La cour des miracles... Ou le pays de l’absurde à la libanaise. L’on est passé du débat, fiévreux, sur une nouvelle loi électorale à des discussions sur l’opportunité et les modalités d’une prorogation du mandat de la Chambre ! C’est du moins le résultat de la nouvelle réunion que la sous-commission parlementaire chargée de plancher sur un projet de loi électorale a tenue hier à midi à la résidence du président de la Chambre, à Aïn el-Tiné, sous la présidence de M. Nabih Berry, et en présence des députés Samy Gemayel, Georges Adwan, Ahmad Fatfat, Serge TerSarkissian, Robert Ghanem et Akram Chéhayeb (pour le camp du 14 Mars et du PSP), et Ali Hassan Khalil, Ali Fayad, Alain Aoun et Hagop Pakradounian (8 Mars).
Aucun terrain d’entente n’ayant été dégagé concernant un mode de scrutin qui ferait l’objet d’un consensus, cette séance de travail a été axée sur le problème non moins épineux d’une prolongation du mandat de l’Assemblée. Là aussi, l’entente n’a pas été possible. Le 14 Mars n’accepte en effet qu’une prorogation à caractère purement technique – six mois tout au plus – afin de permettre, encore et toujours, d’aboutir à une nouvelle loi électorale et d’organiser les législatives en conséquence. Selon diverses sources concordantes, le 8 Mars, appuyé en cela, semble-t-il, par M. Walid Joumblatt, serait favorable, purement et simplement, à une prolongation de deux ans.
Au terme de quatre heures de discussions stériles, M. Berry a levé la séance en informant les membres de la sous-commission ad hoc qu’ils seraient convoqués à une nouvelle séance de travail dont la date n’a cependant pas été fixée. Le temps, sans doute, que les tractations soient relancées afin d’aboutir à un accord que l’on ne finit pas de rechercher. Cette séance de travail, convient-il de relever, a été précédée d’une réunion impromptue, et loin des feux de la rampe, entre MM. Berry et Samy Gemayel.
Dans un discours qu’il a prononcé à Hadeth en marge de ces concertations, M. Gemayel a mis le doigt sur la plaie en soulignant qu’aucun accord n’a encore été conclu « car il existe une bataille régionale à laquelle les Libanais ont voulu être partie prenante ». « Le parti Kataëb a mis en garde contre le fait que relier le Liban aux axes politiques du Moyen-Orient aboutira à la destruction du pays », a affirmé Samy Gemayel, qui a par ailleurs appelé à la tenue d’une séance plénière à la Chambre dans les plus brefs délais afin de trancher le débat et soumettre au vote les projets de loi électorale dont le Parlement est saisi, en l’occurrence la proposition dite « orthodoxe » et le projet mixte (majoritaire et proportionnelle) approuvé au début de la semaine dernière par le 14 Mars (moins les Kataëb) et le PSP de Walid Joumblatt.
(Voir notre repère : Loi électorale, délais, scrutin... Quelques repères pour tenter d'y voir plus clair)
Pourquoi la Chambre n’est-elle pas convoquée ?
Cette nécessité de convoquer l’Assemblée à une réunion afin de permettre aux députés de voter en faveur de l’un ou l’autre de ces deux projets a été également mise en relief par le représentant des Forces libanaises au sein de la sous-commission ad hoc, le député Georges Adwan. Les Forces libanaises soulignent dans ce cadre que rien ne justifie que M. Berry s’abstienne de convoquer les parlementaires à une séance plénière du fait que la formule mixte avancée par le 14 Mars et le PSP bénéficie d’une majorité, et qu’elle est, surtout, totalement conforme à l’esprit du pacte national, d’autant qu’elle s’inspire, après tout, d’un projet semblable qui avait été présenté par le président de la Chambre. De ce fait, pour quelle raison l’Assemblée n’est-elle pas convoquée, surtout que le chef du CPL, le général Michel Aoun, avait déclaré lui-même, il y a quelques semaines, que le vote d’une loi électorale n’a pas besoin d’une unanimité ?
En tout état de cause, sur le plan du principe, les députés ont encore un petit mois pour concocter une loi électorale, plus précisément jusqu’au 18 juin prochain, le mandat du Parlement venant à expiration le 19 juin. La question est de savoir si durant ce mois les députés pourront accomplir une tâche qu’ils n’ont pas été en mesure de mener à bien pendant plus d’un an. Et une autre question se pose avec acuité dans ce cadre : « Certaines factions sont-elles contre l’organisation d’élections législatives dans le contexte actuel, et ne seraient-elles pas favorables à une prorogation d’un ou de deux ans, ou seraient-elle plutôt pour un retour à la loi de 1960 ? » Les députés Ahmad Fatfat, Georges Adwan et Alain Aoun ont souligné hier à l’unisson qu’ils sont opposés aussi bien à la loi de 1960 qu’à une prorogation du mandat de la Chambre. Le général Aoun a même été hier soir, dans une interview accordée à la MTV, jusqu’à affirmer qu’il est contre une prorogation d’ordre « technique » et contre la loi de 1960, ce qui ne l’empêchera pas de se lancer dans la bataille électorale, a-t-il souligné, quel que soit le mode de scrutin adopté.
Dans l’immédiat, et sur un plan purement pratique, le délai de suspension du dépôt des candidatures a expiré dimanche 19 mai. Le ministère de l’Intérieur a de ce fait repris hier l’enregistrement des candidatures sur base de la loi de 1960. Sept candidatures ont ainsi été déposées dans la journée, dont celle, notamment, de l’homme d’affaires Michel Mécattaf (proche du 14 Mars), pour la région du Metn-Nord. En fin de journée, le ministre de l’Intérieur, Marwan Charbel, a rendu publique une note administrative prolongeant jusqu’au lundi 27 mai le délai de dépôt des candidatures.
Nadim Gemayel et Chamoun
Reste à signaler que le député Nadim Gemayel a souligné, dans une interview à la Voix du Liban, que le 8 Mars assume entièrement la responsabilité du blocage actuel dans la recherche d’une nouvelle loi électorale, rappelant à ce propos que le 14 Mars a présenté plusieurs propositions de loi électorale qui ont été rejetées par le 8 Mars sans que cette coalition ne prenne la peine de présenter une quelconque suggestion pratique. Nadim Gemayel s’est déclaré par ailleurs opposé à une reconduction du mandat de la Chambre.
Abondant dans le même sens, le leader du Parti national libéral, le député Dory Chamoun, a lui aussi fait assumer au 8 Mars la responsabilité de l’impasse actuelle, soulignant que l’alliance conduite par le Hezbollah « ne veut pas d’élections législatives, mais cherche plutôt à entraîner le pays dans le vide ».
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