Pas moins de 650.000 lycéens coréens planchaient jeudi sur des examens pour l'entrée à l'université. Jung Yeon-je/AFP
La Corée du Sud s'est arrêtée jeudi, clouant au sol ses avions, suspendant les entraînements militaires et différant l'ouverture de la Bourse, à l'occasion de l'examen d'entrée à l'université, épreuve vitale pour une jeunesse sous pression.
Pas moins de 650.000 lycéens jouaient littéralement leur vie dans 1.257 centres d'examen dans l'espoir de décrocher leur ticket d'entrée à l'université. La préparation commence dès l'école primaire et, avec elle, l'extrême pression à laquelle les écoliers sont soumis, chez eux et dans la classe.
On la tient responsable de dépression précoce et de nombreux suicides dans ce "dragon" asiatique où la concurrence individuelle est exacerbée.
Un enjeu tel oblige le pays entier. Aussi, traditionnellement, le gouvernement prend des mesures drastiques pour assurer aux concurrents les meilleurs conditions possibles.
Le ministère des Transports a suspendu le trafic aérien pendant les quarante minutes que dure la principale épreuve orale de langue, l'armée a reporté ses exercices aériens et la circulation automobile a été interdite dans un rayon de 200 mètres autour des centres d'examen.
Les administrations publiques et les grandes entreprises, ainsi que la Bourse, ont ouvert une heure plus tard de façon à réduire les embouteillages et permettre aux jeunes d'arriver à l'heure.
En cas de problème, ces derniers peuvent composer le numéro des urgences, le 112, et demander une escorte de motards de la police sur le pied de guerre à proximité des centres d'examen.
Ce faisant, des mères priaient aux abords des écoles, d'autres se réfugiaient dans des temples pour solliciter l'intervention des dieux.
Et comme chaque année à la même époque, le débat sur l'obsession scolaire des Sud-Coréens ressurgit.
Si les autorités s'efforcent d'assurer, en principe, l'équité entre les concurrents, les contempteurs du système estiment qu'il reflète des écarts socio-économiques criants. Ils soulignent en particulier que les Sud-Coréens qui en ont les moyens dépensent des fortunes en cours particuliers, précisément 19.000 milliards de wons (13,2 milliards d'euros) l'an dernier, soit 1,5% du PIB sud-coréen. Les réformateurs remettent également en cause la pertinence de l'examen qui, à leurs yeux, ne donne pas forcément des têtes bien faites, critiques et créatives.
Dans un éditorial publié jeudi, le New York Times qualifiait l'examen de "brutal". Selon le journal, une fois réussi l'examen d'entrée, le diplôme est quasiment garanti aux étudiants alors que le contenu des études est aléatoire.
"Le paradoxe est que ces tests ridicules ne mènent pas nécessairement à un cursus universitaire exigeant", notait-il.
"Trop souvent on n'attend pas de ces étudiants une pensée, une lecture et une écriture rigoureuses (...). Ce dont il faut discuter, c'est de la qualité de l'éducation une fois que les étudiants sont admis".
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