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À La Une - Société

Après les coups et les insultes, Angie, libanaise, réapprend à vivre

"Une journée internationale contre la violence faite aux femmes ?", lance Angie*, ébahie à l'évocation de la journée mondiale décrétée par l'ONU et célébrée chaque 24 novembre. "Si elle est célébrée au Liban, c'est une blague !", ajoute la jeune Libanaise.

La violence faite aux femmes, Angie connaît trop bien. Si aujourd'hui elle veut bien revenir sur son calvaire, si elle peut parler, c'est uniquement parce qu'elle est en sécurité à Beit el-Hanane, "la maison de la tendresse", littéralement, un refuge au coeur de Beyrouth.

Assise sur un fauteuil hors d'âge coincé entre un tapis roulant de course, une guitare classique et son lit, Angie raconte son histoire, la ponctuant de gros éclats de rire nerveux. "Les autres filles de la maison pleurent toujours lorsqu'elles se souviennent de ce qu'elles ont enduré. Moi je veux rire!"

A 17 ans, son visage garde des traits presque enfantins, mais ils ne sont pas raccord avec son regard sombre.

"Aussi loin que je me souvienne, mon père m'a battue. Lorsque ma mère a accouché de ma sœur, il y a eu un problème, elle est devenue paralysée. Mon père a divorcé car il ne voulait pas d'une femme +incapable+. Il s'est remarié avec une femme qui nous traitait, mes sœurs et moi, comme des servantes. Chaque soir, au retour de mon père, elle nous accusait, à tort, de tous les maux. Alors les coups pleuvaient".

Angie ne pouvait même pas échapper à cet enfer le temps de l'école, son père ayant mis fin à sa scolarisation quand elle a eu huit ans.

 

"Ma vie se limitait à la maison, la nettoyer, faire le ménage. Mon père me criait : Pute, fais-ci, fais-ça ! En dehors des corvées, je n'avais le droit de rien faire, pas même de téléphoner. Quand ma soeur a eu 16 ans, mon père l'a mariée à un inconnu. Puis ça a été mon tour. J'ai refusé. Je me suis enfuie de la maison le jour où il a menacé de me brûler le visage à l'acide".

Ce jour-là, la jeune fille achète une carte de téléphone avec l'argent gagné en travaillant dans un atelier de fabrication de labné. "Je suis allée chez ma grand-mère qui hébergeait ma mère et s'occupait d'elle. Mais elle m'a dit de retourner chez mon père, qu'elle n'était pas responsable de ma situation."

Angie se retrouve alors dans la rue, seule. Elle a 16 ans. Elle y survit six mois, ne mangeant qu'une fois tous les deux ou trois jours jusqu'à ce matin où elle se rend au commissariat de police pour dénoncer les agissements de son père.

La police contacte l'UPEL (Union pour la Protection de l'Enfance au Liban) et Angie est placée à Beit el-Rajaa, une ONG qui s'occupe de l'enfance en détresse, avant d'être transférée à Beit el-Hanane, un des quatre refuges libanais pour femmes violées ou battues dans le cadre familial.

 

En fait de maison, Beit el-Hanane est plutôt un appartement comportant trois chambres, un salon et une cuisine. Jacqueline Hajjar, professeur de littérature comparée à la retraite, est la maîtresse des lieux. Depuis 2009, elle y accueille des femmes en détresse, les soutient, les aide à se reconstruire pour leur donner une chance de mener une vie normale.

La chose n'est pas aisée, car Beit el-Hanane est la cible de menaces de la part des familles et fut même en butte à la réticence des voisins, qui ont pris ce refuge, au début du moins, pour un bordel ou une clinique d'avortements clandestins.

Autre problème, de taille, le financement du refuge. Mme Hajjar a bien déposé une demande d'aide auprès de l'Etat il y a huit mois. Mais l'Etat semble être aux abonnés absents. Pour assurer la survie du refuge, Mme Hajjar compte sur les dons de particuliers et des aides octroyées par des ONG. Or depuis le début de la crise syrienne, l'argent associatif a tendance à filer vers les réfugiés syriens qui ont afflué au Liban.

Beit el-Hanane ne peut pas non plus compter sur l'appareil législatif de l'Etat. Un projet de loi protégeant la femme contre la violence conjugale a bien été approuvé en juillet dernier en commission parlementaire, mais depuis, plus rien. Et le texte ne peut entrer en vigueur avant d'avoir été voté en séance plénière. Dans l'attente du vote et de la mise en application de la loi, seuls des établissements comme Beit el-Hanane peuvent accueillir des femmes violentées chez elles et les éloigner ainsi de leur agresseur.

