Kofi Annan a rendu compte, hier à huis clos, de sa médiation en Syrie devant le Conseil de sécurité de l’ONU, par vidéoconférence. Photo AFP
L’émissaire international Kofi Annan a estimé hier devant le Conseil de sécurité de l’ONU que son plan de sortie de crise était « sans doute la dernière chance d’éviter la guerre civile » en Syrie, où il redoute cependant que les violations des droits de l’homme ne « s’intensifient ». Soulignant que sa médiation « n’était pas illimitée dans le temps », M. Annan a relevé que des personnalités connues pour être des partisans de la non-violence avaient été arrêtées par le pouvoir, selon des diplomates qui ont suivi son intervention. L’opposition syrienne a récemment dénoncé une « escalade des arrestations », en violation du plan Annan qui prévoit, outre la fin des violences, la libération des personnes incarcérées dans le cadre de la révolte. M. Annan, qui rendait compte de l’application de ce plan sur le terrain près d’un mois après l’annonce d’un cessez-le-feu continuellement ignoré, a constaté un « progrès limité » au niveau militaire, soulignant que l’armée continuait « de faire pression sur la population, de manière plus discrète ». « Nous devons arrêter les tueries », a-t-il lancé. « Il y a des violations commises par les forces de l’ordre syriennes mais aussi des actes commis contre ces forces gouvernementales », a-t-il indiqué. « J’adresse un appel à tous ceux qui ont des armes, qu’ils pensent à la population, déposent les armes et viennent s’asseoir à la table avec nous », a exhorté l’ancien patron de l’ONU. « Il est très difficile de convaincre les parties en présence de déposer les armes », a-t-il toutefois reconnu.
Interrogé sur les élections législatives qui se sont tenues dimanche sur fond de violences, M. Annan a répondu que le gouvernement syrien devrait comprendre qu’il « faudrait peut-être de nouvelles élections ». Selon lui, la consultation n’est pas celle qui est prévue dans son plan de paix, qui préconise un « dialogue » entre gouvernement et opposition. Il a ainsi plaidé pour le déclenchement de ce dialogue, estimant que la présence des observateurs de l’ONU visait à « créer les conditions propices à faciliter un progrès politique » et annonçant, par la même occasion, son intention de se rendre à Damas dans les prochains jours. La date de cette visite n’a pas été précisée. Peu avant, le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, déclarait avoir perdu « tout espoir » pour la Syrie et estimé que l’ONU avait « besoin de 1 000, 2 000, peut-être 3 000 observateurs ».
Critiques internationales
Les législatives ont été boycottées par l’opposition et dénoncées par la communauté internationale, en particulier le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon. Le monde est désormais « engagé dans une course contre la montre pour éviter une véritable guerre civile », a déclaré M. Ban, ajoutant : « Le gouvernement syrien continue d’agresser son peuple ». « Seul un dialogue large et sans exclusive peut mener à un véritable avenir démocratique en Syrie », a affirmé son porte-parole, Martin Nesirky. La France a qualifié le scrutin de « farce sinistre », tandis que les États-Unis ont estimé « qu’organiser des élections législatives dans ce genre d’atmosphère (frisait) le ridicule ». À New York, l’ambassadrice américaine à l’ONU, Susan Rice, a affirmé que Washington reste déterminé à accroître la pression sur le président syrien Bachar el-Assad pour qu’il quitte le pouvoir. Elle a également souligné que son pays soutenait les efforts internationaux visant à aboutir à une solution « qui mette fin aux violences et facilite une véritable transition politique ».
Mais il n’y a pas eu que des critiques concernant le scrutin. Pékin, qui soutient Damas, a espéré que les législatives aideraient « à promouvoir le processus de réformes », et l’Iran, dont Bachar el-Assad est un allié stratégique, a salué ce vote. La presse syrienne s’est de son côté félicitée. Le taux de participation a atteint environ 60 % « malgré les menaces et les opérations terroristes », selon le quotidien al-Watan. Selon l’agence SANA, deux bureaux de vote à Damas devaient rouvrir hier aux électeurs après la constatation de fraudes. Les résultats seront annoncés lorsque la commission électorale aura reçu ceux de tous les gouvernorats.
Six civils tués
Sur le terrain, selon SANA, 14 véhicules et des équipements de communication pour les observateurs sont arrivés hier par avion à Damas. Vendredi, le porte-parole de M. Annan avait estimé que le plan de sortie de crise était « sur les rails ». Pourtant, plus de 800 personnes ont péri depuis l’entrée en vigueur officielle du cessez-le-feu le 12 avril, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Hier, six civils ont encore été tués dans les provinces d’Idleb et de Homs, ainsi qu’à Damas, selon l’OSDH, et l’armée bombardait Qalaat al-Madiq et le Krak des chevaliers, selon des militants. La veille, jour de vote en Syrie, l’OSDH avait recensé 25 morts dans des violences à travers le pays.


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