Photo Nasser Traboulsi
« La grève est ouverte et elle ira crescendo, jusqu’au transfert de la grille des salaires au Parlement », a menacé hier le président du Comité de coordination syndicale, Hanna Gharib. Il a accusé le Premier ministre Nagib Mikati de n’avoir rien proposé aux syndicalistes pour mettre un terme à la grève ouverte et aux manifestations, assurant que les mouvements de protestation allaient se poursuivre pour une durée indéterminée. « Le Premier ministre ne nous a rien dit. Il ne nous a rien proposé. Il nous a juste demandé d’arrêter la grève », a déclaré M. Gharib, à l’issue d’une réunion à la mi-journée avec M. Mikati, et à la demande de ce dernier.
Après la manifestation d’hier devant le Grand Sérail, les milliers de fonctionnaires, professeurs, retraités et contractuels ont rendez-vous aujourd’hui devant le bâtiment de la TVA dans le secteur de Adlieh à Beyrouth et dans toutes les principales villes du pays. M. Gharib a appelé à la formation d’un comité de grève dans tous les ministères, les administrations publiques et les écoles et instituts.
Plus tôt dans la matinée, Hanna Gharib avait fait assumer au gouvernement la responsabilité de la grève ouverte lors d’une manifestation devant le siège du gouvernement. « Les deux derniers jours ont mis en lumière l’irresponsabilité du gouvernement et sa gestion désatreuse du dossier », a affirmé le président du Comité de coordination syndicale. Selon lui, les responsables « ont misé sur notre fatigue mais nous ne nous fatiguons pas ». Le gouvernement est responsable de la situation à laquelle nous sommes parvenus, il est responsable de la grève ouverte et de ses conséquences, il est responsable des 16 grèves et 19 manifestations qui ont eu lieu depuis un an et demi, a-t-il ajouté.
Le dirigeant syndical a par ailleurs accusé le patronat d’être de connivence avec le gouvernement. Pour lui, « les organismes économiques sont les premiers bénéficiaires de cette situation et nous en sommes les premiers perdants ». « Vous participez au vol, à la corruption et à la dilapidation des fonds publics », a-t-il accusé. « Le Trésor public trouve toujours les fonds pour éponger vos dettes, mais nos salaires bloqués depuis plus de 16 ans vont causer l’effondrement de l’économie ? » s’est indigné M. Gharib.
« Ils prétendent que la grille est approuvée mais ils prévoient d’échelonner le paiement sur cinq ans, ils prétendent que la grille est approuvée mais ils prévoient d’augmenter les heures de travail et de supprimer les indemnités de correction et de surveillance », a protesté le président du Comité. « L’approbation de la grille n’a plus aucun sens dans ce cas-là », a-t-il ajouté.
« Nous demandons à ce que le projet de loi soit transmis de façon urgente au Parlement, sans échelonnement, sans rabais, en élevant les grades des professeurs de 6 à 52 points et en augmentant les salaires des contractuels », a expliqué M. Gharib qui a exhorté les fonctionnaires à descendre massivement dans la rue pour réclamer leurs droits.
Une réunion du gouvernement est prévue aujourd’hui au palais présidentiel de Baabda mais plusieurs médias ont d’ores et déjà indiqué que celle-ci n’abordera même pas le dossier de la grille des salaires. Le bras de fer sur la grille des salaires entre gouvernement, syndicats et organismes économiques dure depuis plusieurs mois mais le gouvernement ne veut pas transmettre la grille au Parlement tant que les moyens de la financer n’ont pas été définis.
Sur ce point, et au terme d’une épreuve de force qui dure depuis des mois, la Direction de l’urbanisme a approuvé lundi le principe de l’augmentation du coefficient d’exploitation sur les biens-fonds non bâtis, l’une des propositions-clés du Premier ministre pour financer la nouvelle grille des salaires. Mais pour l’instant la situation semble encore loin d’être débloquée et l’épreuve de force bel et bien entamée.
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