Telle était donc, hier, la guerre des rumeurs à Jounieh. La ville, divisée en quatre secteurs - Sarba, Ghadir, Haret Sakhr et Sahel Alma -, a connu une bataille électorale entre deux listes complètes de 18 candidats : la première, présidée par Antoine Frem, était le fruit d'une vaste coalition entre différents partis, notamment les Forces libanaises (FL), le Courant patriotique libre (CPL), les Kataëb et des anciens députés ; la seconde, présidée par l'actuel président du conseil municipal Juan Hobeiche, est principalement une alliance de représentants de familles.
La principale inconnue de la journée semblait être la véritable position de l'ancien député Mansour el-Bone, qui avait auparavant annoncé son appui à la liste de coalition. Mais hier, alors même que M. Bone lui-même était apparemment en voyage, des informations contradictoires circulaient sur ses partisans : du côté de la liste de coalition, on affirmait volontiers qu'il n'avait en rien modifié sa position, et que le gros de ses partisans votaient pour la liste entière « même si certains partisans non disciplinés ont choisi de créer leur propre liste », comme nous l'a indiqué le candidat Antoine Chamoun à Haret Sakhr. Du côté de la liste adverse, le candidat Rabih Hokayem, rencontré à Sarba, nous a assuré que « les partisans de Bone ont leur propre liste, parce que celui-ci ne veut pas sortir du jeu à Jounieh, comme d'autres l'ont fait ».
Autre sujet d'incertitude et de nombreuses rumeurs : le panachage. Denise Abou Maachar, candidate sur la liste de la coalition (la seule femme sur les deux listes, soit dit en passant), estime que « des rumeurs ont été lancées par la partie adverse pour semer la panique dans nos rangs et nous pousser à nous éliminer les uns les autres, mais les partis réunis dans cette liste sont fortement engagés à sa réussite et ne sont pas tombés dans le piège ». Pour sa part, Joseph Bassil, candidat sur l'autre liste, pense que « la liste adverse est plus susceptible de faire l'objet de panachage entre ses composantes parce qu'elle est formée d'un cocktail de partis, et que son programme a été imposé par Frem lui-même ». Cependant, d'une manière générale, il était clair que les électeurs ont souvent eu recours au panachage, pas nécessairement d'une manière organisée entre alliés ou adversaires, mais pour répondre à des préférences personnelles ou des impératifs familiaux.
Des batailles démocratiques
Ailleurs au Kesrouan, plusieurs localités ont connu des batailles acharnées. À Ajaltoun, trois listes étaient en lice : l'une était présidée par le président de la municipalité sortant, Khalil Tabet, la seconde par Clovis el-Khazen et la troisième par Antoine Sfeir. Si dans les deux premières listes, il y avait des candidats de tous bords politiques, la troisième était appuyée directement par le CPL, même si ses candidats n'étaient pas tous à proprement parler des militants. Des rumeurs d'argent électoral ont circulé. Les candidats Khazen et Sfeir ont parlé tous deux de nécessité d'un renouveau et de développement équilibré.
À Zouk Mikaël, la liste complète de 15 candidats du président sortant Nohad Naufal faisait face à une liste de dix candidats appuyée par le CPL, présidée par Joseph Bassil. Alors que M. Bassil a noté l'impossibilité de parvenir à un accord, évoquant les « pressions » sur les candidats et la nécessité de donner la parole à une nouvelle génération, M. Naufal a assuré qu'il est « un homme de dialogue » et a affirmé que l'entente était impossible « parce que la
partie adverse a politisé l'échéance ».
Une bataille supposée être familiale a tourné à la confrontation politique à Hrajel : la liste du président sortant Antoine Zgheib, appuyée par les FL, les Kataëb et l'ancien député Farid Haïkal el-Khazen, faisait face à une liste appuyée par le CPL et présidée par Joseph Zgheib. Les accusations réciproques n'étaient pas rares hier. Comme à Hrajel, Ghosta a connu une bataille à caractère autant politique que familial, puisque les deux listes étaient appuyées l'une par les FL et le CPL, l'autre par l'ancien député Farid Haïkal el-Khazen. La bataille à Kfardebiane était principalement familiale, avec deux alliances opposées : l'une entre les familles Zgheib et Salamé (dont est issu le président sortant), présidée par Bassam Salamé, et l'autre entre la famille Akiki et d'autres, présidée par Jean Akiki. Ce dernier a déclaré que son principal souci « est de mettre un frein à la vente massive de terrains par les fils de la région ».
À Ghazir, une bataille acharnée a opposé une liste présidée par le président sortant Ibrahim el-Haddad à une liste présidée par Christophe Akl Bassil, les deux étant une combinaison entre partisans de divers partis et représentants de familles. À Dlebta, la bataille était principalement familiale avec trois listes complètes.


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