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À La Une - Syrie

« C’est Gaza ou Damas, papa ? Mon petit, c’est la même chose »

Manifestations tous azimuts en solidarité avec les Palestiniens contre Assad et Israël ; au moins 107 morts hier.

Le 16 novembre 2012, comme chaque vendredi, des Syriens ont manifesté, comme ici à Alep, à travers la Syrie. Ce vendredi, ils ont manifesté contre le régime de Bachar el-Assad, mais aussi contre Israël, et en soutien à la population de Gaza, cible d'une nouvelle offensive israélienne. AFP/ FRANCISCO LEONG

Des milliers de Syriens ont manifesté comme chaque vendredi contre Bachar el-Assad, mais cette semaine, ils ont aussi exprimé leur soutien aux Palestiniens de Gaza, mettant sur le même plan Israël et le régime, qui a encore bombardé la région de Damas.
Les autorités syriennes ont condamné les « atrocités » commises par Israël dans la bande de Gaza, mais des manifestants à Kafar Nabal ont souligné que le régime syrien, tout comme Israël, justifiait ses opérations par la lutte contre le terrorisme. Les manifestants ont installé deux missiles, l’un frappé du drapeau syrien et l’autre de l’étoile de David, plantés dans le sol au milieu d’une fumée, et ces mots : « Guerre contre le terrorisme ». « À Gaza, 70 raids = 14 martyrs. En Syrie, un raid = 70 martyrs », proclamait aussi une pancarte à Nassib, dans le sud du pays, selon une vidéo diffusée par des militants. Dans un dessin publié sur la page Facebook de la révolution, un enfant regarde deux villes en feu alors que les obus tombent du ciel. « C’est Gaza ou Damas, papa ? » et le père de répondre : « Mon petit, c’est la même chose. »
Parallèlement, l’armée bombardait Damas et sa proche banlieue, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), alors que des habitants de la capitale ont déclaré ne pas avoir dormi de la nuit en raison des explosions. Les combats les plus violents ont eu lieu à Tadamoun, où l’armée tente de prendre rue par rue du terrain face aux insurgés qui se défendent pied à pied, selon l’OSDH. Selon des militants, les bombardements visaient aussi les villes de Mouadamiya al-Cham et de Hajar el-Aswad, alors que les rebelles ont abattu un hélicoptère dans la région d’el-Bouwayda. La périphérie, place forte des rebelles, a été également visée, notamment Douma et Erbine.
Dans la capitale, « plus de la moitié des rues, notamment les plus petites, sont fermées à la circulation », et les barrages se sont multipliés, selon Abou Mohammed, chauffeur de taxi.
Dans la province de Homs, l’armée a lancé une attaque sur Rastane, en proie à des combats violents. À Alep, sept personnes ont été tuées et 15 autres blessées dans un attentat à la voiture piégée qui a visé un barrage de l’armée dans le nord-ouest de la métropole, a-t-on appris de sources médicales.
Au total, les violences ont fait au moins 107 morts hier à travers le pays, selon un bilan provisoire des militants sur le terrain.
Par ailleurs, un général, douze officiers et plusieurs soldats de l’armée ont fait défection hier et se sont réfugiés en Turquie avec leurs familles, a indiqué l’agence de presse Anatolie, précisant qu’au total, 53 personnes ont franchi la frontière pour gagner la province de Hatay.

« Encouragé »
Sur le plan diplomatique, le Royaume-Uni pourrait se prononcer dans « les jours prochains » sur la reconnaissance de la coalition de l’opposition syrienne comme seul représentant du peuple syrien, après ses discussions « encourageantes » à Londres avec son chef. Le numéro un de la nouvelle coalition de l’opposition, Ahmad Moaz el-Khatib, a ainsi effectué hier sa première visite dans une capitale occidentale depuis la création dimanche à Doha, au Qatar, de l’instance dirigeante de l’opposition syrienne unifiée.
« Je suis encouragé par ce que j’ai entendu de la part des responsables de la coalition », a déclaré le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague, après s’être entretenu avec Ahmad Moaz el-Khatib et ses adjoints Riad Seif et Souhair al-Atassi, en présence de représentants de pays occidentaux et de puissances du Golfe. M. Hague a insisté sur la nécessité pour l’opposition de respecter les minorités, de « finaliser » sa structure et de « montrer son réel engagement à respecter les droits de l’homme ». Le Royaume-Uni pourrait donc emboîter le pas de la France, des pays du Golfe et de la Turquie, qui ont reconnu cette semaine l’opposition syrienne remodelée comme « la seule représentante » du peuple syrien.
Dans ce contexte, le Royaume-Uni s’interroge sur la pertinence de l’embargo de l’Union européenne sur la livraison d’armes à destination de la Syrie, décrété en mai 2011, a ajouté M. Hague. Il insiste cependant sur le fait qu’à ce jour, l’aide britannique à l’opposition syrienne a été uniquement « non létale ».
Après Londres, M. Khatib sera reçu aujourd’hui par François Hollande, à la pointe par rapport à tous ses homologues occidentaux.

Poutine et Merkel
Parallèlement, le président russe Vladimir Poutine a répété ses réserves sur un règlement impliquant un départ du président Assad, à l’issue d’entretiens avec la chancelière allemande Angela Merkel. « Notre position est connue : il faut d’abord se mettre d’accord sur l’avenir, comprendre comment seront garantis les intérêts légitimes et les intérêts des différents groupes ethniques et religieux, et seulement après aborder les changements, a déclaré M. Poutine. Et non l’inverse : écarter Assad et après réfléchir à ce qu’on va faire. » « Que faire : on a les problèmes d’un tel règlement de la situation en Libye et dans d’autres pays. On sait à quoi cela a mené en Libye : à la désintégration du pays, au meurtre de diplomates, y compris un ambassadeur américain. Bref, le chaos », a dit M. Poutine. « Qui veut le chaos en Libye ? a-t-il poursuivi, dans un apparent lapsus, évoquant la Syrie. Pas nous, c’est très proche de nos frontières. »
Le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a réitéré de son côté ses craintes de voir le conflit syrien se propager. « La Syrie pourrait avoir un intérêt à la propagation du conflit vers d’autres pays de la région pour diluer l’attention portée à son conflit intérieur », a ainsi affirmé M. Rasmussen devant des étudiants à l’Université d’Odense (Danemark).
Enfin, la réunion du groupe des Amis de la Syrie prévue depuis longtemps au Maroc, mais dont la date avait été repoussée, est programmée « mi-décembre » à Marrakech, a déclaré une source proche du gouvernement marocain.

 

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