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Liban - Colloque

La crise mondiale, une crise des valeurs du monde occidental ?

La crise est-elle derrière nous, le monde est-il sorti de la récession, peut-on « responsabiliser » le capitalisme, comment promouvoir un nouvel humanisme dans les sociétés occidentales opulentes ? Cette série de questions était au cœur du colloque sur « Le monde après la crise », organisé par la Fondation cardinal Poupard, au Sénat français.

Le cardinal Poupard à « L’Orient-Le Jour » : « Les confrontations entre les religions sont le fruit de l’ignorance. »

De prestigieux intervenants ont dressé un diagnostic sévère des pays riches, au cours de ce colloque. Ainsi, le sénateur du Haut-Rhin, Hubert Haenel, donnait le ton dans son allocution d'ouverture en estimant que « la crise économique et la crise écologique sont les aspects d'une crise plus profonde, une crise de civilisation ». Un avis partagé par François-Régis Hutin, président du quotidien Ouest-France pour qui « la crise financière est la crise de notre modèle occidental, tourné vers la rage de compétition et notre volonté d'avoir, et d'avoir toujours plus, ce qui alimente une insatisfaction et une frustration qui nous font courir après quoi ? ».
Les deux panels qui ont suivi se sont attachés à disséquer les maux du capitalisme et à préconiser les remèdes visant à éviter la réédition d'une crise identique à celle que le monde a connue en 2009. Sous le titre du premier panel « Le capitalisme est-il vraiment réformable ? », Jacques Delors, le plus économiste des hommes politiques français, a brillamment exposé les « valeurs » du capitalisme contemporain, fondé sur l'individualisme et le culte de l'instantané. Création de valeurs boursières et absence de conscience du risque dans le comportement des agents économiques et des traders en sont les principales caractéristiques. M. Delors a défendu avec insistance son idée de création d'un Conseil de sécurité économique au sein de l'ONU. D'où la nécessité de « réguler » les marchés, devait renchérir Antoine Bernheim, président du groupe Generali, qui a de son côté axé son intervention sur ce thème.
« Le système capitaliste ne crée pas ses propres valeurs », devait rappeler pour sa part le journaliste et écrivain Jean Boissonnat. « Ces valeurs doivent exister par elles-mêmes au sein de la société. » Citant l'économiste Adam Smith, il a souligné que « le système capitaliste explose s'il n'y a pas de puissance qui le veille ».
Puisque le système capitaliste ne peut générer des valeurs, alors c'est aux États de remettre au premier plan la justice sociale, devait souligner Bariza Khiari, sénatrice de Paris, qui a fustigé le « dumping social » que pratiquent nombre d'États pour attirer les investissements des entreprises. Mme Khiari a appelé à une réhabilitation de la morale et des valeurs spirituelles.
De son côté, le président de la région Lombardie, Roberto Formigoni, a lui aussi relevé la « crise des valeurs et des règles », critiquant les institutions étatiques qui ont « trahi leur propre tâche et leurs propres responsabilités » en « abdiquant les fonctions de régulateur et de garant qui reviennent à l'État ». M. Formigoni a exposé les bienfaits de la « solidarité et la subsidiarité » qui se sont mis en place dans sa région de Lombardie, comme un modèle de substitution de la société civile à l'État. « La subsidiarité est une méthode d'administrer les ressources publiques disponibles », a-t-il expliqué à L'Orient-Le Jour. « Il s'agit de donner aux familles, aux citoyens, aux PME la possibilité de choisir eux-mêmes le système d'éducation, la formation professionnelle et d'autres services. » En clair, une formule proche du fédéralisme, où l'État central « reconnaît le primat de la société ».

Une société plus humaine
Le deuxième panel devait évaluer « Les attentes de la société après la crise ». De l'ancienne ministre du Logement, Christine Boutin, au directeur de rédaction de l'hebdomadaire La Vie, Jean-Pierre Denis, ou à Jean-Claude Petit, président du Centre national de la presse catholique, en passant par le politologue Stéphane Rozes, les attentes exprimées ont toutes porté sur le respect de la dignité humaine, sur la nécessité de réguler aussi les désirs et les exigences individuelles en revoyant la propre définition de ce qu'est le bonheur. Les oubliés du tiers-monde et la situation préoccupante des enfants dont, selon l'Unicef, un milliard seraient privés de leurs droits les plus élémentaires (nourriture, soins, éducation, logement) ont fait l'objet de l'intervention de M. Petit, tandis que son collègue Jean-Pierre Denis estimait que la crise économique et « la crise du lien social et du lien avec la famille » sont liées (situation précaire des divorcés, des sans-abri).
Le colloque devait être clôturé par le cardinal Paul Poupard et Jean-Marc Aveline, directeur de l'Institut catholique de la Méditerranée, qui ont annoncé la création à Marseille de la chaire « Religions et espace public ». Marseille, dont le maire, Jean-Claude Gaudin, s'était fait représenter par son adjointe, Dominique Vlasto, pour témoigner de l'importance accordée au dialogue entre les communautés et aux réseaux de solidarité sociale, dans cette ville de brassages de 860 000 habitants.
« Un travail qui se prolonge au Liban »
Le cardinal Poupard devait indiquer à L'Orient-Le Jour que son engagement en faveur du dialogue interreligieux et interculturel « se poursuit au Liban même, où l'on traduit en arabe le Dictionnaire des religions que j'ai publié, avec la même préoccupation, qui est de partager des informations sur les religions, lesquelles, trop souvent, sont un prétexte à des confrontations, fruit de l'ignorance ».
Enfin, Mgr Poupard devait annoncer que le prix portant le nom de sa fondation sera remis cette année à Monaco, par le prince Albert, au patriarche œcuménique grec-orthodoxe Bartholomée 1er, « pour son engagement exceptionnel en faveur du dialogue ».
De prestigieux intervenants ont dressé un diagnostic sévère des pays riches, au cours de ce colloque. Ainsi, le sénateur du Haut-Rhin, Hubert Haenel, donnait le ton dans son allocution d'ouverture en estimant que « la crise économique et la crise écologique sont les aspects d'une crise plus profonde, une crise de civilisation ». Un avis partagé par François-Régis Hutin, président du quotidien Ouest-France pour qui « la crise financière est la crise de notre modèle occidental, tourné vers la rage de compétition et notre volonté d'avoir, et d'avoir toujours plus, ce qui alimente une insatisfaction et une frustration qui nous font courir après quoi ? ».Les deux panels qui ont suivi...
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