Pour le Premier ministre libanais Nagib Mikati, l’application immédiate de la nouvelle grille des salaires mènerait à une inflation galopante et à une déstabilisation monétaire. Photo Dalati et Nohra
Dans une conférence de presse qu’il a tenue hier au Grand Sérail, le Premier ministre, Nagib Mikati, a nié les accusations selon lesquelles le gouvernement tergiversait quant à la réévaluation de la grille des salaires. « Ce qui se dit quant à la volonté du gouvernement de reporter volontairement l’approbation de la réévaluation de l’échelle des salaires est faux », a souligné M. Mikati, qui explique parallèlement que le problème des salaires doit être traité dans sa globalité en ayant une vision exhaustive des conséquences sur la stabilité monétaire. M. Mikati a indiqué qu’on ne pouvait soumettre la nouvelle grille des salaires au Parlement tant que le gouvernement n’avait pas finalisé les moyens de la financer. « Nous nous sommes mis d’accord sur les moyens de financer 90 % de la nouvelle échelle des salaires », a indiqué le Premier ministre qui assure pourtant que les nouvelles impositions présentées mercredi en Conseil des ministres ne toucheront pas les classes modestes. « Nous planchons sur un plan de réformes globales afin de réduire le déficit budgétaire et finaliser ainsi le budget 2013 », a affirmé M. Mikati.
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Pas dans l’immédiat...
« Nous avons déjà expliqué au comité de coordination syndicale les raisons qui nous empêchent d’appliquer tout de suite la nouvelle échelle des salaires, approuvée en Conseil des ministres en date du 17 septembre dernier », a réitéré le Premier ministre qui a expliqué que la nouvelle échelle des salaires doit être échelonnée sur une période de 4 ans afin de freiner la croissance du taux d’inflation. Il a en outre indiqué qu’il travaillait en coordination avec les instances économiques, la Banque du Liban (BDL) et le ministère des Finances pour protéger l’économie libanaise de toute déstabilisation. La cherté de vie résulte de l’inflation, a souligné le Premier ministre, qui tient à préciser qu’une application immédiate de l’échelle des salaires ferait grimper d’autant plus le taux d’inflation. « Le gouvernement tient à protéger les consommateurs et à maintenir la stabilité monétaire », a-t-il ajouté. « Soumettre le financement de la réévaluation de la grille des salaires au Parlement dans l’immédiat équivaut à une boule de feu lancée à la face de l’économie libanaise », a mis en garde le Premier ministre.
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Les grèves « n’ont pas lieu d’être »
« Nous demandons au comité de coordination syndicale de revenir sur ses positions, notamment en vue de l’année scolaire qui vient d’être entamée. Nous ne pouvons pas régler les problèmes économiques en prenant en considération un seul volet », a souligné M. Mikati. « Les personnes qui pensent que l’approbation immédiate de la nouvelle grille des salaires n’aura lieu que si le gouvernement chute se trompent puisque cela créera un vide ministériel qui ne ferait qu’exacerber la situation », a mis en exergue le Premier ministre qui tient à préciser que les grèves et les mouvements de revendication n’ont pas lieu d’être. « La solution n’est pas dans les divisions politiques, mais dans le maintien de la stabilité monétaire et économique », a-t-il ainsi réitéré. « Nous travaillons sur une proposition de loi où la hausse des intérêts bancaires s’appliquerait uniquement sur les dépôts en devises », a par ailleurs indiqué M. Mikati. Rappelons que parmi les hausses de taxes proposées, le gouvernement avait mis en avant une hausse des taxes sur les intérêts de 5 à 7 %. Le Premier ministre a en outre indiqué que le gouvernement tenait à maintenir une stabilité fiscale. « Ce dont nous avons besoin, c’est d’un Taêf économique », a-t-il enfin prôné.
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