Une jeune Palestinienne voilée prenant part à une manifestation pro-Hamas à Gaza. Mahmud Hams/AFP
Le Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza asphyxiée par la destruction des tunnels de contrebande, tente à tout prix d’éviter une confrontation désastreuse avec l’armée égyptienne, qui a renversé le président islamiste Mohammad Morsi.
Les responsables et les habitants de la zone frontalière redoutent que l’armée égyptienne ne se contente pas de démolir les tunnels, mais n’aille jusqu’à imposer une zone tampon à Rafah, unique accès au territoire palestinien qui ne soit pas contrôlé par Israël. « L’armée égyptienne a détruit 95 % des tunnels dans le but de créer une zone tampon de sécurité », a affirmé le maire de Rafah, Sobhi Radwane, estimant qu’il y a « entre 200 et 250 » tunnels. « Malheureusement, l’armée égyptienne aggrave l’étranglement de Gaza d’une manière inédite, même sous le président déchu Hosni Moubarak », a-t-il déploré.
L’ambassadeur d’Égypte auprès de la Palestine, Yasser Othmane, a assuré que les opérations militaires autour de Rafah étaient « des mesures relevant de la souveraineté égyptienne pour renforcer la sécurité à la frontière, dont le but n’est absolument pas une détérioration de la situation à Gaza ». Mais, selon un porte-parole du Hamas, Fawzi Barhoum, « cela n’a rien à voir avec la sécurisation de la frontière entre l’Égypte et Gaza, mais avec le resserrement du blocus ».
Bassel Taha, qui travaillait comme gardien d’un tunnel d’importation de matériaux de construction, à présent démoli, accuse l’armée égyptienne d’avoir « détruit la vie de centaines de travailleurs ». « Je n’ai rien à donner à mes enfants pour l’école. J’y pense jour et nuit sans trouver de solution, mieux vaut la mort », affirme-t-il. Un employé d’un tunnel confie avoir participé à l’extension de 400 à 1 500 mètres de ce tunnel pour échapper à la surveillance de l’armée égyptienne – mais l’installation a néanmoins été découverte et rasée par un bulldozer.
« On estime que dix tunnels fonctionnent actuellement, contre 300 avant juin 2013 », indique dans son dernier rapport hebdomadaire le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA).
Pris à la gorge
« Le Hamas traverse une grave crise, il est pris à la gorge, ce qui l’amène à faire marche arrière et limiter les risques d’une confrontation avec l’Égypte pour éviter toute action égyptienne imprévue », explique Adnane Abou Amr, enseignant à l’Université Oumma, à Gaza. En proie à une crise budgétaire, le gouvernement du Hamas a annoncé qu’il ne paierait que la moitié des salaires de ses quelque 40 000 fonctionnaires, pour le troisième mois consécutif.
La semaine dernière, le chef du gouvernement du Hamas, Ismaïl Haniyeh, en visite à Rafah, a déclaré qu’il n’y avait « ni projet, ni plan d’affrontement avec l’Égypte, ni son gouvernement, ni son armée, ni son peuple, ni ses partis ». « Nous ne nous ingérons pas dans les affaires intérieures d’autres pays », a-t-il répété, en réaction aux reproches de médias égyptiens visant le Hamas – branche palestinienne des Frères musulmans, le mouvement de M. Morsi –, accusé d’avoir pris fait et cause pour les partisans du président égyptien destitué.
La tension avait atteint son paroxysme lorsque des membres de la branche armée du Hamas, les Brigades Ezzedine al-Qassam, ont défilé en août dans le sud de la bande de Gaza en exprimant par un signe de la main leur solidarité avec les pro-Morsi victimes de la répression. Après la diffusion de la vidéo de cette manifestation, un présentateur d’une chaîne égyptienne a appelé « l’armée égyptienne à frapper le Hamas terroriste comme elle a frappé Israël pendant la guerre de 1973 ». Afin de contenir l’incendie, le n° 2 du bureau politique du Hamas, Moussa Abou Marzouk, installé au Caire, est allé sur le plateau d’une émission de télévision, où il a présenté des excuses pour ce défilé qu’il a qualifié « d’erreur ». « L’armée égyptienne est une ligne rouge pour nous tous », a-t-il assuré.
Toutefois hier, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Nabil Fahmy, a réaffirmé dans un entretien accordé au quotidien panarabe al-Hayat que la réponse égyptienne « sera violente si nous sentons que des parties au sein du Hamas ou d’autres parties essayent de s’en prendre à la sécurité nationale égyptienne », faisant état de « nombreux indicateurs négatifs ». Il a précisé cependant que cette réponse passera par des « choix militaires et sécuritaires et non par des options qui feraient souffrir les citoyens palestiniens ».
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