François Hollande et Angela Merkel, le 15 mai, à la chancellerie à Berlin, pour la première visite du président français à l'étranger après son investiture. BERTRAND LANGLOIS/
Le socialiste François Hollande, élu président français, a pris officiellement ses fonctions mardi après la passation de pouvoir avec le sortant Nicolas Sarkozy, lors d'une journée forte en symboles.
Elu le 6 mai avec 51,6% des suffrages, François Hollande, 57 ans, devient le septième président de la Ve République, qui restera cinq ans à la tête d'une des principales puissances mondiales. Et le premier socialiste à s'installer à l'Elysée depuis 17 ans.
"A compter de ce jour, vous incarnez la France, vous symbolisez les valeurs la République et vous représentez l'ensemble des Français", a proclamé le président du Conseil constitutionnel Jean-Louis Debré
A peine investi, le nouveau président a voulu adresser un "message de confiance" aux Français : "Le pays a besoin de réconciliation, de rassemblement, c'est le rôle du président de la République d'y contribuer, faire vivre ensemble tous les Français sans distinction (...) autour des mêmes valeurs, celles de la République, tel est mon impérieux devoir", a-t-il dit en promettant "simplicité et "dignité". "Je fixerai les priorités, mais je ne déciderai pas de tout pour tout et partout", a-t-il encore dit, après avoir répété au long de sa campagne électorale qu'il ne serait ni chef de gouvernement, ni chef de majorité, en succédant à Nicolas Sarkozy qualifié souvent d'"omniprésident".
Selon un rite protocolaire minutieux, M. Hollande était arrivé à 10H00 (08H00 GMT) au palais de l'Elysée, accueilli dans la cour d'honneur par Nicolas Sarkozy. Après une poignée de mains, les deux hommes se sont isolés pour la passation de pouvoir au cours de laquelle le sortant a remis à l'élu les codes nucléaires.
Fait inédit: la nouvelle première dame, Valérie Trierweiler, s'est dans le même temps entretenue en tête-à-tête avec Carla Bruni-Sarkozy.
Puis sous les applaudissements du personnel, Nicolas Sarkozy a quitté l'Elysée avec son épouse Carla Bruni, faisant depuis sa voiture le geste de l'au-revoir avec la main.
Le nouveau président arrivant à l'Elysée. REUTERS/Christophe Ena/Pool
Lors de son discours d’investiture, François Hollande a adressé ses "vœux" à Nicolas Sarkozy, "pour la nouvelle vie qui s’ouvre devant lui".
Le nouveau président s'est montré plus prolixe sur ses autres prédécesseurs. Evoquant Jacques Chirac, il a salué son "attachement aux valeurs de la République", en Charles de Gaulle, il a salué un homme "qui a mis son prestige au service de la grandeur et de la souveraineté de la France", en Georges Pompidou, le président "qui fit de l'impératif industriel un enjeu national", en Valéry Giscard d'Estaing le chef d’Etat "qui relança la modernisation de la société française" et en François Mitterrand, pour qui il a dit avoir "une pensée toute particulière", M. Hollande a salué celui "qui fit tant pour faire avancer les libertés et le progrès social".
François Hollande qui prône l'idée d'une "présidence normale" avait souhaité une cérémonie "sobre" pour marquer le début d'un quinquennat qui s'ouvre sous le sceau de la crise et du chômage et pour lequel il sait qu'il n'aura pas d'état de grâce.
L'événement était organisé sans la présence de ses quatre enfants ni ceux de sa compagne la journaliste Valérie Trierweiler, en rupture avec l'image de famille recomposée qu'avait montrée Nicolas Sarkozy en 2007 (Lire ici l'explication de Ségolène Royal sur son absence et celle de ses enfants).
Et il n'a convié qu'une trentaine d'invités personnels, selon son entourage, loin des centaines venues assister en 1981 à l'investiture du premier président de gauche François Mitterrand.
Marseillaise, honneurs militaires et coups de canon. Le nouveau chef de l'Etat a continué de suivre la tradition, avant de remonter, sous une pluie battante, l'avenue des Champs-Elysées jusqu'à l'Arc de Triomphe pour raviver la flamme du tombeau du soldat inconnu.
Mais nouveauté, il a fait ce déplacement en voiture hybride, une Citroën décapotable, suivi par la Garde républicaine à cheval. Il s'est aussi livré à son premier bain de foule de président en exercice.
