De fait, deux grands courants s'affrontent comme dans le reste du pays : celui de l'opposition conduit par le leader traditionnel de Zahlé Élias Skaff, allié au CPL, au Hezbollah et à Amal, et qui avait remporté six sièges sur sept lors des législatives de 2005, et celui de la majorité, mené actuellement par le député Nicolas Fattouche, allié au parti Kataëb, aux Forces libanaises et au Courant du futur. Il y a aussi bien sûr des candidats indépendants, comme l'ancien député et ministre Khalil Hraoui, mais depuis le retrait de candidature de l'ancien député et ministre Mohsen Dalloul, ils ont moins de chances de procéder à un échange de voix entre eux et de parvenir ainsi à percer l'une des deux grandes listes. D'ailleurs, la manière dont Mohsen Dalloul a annoncé le retrait de sa candidature au cours d'une conférence de presse, dans laquelle il a été assez critique à l'égard de la majorité et du Courant du futur en particulier, laisse prévoir qu'une grande partie des voix de ses partisans pourrait bien aller à l'opposition. Les quelque 3 000 électeurs de Ali Nahri devraient donc basculer vers l'opposition, mais ils ne sont quand même pas suffisants pour déterminer l'issue de la bataille électorale.
Ce qui complique encore plus le scrutin, c'est le goût prononcé de « l'homo zahlicus » pour le panachage. Il est en effet rare que les électeurs mettent dans l'urne une liste complète, préférant toujours donner à leur vote une touche personnelle, selon des affinités familiales, politiques ou simplement intéressées.
Le problème traditionnel des candidats des grandes listes est l'absence de mobilisation des électeurs, notamment chrétiens. Cette année, la nouveauté, c'est qu'on s'attend à une grande mobilisation dans les rangs sunnites, un peu comme si 70% des 42 000 électeurs de cette communauté comptent se diriger vers les bureaux de vote le 7 juin.
Par contre, du côté des électeurs chrétiens, on ne parle que d'une mobilisation à 50 ou 55 %. Les électeurs zahliotes résidant hors de la ville et plus particulièrement à Beyrouth ne semblent pas très motivés pour faire le trajet vers les bureaux de vote, en dépit des efforts déployés par les machines électorales des deux camps. Selon les estimations des instituts de sondage, si la mobilisation chrétienne, toutes confessions confondues, atteint celle des sunnites ou des chiites, elle pourrait renverser la tendance. Sinon, l'issue du scrutin sera en grande partie conditionnée par le vote sunnite. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle Élias Skaff a mis du temps à choisir le candidat sunnite sur sa liste après le changement de camp de son candidat de 2005 et actuel député Assem Araji. Il souhaitait prendre sur sa liste un candidat susceptible de lui apporter des voix sunnites face au bulldozer électoral du Courant du futur. Il a finalement choisi Rida el-Meiss. Autre changement dans sa liste, dite « le bloc populaire », qui regroupe Sélim Aoun, Camille Maalouf, Georges Kassarji et Hassan Yaacoub, la présence de l'ambassadeur et ancien directeur général du ministère des Affaires étrangères, Fouad Turk.
Du côté de la liste de la majorité, outre les députés Nicolas Fattouche et Assem Araji, il y a aussi le ministre Élie Marouni, le journaliste Okab Sakr et les candidats Antoine Aboukhater, Joseph Maalouf et Shant Janjaniyan. Les deux listes échangent en permanence d'aimables accusations et frôlent constamment l'incident fâcheux. Tous les coups semblent permis, surtout les plus durs, notamment entre les deux candidats chiites Hassan Yaacoub et Okab Sakr. Mohsen Dalloul avait d'ailleurs laissé entendre au cours de sa fameuse conférence de presse que les négociations avec le chef du Courant du futur Saad Hariri n'avaient finalement pas abouti car ce dernier souhaitait choisir un candidat prêt à affronter son adversaire et à critiquer le Hezbollah et les armes de la Résistance.
Le ton est donc donné et il est féroce. Mais ce sont les électeurs qui auront le mot de la fin et qui choisiront leurs représentants. Les instituts de sondage parlent d'un résultat mitigé, trois sièges pour un camp, quatre pour l'autre, les deux camps variant selon les instituts. En 2005, un peu plus de 50 % des électeurs ont voté. Cette année, chaque camp espère obtenir une plus grande mobilisation, mais nul ne saurait dire s'il parviendra à augmenter ce score et si le scrutin tournera en sa faveur. Zahlé réserve toujours des surprises...

