En dehors du concept même de la vénération des reliques religieuses, dont la sacralisation s'apparente souvent à une superstition pure et simple et dont les excès du Moyen Âge ont rendu nombre d'entres elles peu crédibles, le suaire de Turin se distingue par son défi à l'intelligence humaine et par la puissance du message qu'il transmet.
Si certains s'attachent à renier l'authenticité de cette relique en s'appuyant sur la datation au carbone 14, dont les conditions auraient pu être faussées par différents facteurs exogènes, il est surprenant qu'on se refuse encore à voir les nombreux signes qui, faute de constituer une preuve inéluctable, ne peuvent laisser insensibles mêmes les plus sceptiques des observateurs : comment donc s'est formée cette image tridimensionnelle, sans aucune trace de pigment de peinture, qui s'apparente à une impression photographique, maculée de sang, et d'une parfaite précision anatomique ? Qui est donc ce supplicié ayant subi en tout point les souffrances décrites dans les Évangiles, allant de la couronne d'épines, aux clous dans les poignets et les pieds, en passant par le coup de lance sur le côté sans oublier les nombreuses traces de fouet sur le torse et dans le dos ? Qui est donc ce faussaire génial qui aurait pu imprimer une telle image que mêmes les techniques modernes les plus avancées n'arrivent pas à reproduire ?
Et si, face à l'impuissance des experts à trouver des réponses à ces interrogations, on inversait le raisonnement ? Et si ce linceul était effectivement celui qui aurait enveloppé le Christ ? Et si la formation de l'image s'était faite suite au flash de la Résurrection ? Sans vouloir prouver quoi que ce soit, cela indiquerait que le Christ n'aurait voulu quitter ce monde sans laisser de trace tangible de son message.
Ce linceul constituerait en quelque sorte Son Testament. Ce linceul serait ainsi l'image de Dieu qui subit l'injustice de ce monde, de Dieu souffrant avec chaque supplicié, de Dieu qui épouse notre condition humaine. Mais ce linceul devient surtout un message d'espérance, de renouveau, d'espoir face aux souffrances, aussi atroces soient-elles, et surtout de victoire contre la mort.
Ce linceul constituerait en quelque sorte le 5e Évangile. Car, contrairement à toute autre relique, vraie ou supposée, le linceul de Turin se lit. En y observant tous les détails visibles à l'œil nu, on parcourt toutes les étapes de la Passion comme si elle se déroulait sous nos yeux. Mieux que n'importe quel écrit, cette image nous offre des détails tangibles de la flagellation, du couronnement d'épines, du chemin de croix et de la crucifixion. Le linceul de Turin se vit.
Aux pharisiens, qui lui demandaient des signes pour croire, Jésus répondit par cette phrase laconique : « De signe, il ne vous sera donné que le signe de Jonas » (Mt 16, 4), sous-entendu celui de la Résurrection. Et si ce linceul était justement le signe de Jonas ?
Le drame de l'humanité est qu'elle est constamment à la recherche de signes, mais qu'elle se refuse à les reconnaître lorsqu'elle en reçoit.