Liban

La petite phrase de Joumblatt sur la troïka est-elle anodine ?

Éclairage
27/06/2009
Une fois de plus, c'est Walid Joumblatt qui annonce le mieux la situation à venir. Dans une déclaration faite jeudi, il appelle à un retour de la troïka libanaise, instaurée sous le mandat du président Élias Hraoui entre les trois hauts responsables du pays : le président de la Chambre représentant l'opposition, le Premier ministre représentant la majorité et le chef de l'État faisant la balance entre les deux dans un rôle de « partenaire arbitre ». Cette troïka, contrebalancée par le même Walid Joumblatt, qui en constituait en réalité le quatrième membre, avait soulevé à l'époque de nombreuses critiques et elle avait été même accusée de paralyser toute vie politique dans le pays, puisque les décisions qui avaient l'aval de ses membres étaient adoptées, et il n'était plus besoin de consulter les ministres et les députés. Revenir à cette équation aujourd'hui, s'il peut sembler rassurant pour une grande partie de la population qui n'aspire plus qu'à une chose, assurer son gagne-pain quotidien après les crises successives, n'est pas forcément porteur d'espoir et de changement. Le paysage politique hier au Parlement semble pourtant confirmer cette théorie. Un regard détaché sur les 127 députés installés dans leurs fauteuils montre la scène suivante : un grand bloc mené par le probable futur Premier ministre, un autre bloc moins grand, mais impressionnant quand même mené par l'ancien et actuel président de la Chambre, et entre les deux, des chrétiens éparpillés, qui n'ont plus vraiment un poids déterminant sur la scène politique. Au point que certaines parties au sein de l'opposition se demandent si ce Parlement n'a pas été en réalité le fruit d'un accord quadripartite non déclaré entre les mêmes partenaires qu'en 2005 (Amal-Hezbollah-Courant du futur et PSP)...
Mais en évoquant la troïka, Walid Joumblatt ne parlait pas seulement du partage interne du pouvoir. Avec son flair politique, il pensait aussi au retour de la troïka internationale qui avait permis la naissance de l'accord de Taëf : la Syrie, l'Arabie saoudite et les États-Unis. Lorsque ces trois pays influents au Liban sont en période d'entente, ou au moins de dialogue, la situation interne devient plus calme, et vice versa. Lorsqu'ils sont en pleine négociation, c'est au Liban que se font sentir les tiraillements, et lorsqu'ils sont en conflit ouvert, les divisions augmentent entre les différents courants libanais.
Selon des sources proches de la Syrie, les relations actuelles entre ces trois capitales se sont améliorées, mais elles n'ont pas encore atteint le stade des ententes. Ces sources affirment que la Syrie serait soulagée parce que l'opposition au Liban n'a pas remporté les élections législatives. Si celle-ci était devenue la majorité, l'Occident aurait rendu la Syrie responsable de ses moindres actes, alors qu'aujourd'hui, on a besoin d'elle pour amadouer l'opposition. De plus, une victoire de l'opposition libanaise aurait renforcé la position de l'Iran, ce que la Syrie ne verrait pas d'un très bon œil. Selon les mêmes sources, sa non-intervention dans les législatives libanaises a donc consolidé la position de la Syrie par rapport à l'Occident, lequel n'a cessé de lui lancer des signaux positifs depuis quelques semaines, notamment l'annonce du retour imminent de l'ambassadeur américain à Damas. Mais la Syrie sait aussi que ces avances occidentales et arabes visent surtout à l'éloigner de l'Iran pour en quelque sorte la ramener dans le giron arabe. Or en dépit de certaines divergences avec la République iranienne, la Syrie n'a pas l'intention de remettre en cause son alliance stratégique avec ce pays. Elle cherche simplement à s'imposer comme un interlocuteur incontournable dans les grands dossiers qui se posent dans la région et elle a établi des relations solides avec l'autre puissance régionale qu'est la Turquie, tout en renforçant ses liens avec la Grèce et avec l'Union européenne en général. Toutefois, la partie n'est pas encore jouée, et les informations en provenance de Damas font état de divergences entre la Syrie et l'Arabie saoudite sur le dossier libanais au cours des derniers entretiens du fils du roi, l'émir Abdel Aziz, avec les dirigeants syriens. Les contacts devraient en tout cas se poursuivre... au même rythme que les tractations pour la formation du nouveau gouvernement au Liban.

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