Vous avez aimé la banlieue sud ? Adoré Tripoli? Voici venu le temps de savourer Saïda ! Et une ville libanaise de plus à classer dans le patrimoine mondial de l’art de vivre... Et un village méconnu de plus, Abra, où grenouillent les patibulaires armés qui cliquètent de la culasse au milieux des torchis...
La vedette du coin est bien sûr l’inénarrable Ahmad el-Assir, l’allumé célèbre de l’intégrisme sunnite équipé de tous ses gadgets prêt-à-l’emploi : la barbe amazonienne, la chemise de nuit flottante, les babouches chromées, la ceinture d’explosifs clignotante, le moulin à prières... Alors forcément, le chômage et l’ennui aidant, quelques clampins parmi ses partisans s’en vont faire des cartons dans les maisons du quartier d’en face, question de se faire la main en tuant le riverain chiite à défaut de tuer le temps. Bref, un tableau idyllique façon « Habitat, art-déco et jardins », sauf qu’à la place du gazon, il y pousse des barbes et que l’arrosage est assuré par les balles et les roquettes.
Est-il besoin de le rappeler, le cheikh grognon est aussi un admirable rhéteur. Bien entendu, seuls les idolâtres profondément atteints avalent avec sérénité ses boas constrictor. Il est vrai que les grandes épopées révolutionnaires qui ont réjoui l’humanité sont pleines de ces merveilleux agités : gardes rouges de Mao, pasdarans d’Iran, phalangistes d’Espagne, talibans d’Afghanistan, chemises noires du Hezbollah... Alors pourquoi pas les excités de Abra ?
Le décor en tout cas est planté et d’ores et déjà, l’animation est assurée entre deux trêves bidon. Retour à l’époque héroïque des immeubles-gruyère, des accords rabat-joie de cessez-le-feu, du déploiement hebdomadaire de l’armée qui joue les plantons sur la ligne de démarcation...
Quant aux habitants, leur avenir est tout tracé : ils auront les orgues de Staline pour les jours de fêtes et le piano de Chopin pour les nuits de deuil. Joyeux.
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C'est un bouffon-né, Assirément!
15 h 53, le 21 juin 2013