Liban

Pour une poignée de votes...

L’éclairage
09/01/2013
Les propos tenus par Gebran Bassil sur les réfugiés syriens en Conseil des ministres puis lors de sa conférence de presse à Batroun ont déclenché une vague de réprobation dans les milieux de l’opposition. Le ministre de l’Énergie avait entre autres réclamé la fermeture des frontières et leur contrôle face à l’afflux de réfugiés. Sa position en a étonné plus d’un, notamment parmi ses alliés : les ministres d’Amal et du Hezbollah ont d’ailleurs protesté durant la séance en question, adoptant le plan élaboré par le ministre des Affaires sociales, Waël Bou Faour, en vue de venir en aide aux réfugiés. Le président de la République et le Premier ministre ont, de leur côté, insisté sur la nécessité de garder les frontières ouvertes, rejetant toute proposition relative à une éventuelle fermeture des frontières, mais donnant des directives en faveur d’un contrôle accru de l’afflux par les services concernés.
Le dossier effraie à juste titre : le nombre de réfugiés avoisine les 500 000 et pourrait atteindre un million de personnes si les combats se poursuivent en Syrie. C’est évidemment beaucoup plus que le Liban ne peut supporter. Mais le pouvoir ne s’est enfin réveillé que lorsque les loyalistes ont commencé à fuir vers le pays. Les premières vagues de déplacés, celles des familles d’opposants, ont été totalement ignorées par l’État, en raison de sa position de soutien au régime. Le 8 Mars avait fait campagne contre eux à l’époque, en prétendant que ces premières vagues de réfugiés étaient des combattants de l’Armée syrienne libre qui tentaient de s’infiltrer dans le pays pour créer des camps d’entraînement aux frontières, et pactiser financièrement et militairement avec le 14 Mars. Pour l’opposition, il est clair que c’est la pseudopolitique de dissociation menée par le cabinet Mikati qui est à l’origine du désastre : le gouvernement aurait dû bouger dès le début de la crise syrienne et mettre au point un plan d’urgence, en prévision des répercussions sur la scène locale. Depuis que des familles loyalistes sont au Liban, le pouvoir a changé d’attitude et a commencé ses contacts pour tenter de sauver les meubles. Il n’est plus question de se contenter d’assimiler les déplacés à des extrémistes pour refuser de les recevoir, ou encore de quémander auprès des instances internationales qu’ils octroient au Liban un statut spécial pour qu’il n’accueille pas de réfugiés.
L’opposition se pose la question essentielle : pourquoi Gebran Bassil a-t-il attendu un an avant de bouger ? De toute évidence, l’initiative du ministre aouniste est purement électorale. Il tente de profiter de ce dossier pour se refaire une santé au plan chrétien, sans vraiment se soucier des répercussions de ses positions sur une scène locale en effervescence. Pour le Premier ministre, la question est pourtant tranchée : loin des tiraillements politiques, le dossier des réfugiés reste avant tout humanitaire, et accueillir ces derniers est un devoir pour le pays. La Syrie n’avait-elle pas ouvert ses portes aux Libanais à partir de 1975, puis de nouveau en 2006 ? Comment donc lui rendre la pareille en bouclant nos frontières ?
Le mot de la fin revient aux députés du Nord, pour qui Gebran Bassil tient un discours raciste et contrevient à tous les usages, toutes les coutumes et toutes les conventions internationales. Le tout pour une misérable poignée de votes aux prochaines élections...

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