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Miguel Neiva, nouvel ange gardien des daltoniens

Société
OLJ
03/03/2012
Choisir des crayons de couleur, identifier les lignes de métro ou s’orienter à l’hôpital est devenu plus facile pour les daltoniens de Porto dans le nord du Portugal, grâce au designer Miguel Neiva.
Inventeur d’un système qui permet de traduire les couleurs en symboles faciles à retenir, ce Portugais de 42 ans passe une heure par jour à répondre aux messages d’encouragement que lui envoient des daltoniens des quatre coins du monde, qui disent voir en lui un « héros » ou un « ange gardien ».
« Je n’avais aucune idée de la dimension qu’allait prendre ce projet, ni à quel point ça toucherait ceux qui en bénéficient », confie-t-il dans son atelier à Porto.
Cette reconnaissance est l’aboutissement d’un parcours entamé il y a une dizaine d’années lors d’une maîtrise consacrée aux daltoniens, qui représentent près de 10 % de la population masculine mondiale et souffrent d’une incapacité génétique à distinguer certaines couleurs. « J’avais à l’école primaire un camarade daltonien qui a vécu des années dramatiques, victime de la cruauté des enfants qui, comme moi, se moquaient de lui », se rappelle le designer.
Son code, baptisé ColorADD, repose sur le principe des couleurs primaires. Une barre symbolise le jaune tandis que le rouge et le bleu sont représentés par des triangles pointant en directions opposées. Additionnés comme dans une palette de gouaches, la barre et le triangle vers la droite forment le vert, et ainsi de suite pour les sept couleurs de l’arc-en-ciel.
L’hôpital Sao Joao à Porto, un des plus grands du pays, a été la première institution à adopter ce code sur les bandes de couleur qui indiquent les différents services ainsi que sur les bracelets distribués lors du triage des malades.
« Il y avait déjà eu plusieurs tentatives pour aider les daltoniens à s’orienter, mais ce système représente une approche entièrement neuve et je pense qu’elle a un grand potentiel au niveau international, car elle est extrêmement simple à apprendre et facile à appliquer », témoigne le docteur Fernando Falcao Reis, directeur du service d’ophtalmologie. « Miguel a eu une idée géniale, d’une simplicité délicieuse, et je crois que dans quelques années son invention sera répandue dans le monde entier », abonde José Vieira, propriétaire et gérant du fabricant de crayons Viarco, situé à une trentaine de kilomètres au sud de Porto. Dans son usine aux méthodes artisanales, Viarco a ainsi produit depuis fin 2010 quelque 8 000 boîtes de douze crayons de couleur portant les symboles ColorADD.
« Ce produit nous a permis de nous distinguer et les distributeurs se sont montrés très réceptifs », assure le chef d’entreprise de 38 ans, tout en reconnaissant que le concept devait être davantage connu afin d’atteindre tout son potentiel commercial.
À présent, le codage des couleurs pour daltoniens est déjà disponible sur le catalogue de fabricants de peintures ou de matériaux céramiques, mais aussi chaussures et vêtements, ainsi que dans le réseau du métro de Porto.
« Il n’y a pas de limite aux applications possibles », souligne Miguel Neiva, évoquant par exemple un logiciel informatique qui identifie chaque couleur au passage de la souris, ou les négociations en cours pour que son code soit adopté par l’organisation des Jeux olympiques de 2016 à Rio de Janeiro.
Pour le designer, qui voit déjà son invention comme « un legs à l’humanité », « la massification de ce langage est le seul moyen pour que les daltoniens cessent d’être traumatisés et discriminés ».
              (Source : AFP)

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