 

Une trentaine de femmes sont passées à Beit el-Hanane depuis sa fondation. Ces victimes y restent de quelques mois à deux  ans. Aujourd'hui, huit femmes y habitent. Angie, elle, vit dans ces murs depuis un an. Une année passée à se reconstruire, un jour après l'autre.

"A son arrivée, Angie était une enfant des rues, elle en avait adopté tous les comportements, elle jurait, se comportait mal avec les gens", explique Cynthia Chammas, la psychologue du refuge qui suit chaque femme à raison de deux séances par semaine. "Aujourd'hui, elle est complètement différente, elle est forte, psychologiquement et physiquement, elle est responsable d'elle-même", poursuit-elle.

Angie a même tenté de sortir sa petite soeur de l'enfer familial. "Je voulais agir, je voulais prendre ma jeune sœur et trouver un appartement et y vivre avec elle, mais mon père vient de la marier. Elle a 14 ans." Sur le plan familial, Angie n'a donc plus personne sur qui compter.

 

Aujourd'hui, Angie veut simplement trouver un travail qui lui permette de subvenir à ses besoins. "Elle a quitté l'école à huit ans. Que peut-elle faire ? Nous essayons de trouver une esthéticienne qui accepterait de la prendre comme apprentie", explique Cynthia Chammas. "Angie prend des cours d'anglais, participe à des ateliers et restera à Beit el-Hanane le temps qu'il faudra, jusqu'à ce qu'elle ait suffisamment d'argent pour être indépendante et commencer une nouvelle vie", assure la psychologue.

La route vers cette vie nouvelle est encore longue devant Angie, et jonchée d'obstacles, mais la jeune femme sait désormais qu'elle peut compter sur sa nouvelle famille, les réfugiées de Beit el-Hanane, Cynthia et Jacqueline Hajjar, véritable seconde maman pour toutes ces femmes que l'on a tenté de briser.

 

* L'intéressée, souhaitant garder l'anonymat, s'est choisie un prénom d'emprunt.

 

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"Une journée internationale contre la violence faite aux femmes ?", lance Angie*, ébahie à l'évocation de la journée mondiale décrétée par l'ONU et célébrée chaque 24 novembre. "Si elle est célébrée au Liban, c'est une blague !", ajoute la jeune Libanaise.
La violence faite aux femmes, Angie connaît trop bien. Si aujourd'hui elle veut bien revenir sur son calvaire, si elle peut parler, c'est uniquement parce qu'elle est en sécurité à Beit el-Hanane, "la maison de la tendresse", littéralement, un refuge au coeur de Beyrouth.
Assise sur un fauteuil hors d'âge coincé entre un tapis roulant de course, une guitare classique et son lit, Angie raconte son histoire, la ponctuant de gros éclats de rire nerveux. "Les autres filles de la maison pleurent toujours lorsqu'elles se souviennent de ce qu'elles ont enduré. Moi je...
commentaires (3)

SOUS-DÉVELOPPEMENT PATENTÉ, SUR UNE TERRE SOIT-DISANT LA PLUS CIVILISÉE DE CES KOTTOR-CONTRÉES.... !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

13 h 34, le 27 novembre 2013

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Commentaires (3)

  • SOUS-DÉVELOPPEMENT PATENTÉ, SUR UNE TERRE SOIT-DISANT LA PLUS CIVILISÉE DE CES KOTTOR-CONTRÉES.... !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    13 h 34, le 27 novembre 2013

  • Le père d'Angie est toujours en liberté et l'Etat fait la sourde oreille aux demandes d'aide de Mme Hajjar, situation tout à fait normale dans un Etat de non droit. A propos, quelles nouvelles de Karam al-Bazzi, le bourreau de Roula Yaacoub ? Les autorités mènent-elles toujours l'enquête comme elles s'étaient engagées à le faire en juillet dernier ?

    Robert Malek

    12 h 36, le 27 novembre 2013

  • QUE COMMENTER ? CEUX QUI BATTENT LES FEMMES NE SONT PAS DES ÊTRES HUMAINS... NON PLUS DES ANIMAUX... MAIS QUELQUE CHOSE DE PIRE !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    11 h 50, le 27 novembre 2013

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