Le PM désigné Tammam Salam conférant hier avec le député de la Jamaa islamiya de Beyrouth, Imad Hout. Photo Dalati et Nohra
Les récentes positions affichées par le secrétaire général du Hezbollah ont replacé au premier rang les négociations sur la formation du gouvernement, en y introduisant une dose supplémentaire de complications. Ainsi, la confirmation par Hassan Nasrallah de l’envoi de combattants en Syrie pour secourir les Libanais de Qoussair et protéger les lieux saints chiites comme le mausolée de Saydet Zeinab est venue brouiller un tableau bien complexe au départ.
L’escalade du numéro un chiite est survenue au moment où les contacts effectués par le Premier ministre avec les forces du 8 Mars s’intensifient dans l’espoir de convenir d’une formule gouvernementale viable, surtout que ce camp vient de brandir le thème du tiers du blocage qu’il souhaite obtenir au sein de la nouvelle équipe, soit l’équivalent de neuf ministres sur un ensemble de 24.
Le tableau se présente comme suit : le CPL exige pour sa participation à la prochaine équipe une répartition des quotes-parts conforme au poids politique des parties respectives, refusant le principe de la rotation au niveau des ministères, d’où son souhait de garder les ministères des Télécoms et de l’Énergie, alors que le mouvement Amal reste attaché de son côté au portefeuille des Affaires étrangères. Autre exigence formulée par le 8 Mars, l’instauration d’un gouvernement à caractère politique qui regrouperait des députés, des partisans et des candidats aux élections parlementaires, ce camp faisant prévaloir que la Constitution n’interdit pas cette mesure.
Autant de conditions qui vont vraisemblablement à l’encontre des desiderata du Premier ministre désigné qui ne veut dans son équipe de candidats aux élections ni des partisans, encore moins des personnalités au profil provocant. Et qui, selon des sources autorisées proches de Mousseitbé, rendra publique la composition de son gouvernement le samedi 11 mai.
Entre-temps, les observateurs attendent la prochaine apparition du leader du Hezbollah, prévue pour le 9 mai. Son intervention permettra ainsi de définir ses positions relatives aux différents dossiers internes, notamment la question de la loi électorale, le prochain scrutin, ou, à défaut, un éventuel renouvellement du mandat du Parlement, ainsi que de la déclaration de Baabda et la politique de la distanciation du Liban à l’égard des événements de Syrie. À moins qu’il ne choisisse de trancher avant la date du 9 mai, hypothèse fort peu probable selon un ancien ministre. Dans ce cas de figure, Tammam Salam devant attendre pour connaître les positions du dignitaire chiite qui ne manquera pas de donner des indications sur la possibilité ou non de la participation du 8 Mars au gouvernement.
Pour un membre du 14 Mars, le prochain discours de Hassan Nasrallah ne sera pas moins virulent que le dernier, l’homme devant faire preuve de plus d’exigence tout en s’attachant au principe de la participation.
Un autre protagoniste du même camp estime, quant à lui, que les forces du 8 Mars cherchent tout simplement à gagner du temps en bloquant le processus de la formation du gouvernement, en attendant que se décante la situation en Syrie.
Certains vont même jusqu’à dire que les composantes du 8 Mars œuvrent en fait à pousser le pays vers le vide, ce qui est susceptible de servir leur intérêt politique tout en renforçant leur position dans les négociations. Une attitude illustrée récemment par les tergiversations en matière d’adoption d’une nouvelle loi électorale, faisant fi des délais électoraux qui ne semblent pas les inquiéter outre mesure.
Ce n’est pas ce qu’en pense un ancien ministre qui croit savoir que le seul fait que le chef du Hezbollah ait reporté son discours concernant son approche des dossiers internes est un point positif. En gagnant un laps de temps supplémentaire, le leader chiite a voulu donner ses chances à une éventuelle entente entre le Premier ministre désigné et les forces du 8 Mars, la dernière réunion entre une délégation de ce camp et Tammam Salam s’étant avérée relativement positive.
Pour cette source, Hassan Nasrallah pourrait opter pour une position flexible sur les dossiers locaux, face à son escalade relative sur les dossiers extérieurs. Cette logique se trouve justifiée par l’idée que le secrétaire général ne peut en même temps lever le ton en abordant les affaires régionales et les affrontements en Syrie, et bloquer la mission du Premier ministre désigné.
Un membre du 14 Mars reste convaincu de son côté que si le 8 Mars voulait réellement prendre part au gouvernement, il aurait cherché à faciliter la tâche de Salam, ce qui n’est pas le cas. Cette attitude s’oppose clairement à celle que Saad Hariri a préconisée, exhortant les membres de son courant à coopérer au plus haut degré avec le Premier ministre désigné.
Entre-temps, Tammam Salam, lui, a posé ses conditions : il présidera un gouvernement chargé de superviser les élections et d’avaliser la déclaration de Baabda, ainsi que la politique de distanciation, ce qui laisse en suspens un certain nombre d’interrogations sur l’éventuelle réaction du camp du 8 Mars face à ces critères. Autrement dit, comment ce dernier pourra-t-il prendre part à un gouvernement dont la ligne politique n’est pas en harmonie avec ses orientations, notamment l’équation peuple-armée-résistance que le 14 Mars rejette, soutenu en cela par Tammam Salam ?
Ainsi, et quand bien même un accord serait atteint sur la répartition des portefeuilles, il restera à s’entendre sur la teneur de la déclaration ministérielle et sur la politique générale du gouvernement, ce qui laisse penser que le Hezbollah et le CPL ne prendront pas part à la future équipe, assure un ministre.
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