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Législatives : juin 2009 - Pour aller plus loin

Un modus operandi haririen complètement revisité

Le Premier ministre désigné, Saad Hariri, devrait être de retour demain. Pour entamer, place de l'Étoile, les consultations parlementaires coutumières. Sauf que cette fois, confirment ses proches, il compte aborder une approche nouvelle, même à ce stade préliminaire. Il estime, en effet, qu'en raison de la consistance manifeste du problème posé, les blocs parlementaires ont le droit de prendre un temps de réflexion, s'ils le jugent nécessaire.

Donc de reporter éventuellement leurs réponses aux interrogations que Hariri va leur poser demain. C'est qu'il s'agit de déterminer, à travers ce filtrage, si le Liban se trouve confronté à un conflit d'ordre ministériel, à un dilemme politique ou à une véritable crise de pouvoir. Et d'État.
Partant de là, les échanges premiers vont traiter de tous les sujets politiques se rapportant, même indirectement, au tableau institutionnel qui inclut la composition du gouvernement. Saad Hariri souhaite donc laisser du temps au temps, selon le mot que répétait volontiers Mitterrand, autant pour lui, du reste, que pour l'ensemble des parties prenantes. Il entend y aller à pas mesurés, sans précipitation, car il a la ferme intention de ne pas se désister une deuxième fois. Le cheminement serait donc long et lent, du moment que, passant outre à l'avis de nombre de ses alliés, Hariri se montre toujours résolu à former un cabinet de coalition nationale. Il est dès lors probable qu'on le voit multiplier les rencontres, et les contacts téléphoniques directs, avec les pôles de l'opposition. En leur tenant éventuellement tête, car il n'est toujours pas disposé à se soumettre à des exigences rédhibitoires. Il se propose de ne procéder qu'en base des critères qu'il établit lui-même, en accord constitutionnel avec le chef de l'État.
En face, les prosyriens confirment qu'ils campent sur leurs positions. Et qu'ils maintiennent leurs conditions antérieures, sans rien en lâcher et sans envisager de faire des concessions, même minimes. Ils précisent que leur fermeté s'explique d'abord par la certitude que la majorité n'est pas en mesure de gouverner seule. À preuve que Hariri persiste à vouloir former un cabinet de coalition. Il annonce, en effet, qu'il faut une équipe nationale, avec la participation de tous. Ce qui ravit l'opposition, qui en profite donc pour remettre le couvert des prétentions exorbitantes. Les prosyriens ajoutent qu'ils sont d'autant plus certains de leur fait qu'au cas où Hariri serait tenté de leur tourner le dos, le président Michel Sleiman ne permettrait pas à la majorité de former un gouvernement en solo. Effectivement, selon plusieurs témoins, le chef de l'État estime que la phase présente requiert un cabinet de coalition, tant à cause des difficultés internes qu'en raison d'une conjoncture régionale dangereusement instable.
Du côté des loyalistes, certains relèvent que la majorité se trouve devant deux choix. Soit elle accepte, pour éviter une explosion sinon sécuritaire du moins politique, les conditions des prosyriens. Soit elle forme un cabinet de fait accompli, dans lequel elle ferait nommer des opposants. La balle serait alors dans le camp des prosyriens. Ils auraient à s'incliner, ou à refuser la participation de leurs représentants choisis par autrui. Dans ce cas, indiquent les majoritaires, le Premier ministre désigné aurait à remplir les blancs et à remplacer à son gré les ministres réfractaires. Ils soulignent enfin que les forces régulières, armée et FSI, doivent rester sur le qui-vive pour frapper d'une main de fer toute tentative d'atteinte à l'ordre public et à la sécurité.
Les avis sont partagés. Walid Joumblatt est pour la première formule ; il estime que l'intérêt national bien compris, vu sous l'angle de périls multiples, dont on ne peut exclure une nouvelle guerre intestine, ou un 7 mai bis, commande à la majorité de faire des concessions. D'autant que l'on signale des tentatives de réarmement et de discorde sur le terrain, notamment au Nord. À ses yeux, des concessions de la majorité serviraient le pays bien plutôt que l'opposition.
Mais d'autres pôles ou cadres du 14 Mars pensent que, sur le long terme, le deuxième choix, celui d'un cabinet de fait accompli, est plus sûr et plus sain pour le pays. Il permettrait de clarifier le tableau, la perte de temps, les compromis ne pouvant qu'aggraver les déséquilibres en faveur du camp agresseur, entendre le 8 Mars. Ils ajoutent que le risque de confrontation au niveau de la rue doit être testé et ne pas continuer à constituer une épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête de la majorité, pour l'affaiblir. Par là, ces majoritaires sous-entendent que la menace d'une explosion sécuritaire brandie par le camp d'en face n'est qu'une menace en l'air et qu'il ne faut pas s'y laisser prendre. En tout cas, les deux ailes de la majorité vont se concerter avec Hariri, pour le convaincre d'opter pour l'un ou l'autre choix précités.
Les protagonistes attendent également, pour une relance de la partie, le retour du président Sleiman. À New York, il doit rencontrer nombre de dirigeants étrangers, dont le président américain Barack Obama et le président français Nicolas Sarkozy. Étant entendu que Paris se déclare disposé à prendre langue avec Damas sur le dossier libanais, pour faciliter la formation du gouvernement.
C'est que, comme le reflète le dernier discours de sayyed Hassan Nasrallah, le tandem syro-iranien ne semble toujours pas prêt à lâcher l'atout libanais, cette carte de pression dont il attend les dividendes sur le plan régional comme au niveau international.

Donc de reporter éventuellement leurs réponses aux interrogations que Hariri va leur poser demain. C'est qu'il s'agit de déterminer, à travers ce filtrage, si le Liban se trouve confronté à un conflit d'ordre ministériel, à un dilemme politique ou à une véritable crise de pouvoir. Et d'État.
Partant de là,...