Rechercher
Rechercher

À La Une - France

Pour Hollande, déjà les premiers écueils

Le président élu est sous la pression de l’Allemagne qui refuse de « renégocier » le traité budgétaire européen.

Le président français élu, François Hollande, a signé des autographes hier en sortant d’une réunion de travail avec son état-major à Paris. Il a déclaré qu’il annoncera le nom de son Premier ministre le 15 mai, jour de la passation des pouvoirs avec son prédécesseur Nicolas Sarkozy. Mehdi Fedouach/AFP

Sans pouvoir espérer d’état de grâce dans une Europe inquiète, le président français élu François Hollande s’est attelé dès hier à la formation de son gouvernement et au dossier « prioritaire » européen, avant de délicates discussions avec Berlin sur la croissance. Élu dimanche avec 51,62 % des voix contre 48,38 % au président sortant Nicolas Sarkozy, le socialiste est sous la pression d’un calendrier très serré et d’une situation en zone euro qui pourrait rapidement se dégrader. Les élections législatives grecques, tenues en même temps que la présidentielle française, laissent planer le risque d’un pays ingouvernable.

 

M. Hollande sera investi le 15 mai. Mais il apparaîtra à une cérémonie officielle dès aujourd’hui aux côtés de M. Sarkozy à Paris, pour les cérémonies du 8 mai commémorant la fin de la Seconde Guerre mondiale. « Constitution d’une équipe », « préparation de déplacements internationaux » : « C’est une semaine extrêmement chargée », a expliqué le directeur de campagne de M. Hollande, Pierre Moscovici. Il sait qu’il ne bénéficiera d’aucun « état de grâce », a confié l’un de ses plus proches amis, Michel Sapin, ancien ministre des Finances. « Aujourd’hui, c’est le travail, même s’il n’y a pas eu de transmission des pouvoirs », a déclaré le président élu avant de réunir sa garde rapprochée. Dans son QG de campagne parisien, M. Hollande a ainsi ouvert hier les chantiers des sommets internationaux, enchaînant les réunions de travail. Il doit se préparer aux sommets du G8 (18-19 mai) et de l’OTAN (20-21 mai) aux États-Unis, où il « annoncera le retrait des troupes françaises d’Afghanistan d’ici à la fin de l’année », a dit son porte-parole, le député Manuel Valls. Très discret jusqu’alors, le président élu a huit jours, jusqu’à sa prise de fonctions, pour avancer sur la formation de son gouvernement et le choix de son Premier ministre (voir par ailleurs).

 

Merkel pose ses conditions

Sa première visite officielle est réservée, immédiatement après son investiture, à la chancelière allemande Angela

Merkel. La rencontre s’annonce délicate, car la dirigeante allemande, qui avait soutenu le sortant Sarkozy et snobé le candidat socialiste pendant la campagne, a d’emblée posé ses conditions : pas question de « renégocier » le traité budgétaire européen, déjà signé par 25 des 27 États membres de l’Union européenne. La chancelière a toutefois assuré hier que le président Hollande serait accueilli « à bras ouverts » pour sa première visite en Allemagne. « La coopération franco-allemande est essentielle pour l’Europe et nous voulons tous que l’Europe réussisse », a-t-elle insisté lors d’une conférence de presse. Mais la renégociation du traité, pour adjoindre un volet consacré à la croissance, a été un leitmotiv de M. Hollande pendant sa campagne. Si elle est fermée à toute renégociation de ce texte, l’Allemagne est prête à discuter d’une stratégie de croissance d’ici au sommet européen de la fin du mois de juin. Dans l’esprit des Allemands, la croissance passe davantage par des réformes structurelles, comme celle du marché du travail, que par des investissements sur de grands projets européens prônés par M. Hollande. « L’entretien avec Mme Merkel a commencé à être substantiel », a assuré M. Moscovici, confirmant une « volonté de coopérer ensemble ».

 

Dans beaucoup de pays d’Europe, l’arrivée au pouvoir de M. Hollande est vue comme l’occasion de sortir des politiques uniquement tournées vers l’austérité. Une austérité qui pourrait n’être plus « une fatalité », avait lancé dès dimanche soir M. Hollande lors de sa première déclaration de président élu. Ce rejet des politiques d’austérité s’est illustré dans les élections législatives grecques. Les partis qui avaient accepté les politiques d’austérité dictées par les bailleurs de fonds du pays, Union européenne en tête, ont été désavoués. Les bourses européennes, qui avaient ouvert en baisse hier, en grande partie en réaction aux résultats en Grèce, épicentre de la crise en zone euro, se sont redressées en fin de journée, nettement à Rome et Paris.

 

La bataille des législatives a commencé

Entre-temps, la gauche et la droite françaises ont replongé hier dans une nouvelle campagne électorale, celle des législatives des 10 et 17 juin. Chez les vainqueurs, les appels à la mobilisation de « tous ceux qui veulent le changement » pour donner au président socialiste une « majorité nette » et lui permettre d’engager ses réformes se sont multipliés, tandis qu’à droite on agitait le spectre d’un pays où la gauche tiendrait dans ses mains tous les pouvoirs. La porte-parole de campagne de Nicolas Sarkozy, Nathalie Kosciusko-Morizet, a donné le ton en souhaitant un « rééquilibrage » des pouvoirs, alors que la gauche détient déjà la présidence de la République, le Sénat et la plupart des régions. La bataille promet d’être rude : les premiers sondages donnaient dimanche soir le PS et l’UMP (Union pour un mouvement populaire), le parti de M. Sarkozy, au coude-à-coude pour le premier tour (31 et 30 %). Toutefois, les Français ont toujours donné une majorité au président qu’ils venaient d’installer à l’Élysée.

 

Analyses

La droite française promise à un après-Sarkozy agité

 

La défaite de Sarkozy, un bon scénario pour Marine Le Pen


Lire aussi

La revue de presse française et européenne post présidentielle

 

Portraits

Hollande ou la mue en champion d'un candidat sans expérience ni charisme

La nouvelle première dame Valérie Trierweiler, journaliste de tempérament

Pour Sarkozy le fonceur, le goût terrible de la défaite

 

Repère

Le programme du président élu François Hollande

Sans pouvoir espérer d’état de grâce dans une Europe inquiète, le président français élu François Hollande s’est attelé dès hier à la formation de son gouvernement et au dossier « prioritaire » européen, avant de délicates discussions avec Berlin sur la croissance. Élu dimanche avec 51,62 % des voix contre 48,38 % au président sortant Nicolas Sarkozy, le socialiste est sous la pression d’un calendrier très serré et d’une situation en zone euro qui pourrait rapidement se dégrader. Les élections législatives grecques, tenues en même temps que la présidentielle française, laissent planer le risque d’un pays ingouvernable.
 
M. Hollande sera investi le 15 mai. Mais il apparaîtra à une cérémonie officielle dès aujourd’hui aux côtés de M. Sarkozy à Paris, pour les cérémonies du 8 mai commémorant...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut