M. Joumblatt s’entretenant avec le président français en présence de MM.Emmanuel Bonne et Romain Nadal, à l’Élysée, hier. Photo Reuters
Après avoir été reçu dans la matinée d’hier durant trente minutes par le président François Hollande, M. Walid Joumblatt, leader du PSP, a déclaré que l’entretien a porté sur la situation au Liban et dans la région. Son hôte, a-t-il ajouté, a lancé un appel « en faveur de la sauvegarde de la stabilité et de l’instauration d’un dialogue national véritable pour que les prochaines élections législatives se déroulent dans les délais constitutionnels et qu’elles consolident la paix dans notre pays ».
Répondant aux questions des journalistes qui l’attendaient dans la cour de l’Élysée, M. Joumblatt a affirmé avoir « passé un message clair » à l’occasion de cette rencontre, en l’occurrence : « La stabilité du Liban est très importante », de même que « le dialogue pour essayer de ne pas importer la crise syrienne au Liban ». « Les élections en elles-mêmes sont un détail. Nul ne peut dominer le pays à travers les résultats d’un scrutin », a-t-il dit.
Saluant la reconnaissance par la France de la Palestine comme État membre observateur aux Nations unies, le leader libanais a ajouté qu’il faut rendre hommage au gouvernement français pour son soutien ferme à la Syrie dans divers domaines. M. Joumblatt a aussi souhaité que l’Europe « adopte une attitude commune à l’égard des événements de Syrie pour sauver ce pays et son peuple de la tragédie actuelle ».
L’entretien de l’Élysée a également porté sur l’aide aux réfugiés syriens.
Du côté de l’Élysée, on a appris que M. Hollande a réaffirmé l’engagement de son pays en faveur de la stabilité, de l’indépendance et de la paix au Liban dans le cadre de la la politique de neutralité de l’État libanais à l’égard du conflit syrien. Les dirigeants français estiment à ce propos que tous « les leaders libanais doivent s’entendre sur une politique commune à cet égard », partant du principe que seule cette attitude peut sauvegarder l’unité et la stabilité du Liban.
Avec Hariri
M. Joumblatt doit s’entretenir aujourd’hui avec le chef du courant du Futur, Saad Hariri, qui a reçu hier en sa résidence à Paris le président supérieur des Kataëb, Amine Gemayel.
M. Gemayel, qui sera reçu demain mercredi à l’Élysée, a aussi rendu visite hier soir au mufti de Tripoli, cheikh Malek Chaar, en séjour forcé depuis quelques semaines en France, à la suite de menaces qui lui avaient été adressées.
M. Gemayel était accompagné de l’ancien ministre Sélim Sayegh et de notre confrère Sejean Azzi.
En présence d’une centaine d’amis communs et de journalistes amis, l’ancien président et le chef spirituel sunnite ont échangé des mots de circonstance dans lesquels ils ont exprimé le même attachement aux valeurs humaines et nationales, la même condamnation de l’extrémisme et aussi la même foi en un Liban uni, ouvert et tolérant.
Le mufti Chaar a rappelé ses précédentes rencontres avec le chef des Kataëb soulignant qu’ils avaient été « proches en toutes circonstances ». Il a aussi salué « le courage » de son hôte et « les sacrifices qu’il a consentis pour son pays ».
Le mufti Chaar et le président Gemayel ont tous deux condamné en des termes forts l’extrémisme et souligné leur conviction selon laquelle « le Liban ne saurait se relever sans le concours de tous ses fils ».
Un diplomate présent a estimé que la ligne politique reflétée par les deux leaders peut être la base d’une troisième voie pour le sauvetage puis le redressement du Liban.
Dans son allocution, le président Gemayel a en outre rappelé que lui aussi avait connu l’exil forcé « qui ne fait que consolider l’attachement de l’individu à son pays natal ».
Après un tête-à-tête de plus de 15 minutes, les deux hommes ont soulevé diverses questions d’actualité avec les invités.
Le mufti a ainsi déclaré qu’il avait plus d’une fois mis en garde les groupuscules extrémistes à Tripoli contre « la spirale infernale du fanatisme qui peut mener le pays à un conflit islamo-chrétien, puis à un affrontement entre sunnites et chiites pouvant se transformer en une lutte à mort entre eux et l’islam modéré, ce qui détruirait le Liban et plongerait tout son entourage dans une guerre absurde et meurtrière ».
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