Liban

Mamans de cœur

24 heures avec... une mère SOS Tous les ans, l'association SOS Villages d'enfants au Liban recueille des dizaines d'enfants orphelins ou en situation difficile pour les aider à grandir dans la chaleur d'une famille. « 24 heures avec... » est allé à la rencontre de l'une des mères qui, dans ces villages, sont chargées d'accueillir et d'élever ces enfants comme s'ils étaient les leurs.
George ACHI | OLJ
17/10/2009
« Je suis une mère comme les autres, complètement comme les autres », affirme maman Adèle dès qu'on lui parle de ses enfants. Et pourtant, il serait facile de croire le contraire. Les autres mères se consacrent à deux ou trois enfants qu'elles ont mis au monde ; Adèle, elle, s'occupe des enfants des autres. Les autres mères travaillent gratuitement pour leurs enfants ; Adèle, elle, reçoit tous les mois un salaire. Les autres mères peuvent décider, en famille, du moment où il sera bon que les enfants quittent le foyer ; Adèle, elle, est obligée de se séparer des siens lorsqu'ils deviennent adolescents.
« Mais ce n'est pas tout ça qui compte, explique-t-elle. L'important, c'est de vraiment vivre avec eux, et d'être proches d'eux. » Adèle est mère dans un village de l'association SOS Villages d'enfants, qui accueille des frères et sœurs orphelins, abandonnés, ou dont la situation familiale perturbée nécessite un placement de longue durée. L'objectif est de redonner à ces enfants la chaleur d'une vie familiale. Chaque village (il y en quatre au Liban, et des centaines dans le monde) comprend une dizaine de maisons, et chaque maison abrite une mère et les enfants dont elle a la charge.
« J'ai eu 14 enfants depuis mon arrivée dans l'association », raconte Adèle. Ces enfants, elle ne les a pas tous accueillis au même moment : elle ne s'occupe que de six d'entre eux en même temps. Les six premiers ont grandi et quitté le village, et ils ont petit à petit été remplacés par d'autres enfants, tous entre 0 et 15 ans.
Tous les matins, Adèle commence une journée qui ressemble à celle de nombreuses mères libanaises. Elle se lève une demi-heure avant ses enfants, prépare leur petit déjeuner, les réveille, les aide à se préparer, confectionne leur goûter pour la journée et attend avec eux le passage du bus qui va les emmener à l'école.
En attendant leur retour, elle fait la cuisine et le ménage, elle va au supermarché, ou reçoit chez elles les autres mères du village. « C'est une ambiance très familiale, très chaleureuse, qui nous permet d'être à l'aise et de faire notre travail avec beaucoup d'amour », explique-t-elle. Les « tantes » du village sont également là pour aider les mères dans leurs tâches quotidiennes et les remplacer lorsqu'elles partent en vacances.
Lorsque les enfants rentrent de l'école, leur déjeuner est prêt et Adèle mange avec eux en écoutant leurs histoires de la journée : c'est pour la famille un moment de partage important qui permet de renforcer des liens parfois fragiles, entre des enfants venus d'horizons différents. Ensuite, comme partout ailleurs, c'est l'heure des devoirs, et Adèle vérifie que tout le monde travaille correctement. Le directeur du village fait le tour des maisons pour prêter main-forte aux mamans. Après le repas du soir, quelques jeux et les habituelles disputes entre frères et sœurs, tout le monde va au lit, et les enfants du village s'endorment dans le calme, en sachant que leurs mères veillent sur eux, fortes et tranquilles.
« Ce que je fais, dit Adèle, je le fais par vocation. » Célibataire, elle avait décidé dès son entrée dans la vie adulte de se consacrer à ceux qui pouvaient avoir besoin d'elle. Elle a d'abord accompli un stage de formation à SOS Villages d'enfants, et il lui a ensuite fallu être tante de village pendant deux ans, période durant laquelle elle a été jugée apte à s'occuper d'enfants. On lui a ensuite confié les enfants d'une mère du village qui partait à la retraite.
« Ça a été formidable, se souvient-elle. J'étais toute nouvelle, et ces enfants sont devenus mes amis. Petit à petit, on a appris à vivre ensemble, et c'est comme ça que je suis devenue une mère SOS. » Les yeux d'Adèle pétillent de joie quand elle parle de ses enfants. Elle raconte leurs problèmes avec amour, et on la sent proche de leurs vies au jour le jour.
Lorsqu'ils atteignent 15 ans, s'ils sont autonomes, les enfants doivent quitter le village et s'installer dans un foyer géré par l'association ; là, des éducateurs spécialisés les prépareront à la vie adulte. « C'est très difficile de les voir partir, dit Adèle. Mais comme tous les parents du monde, on doit s'y faire. » Les enfants gardent avec leur mère de village des liens très étroits, et viennent régulièrement lui rendre visite. Les murs de la maison d'Adèle sont couverts de photographies des quatorze enfants dont elle s'est occupée pendant sa carrière à SOS.
« Bien sûr, ce n'est pas facile tous les jours, dit-elle. Nous sommes souvent confrontés à des problèmes très difficiles, surtout avec les enfants que nous recueillons à un âge tardif. Ils ont été confrontés à des expériences atroces dans leur famille, et nous avons pour rôle de les aider à dépasser ces obstacles. » Les histoires sont nombreuses, longues, difficiles. Si beaucoup d'enfants mènent une existence sereine, certains autres ont beaucoup de mal à s'adapter à leur nouvelle famille et préfèrent s'isoler. D'autres encore essaient d'extérioriser leurs angoisse par la violence.
Une équipe de spécialistes est tous les jours aux côtés d'Adèle et des autres mères pour les aider à faire le travail, mais ce sont bien elles qui sont chargées de donner tous les jours à ces enfants l'amour qui leur permettra de s'en sortir. Ce n'est pas une tâche facile, et Adèle ne cache pas ses angoisses et ses peines. On comprend alors ce secret qui fait d'elle une « maman comme les autres », comme elle le répète souvent : elle a appris à en parler. Elle peut se mettre en colère contre les enfants, et arrive ensuite à en rire. Elle est parfois proche du découragement, et elle n'hésite pas à le dire aux autres mères, aux tantes, au directeur, aux psychologues : tous sont à ses côtés pour l'aider. Et ce sont surtout les enfants eux-mêmes, avec leurs problèmes, leurs peurs, mais aussi leurs espoirs et leurs sourires, qui lui donnent chaque matin l'envie de recommencer.



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