Les cessez-le-feu bidon ou seulement tronqués, les Libanais ne les connaissent que trop. Par centaines ils ont jalonné quinze années de guerre civile, avant de marquer la routine de leurs tumultueux rapports avec Israël. Si elle n’échappe pas trop à la règle, si elle ne fait pour le moment que mettre Beyrouth et le Nord israélien à l’abri des hostilités, la trêve décrétée lundi par Donald Trump émerge tout de même du lot. Et cela à plus d’un titre et en plus d’une direction.
•Ne serait-ce qu’en partie, le président des États-Unis donne satisfaction aux vœux de notre pays, exprimés la semaine dernière par la délégation militaire libanaise aux négociations tripartites de Washington, et dédaigneusement rejetés par l’État hébreu. Du coup s’est trouvée grandement facilitée, loin de toute polémique interne, la reprise mardi des pourparlers diplomatiques. Du coup aussi, Trump a accrédité en personne cette flagrante vérité de La Palice faisant du Hezbollah partie intrinsèque de toute entente sur le terrain. Pour la toute première fois, le chef de la Maison-Blanche a ainsi précisé qu’il avait parlé à des représentants de la milice : des proches du président de l’Assemblée Nabih Berry, allié et garant de celle-ci qui continue cependant de réclamer un cessez-le-feu intégral.
Toujours est-il que se trouve démythifié le surréel spectacle d’un État libanais négociant la fin d’une guerre sur son territoire à laquelle pourtant il n’est aucunement partie, cela alors que le protagoniste local, le Hezbollah, sourd aux plaintes croissantes de sa base démographique chiite, s’obstine à torpiller tout dialogue direct et à exclure tout règlement non agréé par ses patrons iraniens. Mais Trump ne vient-il pas paradoxalement de lui donner quelque raison sur ce dernier point ?
•Dût notre amour-propre en souffrir, ce n’est pas seulement pour les beaux yeux du Liban que le président US a imposé au pyromane Benjamin Netanyahu une limite à ses frénésies guerrières. Trump a lui-même besoin de parvenir à un accord rapide avec l’Iran, lequel Iran cependant insiste pour l’inclusion du front libanais dans la fragile trêve qu’il a lui-même conclue avec les États-Unis. Pour le chef de la première superpuissance mondiale, un tel couplage des deux dossiers n’était peut-être qu’une concession de pure forme pouvant favoriser ses propres visées. C’était là pécher par excès d’optimisme.
Car non seulement ce lien heurte de front la ligne souverainiste que s’est tracée l’État libanais, résolu à se débarrasser des derniers restes de tutelle iranienne ; non seulement il va sans doute nourrir l’irrédentisme du Hezbollah et stimuler son obédience persane ; mais il apporte un succès de prestige immérité aux éléments les plus radicaux du régime de Téhéran, ce qui va à l’encontre des urgences de Washington. Juste retour de manivelle, le négociateur iranien a lui aussi maille à partir avec son Hezbollah maison, autrement dit les va-t-en-guerre des gardiens de la révolution. Démentant tout récemment les rumeurs selon lesquelles il serait au bord de la démission, assurant qu’il est même résolu à mourir à son poste, le président iranien a ainsi dénoncé l’emprise que détient un groupe restreint sur les décisions de son pays. Croyez-m’en, monsieur Pezeshkian, nul mieux que les Libanais ne saurait vous comprendre !
•Soit dit sans ironie aucune, bien au contraire, le meilleur a été gardé pour la fin. Pour rappeler à l’ordre un Netanyahu ruant dans les brancards, Donald Trump aura en effet usé au téléphone d’une rudesse de ton absolument sans précédent. Mieux encore, il a fait en sorte que la volée de bois vert s’ébruite. Plus humiliant que le diagnostic de complètement fou qu’il a décerné au Premier ministre israélien, plus percutant que le reproche fait à celui-ci d’attirer sur Israël la haine du monde est d’ailleurs ce flamboyant je suis en train de te sauver les fesses, sans moi tu serais en prison !
Ces amabilités, Trump les a débitées pour sauver en priorité son deal avec l’Iran ; néanmoins, c’est très spécifiquement à propos des sanglants excès d’Israël au Liban qu’il les a assénées. Une aussi fracassante marque d’attention avait été cruellement déniée aux victimes de la boucherie de Gaza. Elle laisse dès lors espérer qu’un sort définitif sera fait aux sinistres amalgames chers à la bande à Bibi.

