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Campus

Le théâtre pour rapprocher deux mondes différents

Dans l’amphithéâtre de l’AUB, des étudiants apprennent à s’intégrer au monde des jeunes atteints de trisomie à travers le jeu et le théâtre.

Un brouhaha joyeux règne dans la salle généreusement offerte par l’Université américaine. Les « acteurs », cinq personnes souffrant de trisomie et cinq étudiants de l’AUB ou de l’ACS (American Community School), se préparent à répéter leurs rôles. Discussions, rires et échanges vont bon train entre ces jeunes issus de deux mondes différents. « Au début, j’appréhendais de me retrouver face à eux, confie Jihane 21 ans, étudiante en troisième année de biologie. J’avais peur et je ne savais pas comment leur parler. Finalement, leur gentillesse et leur gaieté nous ont fait oublier leur handicap et nous ont mis très vite à l’aise. » Sur une chaise, Bob, 39 ans, discute et rit avec Kinda et Bilal, tous les deux étudiants à l’ACS. Bob est trisomique, issu d’une famille de 12 enfants. Malgré son handicap, il est « très indépendant, circule seul dans toutes les régions du Liban, adore faire du théâtre et photographier ». A-t-il peur de jouer en public ? « Jamais, dit-il en butant sur les mots. J’aime créer, mais je déteste qu’on me dicte quoi faire ! »
Les deux jeunes étudiants éclatent de rire. « Ce ne sont pas eux qui ont honte, mais plutôt nous, confesse Samer 19 ans, en première année de business, qui répète son rôle. Ils nous ont appris à être confiants en nous-mêmes, à regarder les choses différemment et surtout à ne pas nous attarder aux choses futiles. »

Éduquer la société
Sous les directives de Rita Daccache, actrice et initiatrice de ce projet, Zeina, 19 ans, trisomique, joue le rôle de la fille qui console sa mère (Jihane) après le départ de son mari. Elle répète le texte qu’elles ont improvisé et créé ensemble, corrige ses gestes, reprend ses phrases inlassablement. « Il est certain qu’il faut être plus patient avec les trisomiques, ne pas trop exiger d’eux et adopter leur rythme, confie Rita. Souvent, il faut répéter plus de dix fois la même scène pour y arriver. Mais ils sont par ailleurs tellement créatifs et émotionnels ! On apprend beaucoup de choses à leur côté : la patience, l’acceptation de l’autre, la gentillesse et la gaieté. » Après son bac, Zeina aurait voulu entreprendre des études d’école hôtelière. « Aucune institution ne l’a acceptée. Au Liban, ils ne sont pas encore prêts à adapter leur système aux personnes handicapées, avoue sa mère, Hana Aboukhadra Salem, membre de la Lebanese Down Syndrom Association. Ces jeunes n’ont pas leur place dans notre société. C’est cela que nous essayons de changer ! »
L’AUB, elle, l’a compris.
Les rôles se poursuivent. Côte à côte, les deux groupes improvisent leurs propres personnages avec des marionnettes. « Alors que les étudiants ont du mal à créer leurs personnages, les autres ont déjà leurs rôles en tête, avoue Rita Daccache. Souvent aussi ils hésitent, ont honte de jouer sur scène. Ce sont alors les jeunes trisomiques qui les encouragent et les poussent à surmonter leur timidité. » Et lorsque Ghassan 28 ans, qui ne peut s’exprimer, se lance sur scène pour danser, c’est naturellement que tous les jeunes le suivent, ravis de vivre des moments uniques et différents.

Lamia SFEIR DAROUNI
Un brouhaha joyeux règne dans la salle généreusement offerte par l’Université américaine. Les « acteurs », cinq personnes souffrant de trisomie et cinq étudiants de l’AUB ou de l’ACS (American Community School), se préparent à répéter leurs rôles. Discussions, rires et échanges vont bon train entre ces jeunes issus de deux mondes différents. « Au début, j’appréhendais...
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