Législatives : juin 2009 - Pour aller plus loin

Les consultations parlementaires sous le signe de la soudaine visite d’Assad à Djeddah

On l'attendait à Damas, mais le coup de théâtre est venu de Djeddah où le président syrien s'est rendu soudainement pour participer à l'ouverture de la première université mixte du royaume, à l'occasion de la fête nationale saoudienne. Après bientôt trois mois de blocage gouvernemental, le déclic pourrait enfin être donné par le sommet syro-saoudien anoncé depuis deux mois et sans cesse reporté depuis.

Si les informations sur le contenu des pourparlers syro-saoudiens sont encore rares, il est quasiment certain que Bachar el-Assad, qui attendait une visite du roi Abdallah à Damas, n'aurait pas accepté de faire lui-même le voyage à Djeddah s'il n'était sûr que sa visite serait appréciée à sa juste valeur et qu'un minimum d'accord sur les dossiers litigieux, dont le Liban, se dégagerait de ses discussions avec le roi Abdallah. Selon toute vraisemblance, la Turquie aurait joué un rôle important dans le soudain réchauffement des relations syro-saoudiennes qui aura forcément un impact positif sur la situation libanaise. Le premier indice de cette nouvelle atmosphère pourrait se traduire dans le cadre des consultations parlementaires obligatoires que le Premier ministre désigné doit entamer ce midi. Saad Hariri, qui arrive ce matin tout droit de Djeddah, aura eu le temps de s'informer des derniers développements et les milieux politiques libanais pensent qu'il pourrait accélérer les rendez-vous avec les députés pour parvenir plus rapidement à un accord. Ce qui est sûr c'est que la rencontre entre Abdallah et Assad devrait donner un nouvel élan à la formation du gouvernement libanais, au moins sur le plan de la dimension régionale du blocage.
Saad Hariri, qui avait passé la fête du Fitr en Arabie, avait pourtant prévu de prendre son temps dans les consultations parlementaires obligatoires, puisque pour la première fois depuis l'adoption de l'accord de Taëf, celles-ci s'étaleront sur cinq jours au lieu des deux habituels. Saad Hariri a en effet choisi d'accorder une heure d'entretien au lieu du quart d'heure traditionnel à chaque bloc parlementaire et une demi-heure à chaque député indépendant, pour écouter, proposer ou parler de la situation générale. Cette démarche avait été interprétée officiellement comme la volonté du Premier ministre désigné de réhabiliter les consultations parlementaires, en général comme de pure forme, puisque les gouvernements se forment ailleurs ; mais les milieux politiques estiment plutôt qu'en agissant de la sorte, Saad Hariri envoie un message clair à ses interlocuteurs, et notamment à l'opposition, pour leur rappeler que s'ils veulent utiliser la lenteur comme moyen de pression, il reste le plus fort à ce jeu...
Mais la visite-surprise d'hier a soudain balayé toutes ces prévisions pessimistes et les spéculations vont maintenant bon train sur le contenu des consultations. Saad Hariri s'est bien gardé de fournir des précisions sur le point de départ des négociations, préférant rester libre et ne pas s'encombrer de conditions et de contre-conditions. Les membres de son bloc parlementaire sont aussi restés dans le flou, certains d'entre eux affirmant que le partage 15-10-5 est l'une des formules possibles mais pas la seule, alors que d'autres ont insisté sur le fait qu'il n'est pas question de commencer les consultations là où s'étaient arrêtées les précédentes, c'est-à-dire à la liste présentée par Saad Hariri et aux réserves émises par l'opposition. Le secrétariat général du 14 Mars s'est contenté, de son côté, de réclamer la formation d'un gouvernement qui reflète les résultats des élections législatives, pour ne pas avoir l'air de poser des conditions au Premier ministre désigné, mais des sources proches des partis chrétiens du 14 Mars ont confié qu'il n'est pas question d'accepter une formule déséquilibrée, qui ne leur donne pas pleinement leurs droits et ne tient pas compte de leur poids réel.
Pour sa part, l'opposition s'est voulue également relativement conciliante, se contentant d'appeler à la formation d'un gouvernement d'union nationale. Même le chef du CPL, Michel Aoun, généralement peu tendre avec le Premier ministre désigné, a refusé hier de poser des conditions ou d'exiger le respect de la formule 15-10-5, ou encore de réclamer une représentation proportionnelle à son poids au Parlement, préférant déclarer qu'il attend d'abord les propositions de Saad Hariri avant de se prononcer.
L'opposition attend donc ce qu'on va lui proposer et le Premier ministre désigné promet d'écouter les suggestions. La situation pourrait être critique, si les deux camps n'avaient pas soudain pris conscience d'un changement dans le climat général. Le président de la Chambre, Nabih Berry, qui a profité du congé du Fitr pour resserrer ses liens avec le leader du PSP Walid Joumblatt, était hier soir plutôt optimiste, ravi de rappeler que dès le début, il avait misé sur le rapprochement syro-saoudien. Berry et Joumblatt, qui semblent de plus en plus fonctionner en tandem, ont tenu, au cours de la dernière rencontre entre une délégation d'Amal avec le chef du PSP, à rester attachés à un gouvernement d'union nationale, coupant ainsi court à toutes les menaces de former un gouvernement à coloration unique. Selon certaines sources, ils auraient même préparé une formule alternative, largement inspirée de celle présentée par Saad Hariri au président Sleiman. Mais ils ne veulent pas l'évoquer avant d'entendre les propositions de Saad Hariri. En dépit des déclarations politiques dans un camp comme dans l'autre, les autres formules, celles d'un gouvernement de technocrates ou d'un gouvernement de pôles politiques, ne semblent pas être réellement envisagées. Le gouvernement de technocrates n'a pas de couverture politique et l'idée de relancer la table de dialogue pour le parrainer ne tient pas la route puisque cette table n'a aucune existence constitutionnelle. De même, le gouvernement de pôles ne semble pas séduire le Premier ministre désigné, qui l'avait refusé lorsque le président Sleiman l'avait évoqué au cours de la rencontre à trois avec le général Aoun à Baabda.
Contrairement aux pronostics, les consultations parlementaires commencent donc dans un climat plutôt optimiste et le Liban pourrait se doter d'un gouvernement au cours des prochaines semaines, balayant ainsi les craintes exprimées par l'émissaire du secrétaire général de l'ONU Michael Williams qui se demandait comment le Liban pourrait occuper un des sièges non permanents du Conseil de sécurité pour une période de deux ans sans avoir un gouvernement « fonctionnant pleinement ». Plus important encore, les Libanais pourraient enfin avoir une équipe qui se soucie de leurs problèmes quotidiens et surtout de la sécurité qui, comme par hasard a recommencé à hanter les esprits...

Si les informations sur le contenu des pourparlers syro-saoudiens sont encore rares, il est quasiment certain que Bachar el-Assad, qui attendait une visite du roi Abdallah à Damas, n'aurait pas accepté de faire lui-même le voyage à Djeddah s'il n'était sûr que sa visite serait appréciée à sa juste valeur et qu'un minimum d'accord sur...