Bonjour la furie ! Les télés branchées à tue-tête sur les vérandas, les dégaines vautrées en maillot de corps en train de s'empiffrer de pistaches arrosées de bière, les émanations quasi radioactives des narguilés parfumés à l'essence chimique de fruits virtuels, les cris de gorge à chaque fois que le ballon rentre dans le filet, le hurlement malade du commentateur qui se croit obligé d'aboyer « goooaaaal ! » à chaque but, estimant sans doute que son public est trop taré pour comprendre...
Devant un match, l'homme le plus civilisé devient primitif, transformé comme par miracle en supporter, modèle basique, affalé dans son fauteuil en train de vociférer en se grattant les burnes. Au point que sa femme doit se demander : « Non mais, où donc ai-je pu pêcher un abruti pareil... » Faut d'ailleurs voir le fana de foot en train de se goinfrer : on dirait qu'il pense.
Et puis, cette orgie de drapeaux sur les bahuts roulant à tombeau ouvert et manquant d'écraser les anormaux qui n'ont pas regardé la télé. Quand la grossièreté est dans la rue, on est pratiquement sûr de la trouver dans les maisons. Classe, grâce et raffinement.
On remarquera au passage cette propension de certains Libanais à toujours s'exciter pour une idée, un pays, un personnage... À se jeter dans des extravagances bruyantes jusqu'à dépasser l'idole elle-même. Sans oublier aussi cette furieuse tendance à exploiter le Mondial pour faire de la récup sociale ou politique par procuration, alors que nous n'avons aucune équipe sur place : on aime le Brésil à cause des pauvres dans les favelas, la Corée du Nord parce qu'elle a des missiles, ou encore l'Allemagne parce que le IIIe Reich a massacré les juifs... Qu'à cela ne tienne, à la fin du match, faut toujours qu'il y ait des tristounets qui tirent une mine flétrie, comme si leur vie en dépendait, ou des tordus hilares qui vont incendier la ville à coups de feux d'artifice. Bref, un festival... Le ballon a beau être rond, il est des têtes qui tournent moins rond que d'autres.
J'aime le son des vuvuzelas le soir à travers les toits ■
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