Diaspora

Plongée au cœur de la communauté libanaise à Paris, New York et Montréal

Parution Le nouveau livre d’une chercheuse d’origine égyptienne, Dalia Abdelhady, montre comment, sans renier leur identité, les émigrés libanais s’adaptent et exercent une influence sur leurs sociétés d’accueil.
05/12/2011
Pauline M. KARROUM

Êtes-vous intéressés par les expériences migratoires libanaises ? Avez-vous envie de comprendre pourquoi parle-t-on d’une diaspora libanaise et quelles sont ses spécificités ? À moins que vous vouliez découvrir comment les migrants libanais installés à Montréal, New York et Paris vivent leur attachement à leur pays d’origine et d’accueil ? C’est à toutes ces questions et à bien d’autres que la chercheuse Dalia Abdelhady répond. Son livre intitulé L’expérience des immigrés arabes à Montréal, New York et Paris : la diaspora libanaise*, édité par New York University Press, est à dévorer sans modération.
Égyptienne d’origine, Dalia Abdelhady est chercheuse au Centre d’études sur le Moyen-Orient à l’Université de Lund en Suède. Elle est également coordinatrice académique de l’initiative pour la croissance durable et les femmes, organisée en collaboration avec l’Université de Yale aux États-Unis et de l’Université Zayed aux Émirats arabes unis. Elle a reçu son doctorat en sociologie de l’Université d’Albany.
Ce n’est pas une histoire facile que tente de raconter la chercheuse dans son livre publié tout récemment. Mais cette étude, effectuée auprès de 87 migrants, âgés entre 20 et 50 ans, menée durant plus de 6 ans entre 2001 et 2007, est à découvrir inévitablement si on veut se renseigner davantage sur notre migration. Le style académique et le passage obligé par la définition des concepts n’ôtent pas au livre son intérêt. On y découvre la composition de la diaspora et ses particularités.
Historiquement, New York et Montréal étaient les principales destinations des Libanais. Mais c’est durant la guerre de 1975 que nos concitoyens ont été nombreux à choisir Paris. Au sein de ces trois villes, les Libanais sont venus s’enraciner mais aussi s’exclure par divers moyens. Grâce à cette recherche, on comprend comment un même groupe de migrants s’est adapté à des contextes sociaux divers. Comment, au quotidien, il négocie sa propre appartenance culturelle avec celle de son pays de résidence.
À New York, Abdelhady nous présente une communauté « blanche mais non silencieuse ». Les Arabes américains sont en effet classés comme appartenant à la catégorie des Caucasiens. Si les Libanais ne contestent pas cette catégorisation, ils insistent sur le fait qu’ils n’ont pas la mentalité des Blancs. Leur différence culturelle avec ces derniers est liée à leurs désaccords politiques et parfois à leurs distinctions religieuses.
À Montréal, la politique étatique multiculturelle et l’identification des Libanais en tant que membres d’une minorité visible leur permet de se sentir plus facilement canadiens.
La France, pour sa part, rejette le modèle nord-américain de multiculturalisme ; la place est au modèle républicain. Ici, les Libanais insistent sur la proximité culturelle qui les lie à leur pays d’accueil et tiennent à se distancier des Arabes maghrébins. Pour définir leur identité, les Libanais de Paris insistent aussi sur leur religion. À Montréal, dans la ville aux cents clochers, être libanais passe selon les migrants par l’attachement aux valeurs familiales.
Mais quelle que soit leur perception de leur libanité, les immigrés ont tenu dans ces trois villes à s’engager dans l’espace public au sein de leur pays d’accueil. Un engagement qui s’effectue via des organisations et qui vise à combattre la stigmatisation et à modifier la perception que les populations de ces pays d’accueil peuvent avoir du Moyen-Orient. Outre leurs pays de résidence, les immigrés tiennent évidemment à maintenir le lien avec leur pays d’origine. Pour certains, grâce à leurs familles ou leurs amis. Pour la majorité, grâce à leur implication dans ces associations dédiées au Liban.
Ces immigrés transforment donc non seulement leurs pays d’origine et de résidence, mais construisent aussi des relations globales en créant une communauté mondiale dépassant les frontières. Abdelhady étudie d’ailleurs avec brio la contribution des artistes, membres de la diaspora libanaise, à ce « transnationalisme » en montrant leur militantisme au sein de mouvements sociaux mondiaux. Que ce soit à Paris, Montréal ou New York, leur art les engage dans des causes universelles et leurs préoccupations ne sont plus seulement liées à leurs pays d’origine et d’accueil.
Désormais, le monde entier s’ouvre à eux.

(*) « The Lebanese Diaspora : The Arab Immigrant Experience in Montreal, New York and Paris ». Dalia Abdelhady. New York University Press, 2011.

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