Samedi soir, l’affaire semblait pliée. Les États-Unis et l’Iran étaient sur le point de s’entendre sur une déclaration d’intention – pas un accord final – dans l’objectif de mettre fin à la guerre qui les oppose depuis le 28 février 2026. Les puissances régionales en avaient été informées et, hormis Israël, tout le monde y était officiellement favorable.
Dimanche matin, les contours de celle-ci étaient publiés dans la presse et venaient confirmer l’impression de la veille : l’accord-cadre en question était largement favorable à l’Iran. En échange d’une ouverture du détroit d’Ormuz, sa carte maîtresse, la République islamique obtenait une prolongation de soixante jours du cessez-le-feu afin d’aboutir à un accord final, la fin du blocus américain, le dégel d’une partie de ses fonds et un arrêt des combats au Liban.
Quelques heures plus tard, Donald Trump affirmait toutefois qu’il ne souhaitait pas se précipiter vers un accord, laissant entendre que de nombreux points n’étaient pas encore réglés. Le deal est-il alors imminent ? Tout dépend en réalité davantage du régime iranien que du président américain.
Donald Trump veut clairement sortir de cette guerre, limiter les pertes et surtout rouvrir le détroit d’Ormuz afin d’éviter une crise énergétique de grande ampleur. Mais pour y parvenir sans perdre complètement la face, il a besoin d’une victoire nette sur le dossier nucléaire, c’est-à-dire d’un engagement iranien à ne pas développer la bombe et d’un transfert de l’uranium hautement enrichi. S’il doit également prendre en compte les intérêts de son allié israélien, en lui laissant par exemple les mains libres au Liban, il est clair qu’il ne compte inclure ni le programme balistique ni les milices à la solde de Téhéran dans les négociations.
Le président américain estime, en dépit des rapports des services de renseignements américains qui affirment l’inverse – même si ceux-ci méritent d’être nuancés –, que le programme balistique iranien a été détruit par la campagne aérienne et que les milices sont très affaiblies et continueront de l’être sous la pression d’Israël ou des pays arabes. Un Iran définitivement privé de l’arme nucléaire et dont les capacités ont été en partie neutralisées lui semble suffisant pour déclarer la victoire, peu importe si cela reste bien en deçà des objectifs de guerre initiaux.
Pour l’Iran, la donne est différente. Le régime considère qu’il a gagné cette guerre en résistant aux armées américaine et israélienne, en exposant la fragilité des pays du Golfe et en perturbant l’économie mondiale par le blocage du détroit d’Ormuz. Téhéran ne veut pas d’un accord qui ressemblerait à un compromis, et encore moins à une défaite. Il en veut au contraire un qui entérine sa victoire en modifiant l’ordre géopolitique régional, avec l’assurance de ne plus être attaqué, sans pour autant remettre en cause ses lignes rouges. Sauf énorme surprise, il ne pourra toutefois pas gagner sur tous les fronts ; or, pourra-t-il s’en contenter ? L’avenir de la déclaration d’intention, puis plus encore celui d’un éventuel accord final, en dépend.
Dans un premier temps, trois questions se posent du côté de Téhéran. Acceptera-t-il de rouvrir entièrement le détroit d’Ormuz tant que les troupes américaines n’auront pas quitté la région et qu’il n’aura pas récupéré la totalité de ses fonds gelés ? Ici, le séquençage risque d’être un véritable bras de fer entre les deux parties.
Ensuite, est-il prêt à s’engager, dans l’annexe qui devrait accompagner la déclaration, sur un transfert de son uranium enrichi ? Jusqu’ici, il s’agissait d’une ligne rouge iranienne. Téhéran réclame pour sa part que son droit à enrichir de l’uranium soit reconnu, mais cette exigence américaine semble constituer une condition sine qua non. Les informations relayées par la presse américaine laissent entendre que l’Iran est prêt à faire une concession majeure sur ce point – un transfert à l’AIEA est évoqué –, tandis que celles provenant de sources iraniennes racontent une tout autre histoire.
Enfin, se contentera-t-il du fait que le Liban soit mentionné dans l’accord-cadre – afin de pouvoir affirmer qu’il n’a pas abandonné ses alliés –, ou sera-t-il prêt à le torpiller tant qu’il n’aura pas obtenu la garantie qu’Israël respectera cette fois-ci le cessez-le-feu ? L’Iran est-il prêt à sacrifier un accord plutôt avantageux pour les beaux yeux du Hezbollah ? Benjamin Netanyahu affirme avoir obtenu le feu vert de Trump sur le « droit » d’Israël à se « défendre » au Liban, une formulation qui n’a guère besoin d’être explicitée.
Chaque détail, chaque mot de la déclaration d’intention va compter et sera scruté à la loupe. Mais le plus important dépendra de la suite. L’Iran veut absolument éviter le scénario d’un accord temporaire et fragile que ses adversaires utiliseraient pour préparer la guerre suivante. Il paraît peu probable que Donald Trump relance la guerre une fois la Coupe du monde terminée, à quelques semaines des élections de mi-mandat. Mais l’Iran peut-il obtenir des États-Unis qu’Israël soit lui aussi lié à l’accord ? Rien n’est moins sûr.
Le régime iranien a survécu à la guerre. Les pasdaran ont renforcé leur emprise sur le pouvoir et ont prouvé aux États-Unis, à Israël, aux pays du Golfe et à leur propre population que même une guerre de grande ampleur n’était pas suffisante pour les faire plier, encore moins pour les renverser. Ils ont découvert que le blocage du détroit d’Ormuz était presque aussi dissuasif qu’une arme nucléaire et veulent désormais y imposer un péage afin de compenser les dommages causés par le conflit, ce qui paraît inacceptable tant pour les États-Unis que pour le reste de la communauté internationale.
Dans ces conditions, malgré les immenses pertes matérielles et humaines, l’Iran va bomber le torse et se sentir renforcé dans sa conviction de ne jamais rien céder, voire de poursuivre sa politique avec une agressivité accrue sur tous les fronts. Le régime entrevoit déjà probablement tout ce qu’il pourrait accomplir – à commencer par reconstruire son programme de missiles balistiques et ses milices – avec les dizaines de milliards de dollars qui rempliraient ses caisses grâce à une éventuelle levée des sanctions dans le cadre d’un accord final.
Mais pour obtenir tout cela, il devra, a priori, céder sur des points essentiels concernant la question nucléaire. Or il a toujours considéré qu’une telle concession reviendrait à admettre sa défaite et à fragiliser tout l’édifice. La guerre lui a-t-elle fait changer d’avis ? Est-il prêt à payer le prix de sa victoire ou, persuadé que le temps joue en sa faveur, se montrera-t-il une nouvelle fois trop gourmand ?


Bsat à Nabatiyé : le gouvernement entend accélérer la reconstruction
cela depend du cote ou nous sommes la a les observer , les deux protagonistes. les deux jouent au ping pong , aucun des deux n'a vraiment des cartes plus "performantes" que l'autre. C juste que les mollahs semblent etre plus patients, n'avoir a perdre que peu de choses.
08 h 51, le 26 mai 2026