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À La Une - Rencontre

Aline Lahoud : « Je garde toute ma force d’indignation ! »

À l’occasion de la sortie d’« Aigre-doux » (Les éditions Dar an-Nahar), qui réunit des chroniques de son cru, puisées dans plus de quarante ans de journalisme, Aline Lahoud confirme l’intemporalité de ses chroniques, certaines écrites en 1972, une écriture sans compromis, et une énergie jamais démentie. La signature de l’ouvrage aura lieu aujourd’hui, de 18 heures à 21 heures, à la villa Audi.

Aline Lahoud, mi-aigre, mi-douce.

Aline Lahoud est en colère, ce samedi 20 octobre. Cette colère, qu’elle pensait avoir domptée, en dépit des nombreuses désillusions d’un pays plongé dans un dysfonctionnement total de ses institutions, est revenue la saisir au lendemain de l’attentat d’Achrafieh perpétré contre le général Wissam el-Hassan. Le regard profond, intérieur, le regard vif sur une actualité qu’elle continue de décrypter avec la tête et le cœur, elle se livre à quelques confidences aigres-douces sur sa carrière de journaliste, émotions, désillusions, et surtout liberté et bonheur d’écrire. Car Aline Lahoud n’a jamais cherché à plaire ou à faire plaisir. Ni appartenir à un courant ou une idée, si ce n’est celle d’un Liban organisé, civilisé, libre et souverain. Son analyse politique et sociale, qui aurait pu ressembler à un coup de gueule impulsif, a toujours été un geste pensé et mûri. « Je suis dans un état d’indignation, dit-elle. Si je devais aujourd’hui écrire ce que je pense de la situation actuelle du pays et de nos politiciens, je ne serais jamais publiée ! » 


Et pourtant, c’est sur l’insistance de Raymond Audi, ami de longue date et grand admirateur, qui a patienté de nombreuses années pour convaincre son auteur, que cet ouvrage a enfin vu le jour. Il l’a voulu pour son discours actuel et des témoignages acerbes et percutants que de nombreux lecteurs aimeraient (re)lire et surtout conserver. Sur près de 400 pages et sur 5 chapitres qui parlent de l’humeur, en général mauvaise, de la journaliste, de la politique libanaise et étrangère, des problèmes de société, et des hommages à de chers disparus, c’est un peu l’histoire, hélas inchangée, du pays qu’Aline Lahoud passe au crible. Politiquement et journalistiquement « incorrecte », elle a cessé ses activités en 2011, « du jour au lendemain », précise-t-elle, lorsque la Revue du Liban a cessé de paraître. C’était mettre fin, sans préparation et sans préavis, à une passion qui remonte à 1958.

Le bonheur d’écrire
« L’écriture ? C’était au départ une question de jalousie, confie Aline Lahoud dans un rire discret. À l’école, j’étais plus football que poupées. Un jour, une camarade tenait dans ses mains un livre. Comme j’adore les couleurs et que la couverture était rouge, jaune et verte, je lui ai demandé ce que c’était. » « C’est un livre» , lui répond-elle. « Il s’appelait L’auberge de l’ange gardien. J’ai pensé que je devais absolument avoir un livre comme celui-là ! » C’est ainsi que la jeune fille découvre la lecture et l’exercice de l’esprit. « Je lisais tout », se souvient-elle. Puis vint en classe de première l’envie d’écrire un roman. » « On l’appellera L’œil derrière le monocle ! », avait-elle pensé.


Vint enfin l’envie, plus sérieuse alors, d’être diplomate. Aline Lahoud suit des études en sciences politiques avant de devenir attachée de presse à l’ambassade de Yougoslavie à Beyrouth. Elle écrit des lettres mais, surtout, elle écrit. Trois ans plus tard, Henri et Farid Moukheiber l’invitent à rejoindre l’hebdomadaire Magazine. « J’avais tous les rôles et pas de rôles. J’étais sur le terrain, j’écrivais des articles, j’intervenais dans la mise en page... » Elle signe des comédies musicales pour son frère Roméo Lahoud, continue de rédiger Les Chroniques d’Aline Lahoud en même temps qu’elle dirige, de 1971 à 1973, le département d’études et d’analyses au ministère de la Défense. En 1974, elle est nommée rédactrice en chef de Magazine. Un poste qu’elle occupe avec générosité jusqu’en 1977. « J’étais tellement écœurée par la guerre que j’ai démissionné. » Aline Lahoud dépose le stylo comme on dépose les armes dans un long silence interrompu en 1994, lorsque Melhem Karam lui demande de reprendre la parole dans un Bloc-Notes qu’elle refermera en 2011. « Je suis en colère parce que ce pays est vraiment beau et que je m’inquiète pour nos enfants. La rage est toujours là, mais elle est atténuée par le temps. » 


Cependant, les textes, témoignages d’un Liban qui n’a jamais cessé d’être vulnérable, semblent écrits aujourd’hui. Extraits : « Nous avions cru que, dans notre vocabulaire, des expressions telles que “nous autres musulmans” et “vous autres chrétiens”, ou vice versa, avaient été remplacés par “nous, libanais”. Pourquoi faut-il que nous nous obstinions à confondre opposition et religion, loyalisme et confessionnalisme ? » Ou encore, rédigé en 1974 : « Il y a ceux qui ont vendu la peau de l’ours et qui se demandent comment faire pour le tuer. Ceux qui courent deux lièvres à la fois et ceux qui nagent entre deux eaux. Il y a ceux qui ont bouffé du lion et ceux qui mangent de la vache enragée. (...) En somme, il y a de tout pour faire un monde, mais pas un vrai chef de gouvernement. »


Et, en guise de conclusion, ce passage plus doux qu’aigre, paru en décembre 2007 : « Je dois avouer que tout en ayant admis que le père Noël n’existait pas j’y croyais toujours. Car il était devenu pour moi l’autre nom du rêve. Et au rêve, je ne renonce pas, même aujourd’hui, après avoir abordé l’autre versant de la vie, ce versant où les rêves ne sont que des souvenirs perdus en chemin au milieu de nulle part. »

Aline Lahoud est en colère, ce samedi 20 octobre. Cette colère, qu’elle pensait avoir domptée, en dépit des nombreuses désillusions d’un pays plongé dans un dysfonctionnement total de ses institutions, est revenue la saisir au lendemain de l’attentat d’Achrafieh perpétré contre le général Wissam el-Hassan. Le regard profond, intérieur, le regard vif sur une actualité qu’elle continue de décrypter avec la tête et le cœur, elle se livre à quelques confidences aigres-douces sur sa carrière de journaliste, émotions, désillusions, et surtout liberté et bonheur d’écrire. Car Aline Lahoud n’a jamais cherché à plaire ou à faire plaisir. Ni appartenir à un courant ou une idée, si ce n’est celle d’un Liban organisé, civilisé, libre et souverain. Son analyse politique et sociale, qui aurait pu...
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