérer étroitement avec Moscou. « L'Ukraine décidera du statut qui lui convient le mieux : négocier avec l'Union européenne sur une zone de libre-échange ou développer des liens économiques plus étroits avec la Russie », a-t-il dit, soulignant : « Ces dernières semaines, la partie ukrainienne nous propose une coopération approfondie dans le domaine industriel. »
À Bruxelles, les eurodéputés ont appelé à la mise en place d'une mission de médiation de l'UE « au plus haut niveau politique » entre le gouvernement ukrainien et l'opposition pour sortir de la crise. À Kiev, l'opposition a appelé à une nouvelle grande manifestation dimanche, similaire à celles des deux dimanches passés qui ont rassemblé des centaines de milliers de personnes. « L'objectif principal est d'empêcher le président Ianoukovitch de rejoindre l'Union douanière menée par Moscou pendant sa visite en Russie le 17 décembre », a expliqué Arseni Iatseniouk, chef de file du parti de l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko. L'opposition accuse M. Ianoukovitch de vouloir « vendre l'Ukraine à la Russie ». Les autorités ukrainiennes ont catégoriquement démenti.
Jusqu'à la mort...
En attendant, les opposants prœuropéens ont entamé leur quatrième semaine de contestation. Les manifestants sont ainsi restés déterminés à demeurer sur la place de l'Indépendance hier, après un assaut avorté la veille des troupes antiémeutes contre leur camp installé dans le centre de Kiev. Ils ont dressé de nouvelles barricades à la place de celles démontées par les forces de l'ordre et les ont renforcées avec des amas de neige et des sacs de sable, donnant à la place des airs de camp retranché.
L'un d'eux, Gricha, en tenue de camouflage et béret turquoise vissé sur la tête, monte la garde derrière une barricade. « On est prêt à lutter jusqu'à la mort contre ces bandits », assure ce vétéran de la guerre d'Afghanistan. « On est solides, on n'a peur de rien », poursuit d'un ton posé cet homme de 52 ans à la silhouette massive et aux yeux bleu acier, qui refuse de donner son nom parce qu'il n'est « pas un héros ». Mobilisé pendant quatre ans comme parachutiste lors de la guerre menée par l'Union soviétique en Afghanistan (1979-1989), Gricha (diminutif de Grigory) est aujourd'hui chauffeur à Kryvyï Rig, ville industrielle de l'est de l'Ukraine. Il est arrivé samedi dernier à Kiev et a rejoint les « patrouilles » composées d'anciens militaires sur la place de l'Indépendance.
« Plus le pouvoir est violent, plus on s'organise », explique Artur, un autre contestataire. « On reste tant qu'on a des forces », tranche-t-il.
(Source : AFP)

