Et dire qu’il y en a qui s’offusquent encore des tirades littéraires de l’actuel turban en chef du Hezbollah. Tapi au fond d’un tunnel en-dessous d’une ruine qui ne tient plus que par les câbles branchés sur EDL, il continue d’entasser les victoires virtuelles en dépit de raclées bien réelles.
Naïm Kassem n’a pourtant pas inventé l’eau chaude. Il est le dernier en date d’une lignée de dirigeants arabes qui, à force de moulinage, finissent par croire mordicus à leur propre logorrhée, traînant au bout de leur laisse une kyrielle d’allumés qu’ils envoient au casse-pipe au tarif syndical. Les modèles ne se comptent plus, allant de Gamal Abdel l’Égyptien au tueur en Syrie Bachar, sans oublier Saddam le Tikriton irakien et Mouammar, détenteur d’un master ès-lubies en Libye. Aussi loin que peut remonter la mémoire, on n’a pas souvenance d’une victoire nette et sans appel de l’un de ces chefs dans une guerre, hormis les révolutions de palais interethniques et autres jacqueries confessionnelles maculées d’hémoglobine fraîche.
À partir de là, la suite du feuilleton est connue, et le scénario pour le très prévisible Naïm se déclinera de trois façons distinctes, selon la chance et les circonstances : un, il tombe de l’armoire et se fait alpaguer par la police qui exhibe devant les caméras sa belle plastique menottée mais néanmoins démantibulée par les bavures ; deu x, il détale courageusement déguisé en fatma, après avoir épuisé son stock de larbins qui auront entre-temps retourné leur veste ; tro is, il se prend une torgnole militaire dans les grandes largeurs, mais il a la vie sauve et s’en tire par un V de la victoire au milieu des ruines fumantes et des niais ensanglantés qui l’acclament.
Notre ami préfère bien évidemment cette dernière issue honorable qui lui permet de sauver la face et les fesses. Depuis les équipées successives de ses miliciens face aux Shlomos, ce pis-aller choisi dans l’urgence à la tête du Parti barbu a dégringolé de son tapis persan voltigeur. Il est vrai qu’au départ, tout comme son prédécesseur évaporé, il a continué à jouer le mauvais cheval, préférant claquer son trésor de guerre en tunnels pour ses hommes plutôt qu’en abris pour la population. Maintenant avec la petite monnaie qui lui reste, il n’a même plus de marge pour détruire Israël. Ce qui explique sa hargne face à notre République peau-de-bananière, sommée de panser les moignons et douiller pour sa victoire divine ratée.
Bref, ce crypto-patron n’a pas dévié d’un poil de touffe de son carnet de bord et n’y va pas par quatre chemins : l’Arabie saoudite c’est caca, seuls les mollahs de Téhéran sentent le jasmin. Dans un souci d’équilibre, ses adversaires politiques produisent la définition inverse en draguant les Saoudiens et en massant leur représentant local.
Ne reste plus aux Libanais normaux qu’à saisir la fine nuance entre ces deux formidables écoles de pensée…
gaby nasr@lorientlejour.com