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Moyen Orient et Monde

Le Canada veut s’approprier le pôle Nord

Éclairage

Ottawa va déposer aujourd'hui un dossier devant une commission spécialisée de l'ONU afin de faire valoir sa souveraineté.

OLJ
06/12/2013

Le Canada va déposer aujourd'hui un dossier devant une commission spécialisée de l'ONU afin de faire valoir sa souveraineté sur le pôle Nord géographique, également convoité par la Russie et partiellement par le Danemark. Le Premier ministre conservateur canadien, Stephan Harper, a fait plancher ses experts pour apporter les preuves géologiques nécessaires à l'arbitrage de la Commission des limites du plateau continental (CLPC) des Nations unies. « Notre gouvernement est en train d'assurer notre souveraineté dans le Nord », a confié mercredi Carl Vallée, le porte-parole de M. Harper.


Cette commission a été créée par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) en 1982 et les États avaient dix ans, après l'avoir ratifiée, pour déposer un dossier. Dans le cas du Canada, l'échéance est aujourd'hui puisqu'il a ratifié cette Convention en 2003, tandis que le Danemark a encore un an pour le faire. Le dossier de la Russie a été retoqué en 2002 à cause de la faiblesse de son argumentaire scientifique, et elle devrait donc représenter son dossier pour éviter que le Canada ou le Danemark ne mettent la main sur le pôle Nord géographique, une zone immense au milieu de l'océan Arctique.


Cette revendication de Stephan Harper revêt « une symbolique politique » car « stratégiquement, cela ne présente aucun intérêt », explique Frédéric Lasserre, professeur de l'Université Laval à Québec, spécialisé dans la géopolitique de l'Arctique. C'est « une plaque océanique à 4 500 mètres de profondeur » constituée de basalte, une roche non sédimentaire et donc sans ressources pétrolières, ajoute-t-il. « Le pôle Nord est un symbole politique. Revendiquer un plateau continental étendu au-delà du pôle est un geste politique, puisqu'il brise avec la ligne imaginaire qui sépare l'Arctique eurasiatique et l'Arctique nord-américain », estime Joël Plouffe, chercheur au Centre interuniversitaire de recherche sur les relations internationales du Canada et du Québec.

 

Quatre scénarios
Mais pour satisfaire ses visées politiques, le Canada devra fournir un dossier parfaitement étayé par des preuves géologiques. C'est dans ce but que des millions de dollars en recherche sous-marine, explorations aériennes et analyses diverses ont été dépensés. L'enjeu est de « prouver que le Canada a une extension de la plaque continentale au-delà des 200 miles marins », limite des eaux territoriales afin de revendiquer sa souveraineté, indique M. Lasserre. Il faut prouver que les sols sont de nature identique. « Si les scientifiques canadiens n'ont pas réussi à générer des preuves que le pôle Nord géographique se situe à l'intérieur des limites du plateau continental étendu revendiqué, je ne vois pas comment en quelques jours, même à la demande du Premier ministre Harper, ils pourront générer de nouvelles preuves », estime M. Plouffe.
Élu en 2006, M. Harper a fait de la défense de la souveraineté canadienne sur le Grand Nord un cheval de bataille de sa politique. Lors d'une mission très médiatisée à l'été 2007, la Russie avait planté son drapeau dans les abysses de l'océan Arctique, à la verticale du pôle Nord géographique. « La rhétorique de Harper ressemble paradoxalement assez bien au geste des Russes en 2007. La CNUDM existe pour justement éviter de tels débordements politiques », déclare encore M. Plouffe.


Avec le dépôt d'un dossier peu étayé scientifiquement, le Canada prend le risque d'essuyer un refus mais aussi le droit et le temps pour représenter des preuves. Recueillir des « données géologiques coûtera des millions de dollars », souligne M. Plouffe.


En fin de compte, quatre scénarios sont possibles, selon M. Lasserre. Soit la Russie obtient cette souveraineté, soit le Canada et le Danemark conjointement la décrochent, ou encore les trois pays prouvent qu'il existe « un pont géologique » sur le pôle Nord et ils devront donc se mettre d'accord entre eux. Enfin dernière option, aucun des trois pays ne peut prouver scientifiquement le prolongement de leur plateau continental respectif et dans ce cas « la zone est ouverte à tout le monde ».

 

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