Pour marquer ses priorités - éducation et intégration - à l'orée de son mandat, François Hollande a rendu hommage à deux figures de l'histoire française: Jules ferry, père de l'école laïque, gratuite et obligatoire, et Marie Curie, née en Pologne et devenue double prix Nobel français de physique et de chimie.
Par le biais de son hommage à Jules Ferry, dont il a toutefois qualifié de "faute morale" la défense de la colonisation, M. Hollande a donné un second discours, sur l'école, "arme de la justice et de l'égalité républicaine".
Pour fêter l'événement avec ses amis et la foule de Parisiens conviés par leur maire socialiste Bertrand Delanoë, c'est à l'Hôtel de Ville de la capitale qu'il devait achever les cérémonies d'entrée en fonctions.
Rites et symboles accomplis, le nouveau chef de l'Etat, 11 ans à la tête du PS mais qui n'a jamais exercé de fonction ministérielle, devait entrer dès mardi dans le vif du sujet.
Peu avant 17h, heure française, président François Hollande a nommé le député-maire de Nantes Jean-Marc Ayrault au poste de Premier ministre, a annoncé le secrétaire général de l'Elysée Pierre-René Lemas.
Président du groupe parlementaire socialiste à l'Assemblée nationale, M. Ayrault succède à Matignon à François Fillon, chef du gouvernement de Nicolas Sarkozy de mai 2007 à mai 2012.
Comme le nouveau chef de l'Etat, M. Ayrault, 62 ans, n'a jamais été ministre. Elu en 1977 à la mairie de Saint-Herblain (Loire-Atlantique), il est maire de Nantes depuis 1989 et député depuis 1986.
Conseiller spécial de François Hollande pendant la campagne présidentielle, Jean-Marc Ayrault, ancien professeur d'allemand, a été préféré pour Matignon à Martine Aubry ou Manuel Valls, malgré une condamnation en 1997 pour favoritisme dans l'attribution d'un marché public.
Le nouveau gouvernement de Jean-Marc Ayrault doit être dévoilé d'ici à mercredi en fin de journée.
La composition du gouvernement sera connue mercredi soir pour un premier conseil des ministres qui pourrait avoir lieu dès le lendemain.
Le deuxième acte de chef de l'Etat de M. Hollande, qui dans son discours d'investiture a aussi souhaité "ouvrir une voie nouvelle en Europe", a été de s'envoler dans l'après-midi vers Berlin pour une première prise de contact avec la chancelière allemande Angela Merkel, qui avait soutenu son rival Sarkozy pendant la campagne.
Le président français a été accueilli, mardi soir, à la chancellerie à Berlin par Mme Merkel, avec un retard de plus d'une heure lié à un incident de vol causé par un orage, a constaté l'AFP. Sous une pluie fine, François Hollande a été reçu avec les honneurs militaires comme le prévoit le protocole pour une première visite d'un chef d'Etat en Allemagne. La chancelière et M. Hollande ont échangé poignées de main et sourires devant une foule de photographes.

Photo John MACDOUGALL/AFP
Selon Berlin, cette rencontre entre les deux dirigeants, résolus par ailleurs à continuer de faire du couple franco-allemand le moteur de l'UE, ne vise pas à "prendre des décisions" mais à "faire connaissance". La pression de l'actualité l'ont cependant poussés à s'exprimer sur la situation en Grèce.
Après un entretien bilatéral d'environ une heure, Mme Merkel et M. Hollande ont tenu une conférence de presse commune lors de laquelle ils ont déclaré vouloir que la Grèce restent dans la zone euro. L'Allemagne et la France sont prêts "à étudier la possibilité de mesures supplémentaires pour la croissance en Grèce", si ce pays le demandait, a ajouté Angela Merkel.
La chancelière allemande a par ailleurs affirmé que la France et l'Allemagne étaient "conscientes de la responsabilité qu'elles ont pour un bon développement" de l'Europe, assurant que parfois la presse évoquait "des divergences plus importantes qu'elles ne le sont réellement" entre elle-même et M. Hollande.
"Nous voulons travailler ensemble pour le bien de l'Europe", a déclaré de son côté François Hollande
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Depuis hier, et à cause de toi, je l'appelle... ainsi ! Fabius m'aurait dit : "Ecoutez, vous parlez au Premier ministre de la France !", c'était quand Chirac l'avait traité de roquet, tu t'en souviens ? Il y a comme ça des moments délicieux.
12 h 30, le 16 mai 2012