La commission restreinte chargée d’examiner le découpage des circonscriptions et le mode de scrutin d’une nouvelle loi électorale se réunit aujourd’hui, au Parlement, sous la présidence de M. Robert Ghanem, pour établir le rapport des réunions qu’elle a tenues, la semaine dernière, à la recherche d’une solution-miracle à l’un des plus difficiles problèmes qui se soit posé ces dernières années.
Ce rapport doit être transmis au président de la Chambre, qui le confiera à son tour aux commissions conjointes. Ces dernières se réunissent demain avec un seul point à l’ordre du jour : l’élaboration d’une loi électorale satisfaisante que tous les courants et partis politiques considéreraient comme acceptable.
Le député Akram Chehayeb a donné hier la clé de la formule magique. La prochaine phase sera celle de « l’obscurité créative », a-t-il dit, après avoir été reçu par le président de la Chambre, Nabih Berry, et plaidé pour la poursuite des efforts parlementaires à la recherche d’une nouvelle loi électorale.
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Dans l’esprit de M. Chehayeb, « l’obscurité créative » est celle que provoquerait une nouvelle loi électorale dont on ne connaîtrait pas à l’avance les résultats, ce qui en faciliterait l’adoption.
C’est en effet notamment en fonction des pointages effectués par les différents courants et partis politiques que les projets proposés sont acceptés ou rejetés.
« Il ne faut pas qu’il y ait un camp victorieux avant le scrutin, a précisé M. Chehayeb. L’obscurité créative jouera un rôle déterminant dans la phase à venir. »
En rangs dispersés
En tout état de cause, c’est en rangs dispersés que le 14 Mars cherche la formule magique. Les Kataëb et les Forces libanaises ont pensé, un moment, qu’ils l’avaient trouvée dans le projet de loi orthodoxe, qui prévoit l’élection par chaque communauté de ses propres députés, à l’aide d’un scrutin proportionnel. Même le Hezbollah s’était rallié dernièrement à ce projet.
Toutefois, l’opposition du chef de l’État à ce projet, ainsi que celle du courant du Futur, allié stratégique des Forces libanaises et du PSP, sans parler des indépendants du 14 Mars, a brisé le quasi-consensus qu’on s’était dépêché de proclamer à ce sujet.
Là d’ailleurs n’est pas le seul obstacle au consensus désiré. En effet, alors que les Kataëb et les Forces libanaises ont décidé de participer à la réunion des commissions conjointes, à laquelle assistent plusieurs ministres, le courant du Futur s’obstine à rester fidèle au mot d’ordre de boycottage du gouvernement, proclamé par le 14 Mars après l’assassinat de Wissam el-Hassan, le chef du bureau des renseignements des FSI, le 19 octobre dernier.
Fouad Siniora a annoncé hier le maintien du mot d’ordre de boycott et promis de rendre public aujourd’hui un projet de loi électorale dont il est confiant qu’il sera accepté de tous.
Du reste, des efforts sont déployés pour amener le courant du Futur à faire preuve de plus de souplesse et à assister à la réunion des commissions conjointes.
Amine Gemayel, qui se trouve à Paris, a rencontré hier Saad Hariri, qui séjourne en dehors du Liban pour motifs de sécurité.
Sollicité de toutes parts, ce dernier rencontrera aussi aujourd’hui Walid Joumblatt. M. Hariri a par ailleurs rencontré à Paris Samir Frangé et Farès Souhaid, et pris contact au téléphone avec le président Sleiman, Samir Geagea et Boutros Harb.
Il va de soi que la présence en France de Walid Joumblatt et de Amine Gemayel ne se limite pas aux seules questions libanaises, mais débordent ce sujet et portent aussi sur la situation en Syrie.
Rumeurs de report
À l’issue d’une réunion des députés du CPL, d’Amal et du Hezbollah au Parlement, Ibrahim Kanaan a lancé lui aussi un appel « à tous les blocs parlementaires », entendre au courant du Futur, à assister à la réunion des commissions conjointes.
Dans certains milieux politiques, les spéculations sur un report du scrutin vont bon train. Ces échos ont retenti le plus fortement du côté du Hezbollah. N’ayant pas le doigté, ou le souci de l’opinion, du président de la Chambre, Nabih Berry, le chef du bloc parlementaire du Hezbollah Mohammad Raad n’y est pas allé par quatre chemins. « Un consensus sur la loi électorale est nécessaire, a-t-il dit en substance, pour que les élections aient lieu à la date qui leur est fixée (début juin), sinon ce sera le report, appelons-le technique, des élections législatives, jusqu’a ce qu’un accord soit trouvé. »
Manœuvre ? Pression ? Diktat ? Les prochains jours diront ce qu’il en est. Une chose est certaine : le report signifie le rejet par coercition de la loi électorale de 1960, actuellement en vigueur, et la prorogation du mandat de la Chambre, une « obscurité » qui n’aura plus rien de « créatif ». En tout cas, un fait accompli que le chef de l’État combattra de toutes ses forces, par les voies constitutionnelles qu’il détient.
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