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Liban

Trier dans les maisons : une solution venant de l’intérieur

OLJ
12/04/2011
La récente crise des déchets à Saïda a fait l'effet d'une onde d'électrochoc auprès des municipalités des environs de la ville. Conscientes qu'il leur sera difficile d'accepter les conditions de l'usine, trop chères pour elles, et encore plus difficile de régler un problème d'ordures devenu envahissant, elles se tournent vers des solutions longtemps prônées par les écologistes : trier les déchets dans les maisons, instaurer un système de collecte approprié, vendre des produits au recyclage, composter les matières organiques, jeter le peu de matières inertes qui restent dans une décharge.
Le premier à avoir été conquis par cette idée est Yasser Samia, président de la municipalité de Aïn Delb à l'est de Saïda. « Le conseil municipal est enthousiaste, les habitants que nous avons interrogés sont prêts à tenter l'aventure, dit-il. Nous allons mettre à contribution notre club de jeunesse et des ONG locales. »
Aïn Delb n'est plus le seul village à vouloir instaurer un tel système, il a été rejoint par trois autres, Miyé Miyé, Qrayyé et Darb el-Sim. Ces quatre localités multiplient actuellement les réunions pour finaliser un projet commun de tri, recyclage et compostage. Cette idée leur a été inspirée par Paul Abi Rached, président de l'association Terre-Liban. « Ma conviction, c'est qu'il faut décentraliser la gestion des déchets, explique-t-il. Il suffira de faire des campagnes de sensibilisation, de distribuer des bennes de différentes couleurs aux maisons, et de créer le centre de compostage. Nous avons calculé, dans notre étude de faisabilité, que pour un millier de maisons, il faut environ 500 mètres carrés pour un centre de compostage. Avec le tri à la source, le compost produit sera de bonne qualité, donc vendable. »
Paul Abi Rached estime qu'un projet de cette envergure coûterait environ 21 000 dollars, avec des frais de fonctionnement de 35 000 dollars. Or la vente du compost et des produits recyclables rapporterait, selon lui, 76 000 dollars par an. « Cela signifie qu'au lieu de payer 150 dollars au moins pour la collecte et le traitement de déchets dans une usine comme celle de Saïda, on gagnerait ainsi 18 dollars à la tonne la première année, et 37 dollars dès la deuxième année, après l'amortissement du coût des installations », affirme-t-il.
Yasser Samia se dit convaincu que les fonds ne seront pas difficiles à trouver. « Beaucoup de donateurs sont intéressés par des solutions au problème de Saïda, qui a pris des proportions méditerranéennes (voir ci-contre) », assure-t-il.
Fadlallah Hassouna, président de l'association DPNA, pense qu'à long terme, une solution fondée sur le tri à la source est la seule viable au Liban. Il ajoute qu'elle doit être sous-tendue par une loi nationale qui consacre ce principe.
Les sceptiques, cependant, diraient qu'imposer à la population la contrainte du tri à domicile n'est pas un pari gagné d'avance. Il existe pourtant au Liban des exemples qui pourraient dissiper ces inquiétudes. Un exemple récent est celui du village de Kfarwa, à Nabatiyeh (également au Sud). Cette région vit elle aussi une crise de déchets. Ghinwa Nohra, la présidente d'une association locale appelée « Bi'ati Hawiyyati » (« Mon environnement, mon identité »), a instauré, par une initiative personnelle, un système de tri et recyclage. « Notre village compte une centaine de domiciles, dit-elle. La plupart ont commencé à trier leurs ordures. Nous compostons les matières organiques dans nos jardins, parce que nous en avons tous. Le reste est vendu par notre association et commence à nous rapporter de l'argent. Nous n'avons plus besoin du camion municipal pour la collecte, parce qu'il n'y a pratiquement plus rien à collecter. »

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