Afin de renverser cette tendance, le gouvernement libanais envisage d’augmenter les salaires de la fonction publique. Mais à elle seule, cette proposition ne suffira pas à améliorer la qualité de vie des citoyens libanais. Si le bulletin de salaire d’un employé de la fonction publique augmente, ce sera également le cas des produits de consommation de base et des loyers. L’amélioration des conditions de vie sera ainsi minimale. Le gouvernement ne devrait pas se focaliser uniquement sur la question d’augmenter les revenus, mais devrait aussi gérer l’explosion des coûts de la vie. Pour le moment, une solution est à portée de main du gouvernement. Mais cela nécessitera une combinaison d’initiatives politiques, qui fondamentalement, avec la loi de l’offre et de la demande, augmentera la concurrence et le contrôle de l’inflation. Par exemple, les prix de l’alimentaire au Liban ont connu une hausse de plus de 66 % au cours de ces six dernières années et devraient continuer d’augmenter.
L’augmentation des prix de l’alimentaire est principalement le fait de la dépendance du pays vis-à-vis des importations, le Liban important plus de 80 % de ses besoins alimentaires. Une des solutions serait ainsi de réduire la dépendance du pays aux fluctuations des prix mondiaux de l’alimentaire et de développer la production agricole locale. Des mesures spécifiques incluant l’investissement du secteur privé dans la production agricole, le passage d’une agriculture traditionnelle à faible rentabilité à des productions plus compétitives nécessitant moins d’irrigation et la promotion d’accords régionaux amélioreraient la compétitivité du secteur agricole libanais.
Les prix de l’essence ont, eux, presque doublé ces six dernières années. Environ 22 % des prix du pétrole sont attribuables aux taxes du gouvernement. Ces frais pourraient être réduits si des sources alternatives aux revenus de la trésorerie étaient trouvées. 67 % des prix de l’essence s’explique par le prix d’achat du baril brut sur les marchés internationaux. Si le gouvernement ne peut pas contrôler les prix internationaux du carburant, il pourrait adopter une stratégie publique claire définissant quand et comment acheter afin de minimiser l’augmentation des prix et leur volatilité. D’autres mesures existent comme celle d’encourager la diminution de la consommation de pétrole par l’achat de véhicules plus efficaces ou encore le développement d’un système de transport plus adapté.
Par ailleurs, les prix de l’immobilier et du logement ont drastiquement augmenté ces dernières années, rendant la capitale inabordable pour beaucoup de Libanais. Actuellement, 45 % des logements à Beyrouth sont loués sous l’ancienne loi des loyers, ce qui crée une pénurie de terrains disponibles pour le développement de l’immobilier. La réforme de la loi sur les loyers de manière graduelle et juste – protégeant les familles les plus modestes – pourrait atténuer ce phénomène et ajouter environ 2 millions de mètres carrés propices au développement de nouvelles propriétés. Cela pourrait stabiliser et diminuer les prix du logement sur le moyen terme.
La relative stabilité de l’économie libanaise après la crise financière mondiale de 2008 a conduit à un flux de capitaux à moindre risque et des investissements à long terme dans le secteur immobilier. La régulation des transactions immobilières est une nécessité, incluant la révision des taxes sur le secteur immobilier.
La plupart de ces investissements sont venus des pays du Golfe. Une des manières de maintenir les investissements étrangers et de contrôler les effets inflationnistes serait de modifier les lois sur la propriété étrangère. En suivant le système adopté par l’Angleterre par exemple, la propriété étrangère pourrait être transformée en contrats de leasing. Le gouvernement gagnerait également à modifier le système de taxation de manière à appliquer des impôts différents aux locaux et aux étrangers.
Il ne s’agit là que de quelques exemples de stratégies pour réduire le coût de la vie au Liban. Le débat autour de l’augmentation des salaires ne suffira pas. Le gouvernement libanais devrait développer une vision cohérente pour améliorer la qualité de vie des citoyens.
* Georges Pierre SASSINE
Expert en politiques publiques

