Le président Joseph Aoun pose aux côtés de la cheffe de la diplomatie de l'UE, Kaja Kallas, et de la délégation qui l'accompagne. Photo ANI
Alors qu'ils recevaient jeudi la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, le président Joseph Aoun et le chef du Parlement Nabih Berry ont mis l'accent sur la nécessité de trouver une alternative à la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), déployée au Liban-Sud et dont le mandat expire en fin d'année, dans un contexte d'occupation israélienne et d'attaques menées quotidiennement par l'Etat hébreu. Mme Kallas, elle, a appelé, plus tard dans la journée, à une prorogation du mandat des Casques bleus.
Le président de la République et le Premier ministre Nawaf Salam ont déjà mis en garde ces dernières semaines contre le risque d'un « vide sécuritaire » au Liban-Sud après le départ de la Finul. Sous la pression des États-Unis, le Conseil de sécurité avait décidé en août 2025 de mettre fin au mandat des Casques bleus le 31 décembre 2026. Ces derniers jours, une majorité de députés libanais plaide pour le maintien de la force onusienne, afin d'éviter un vide sécuritaire dans le Sud, où Israël poursuit ses frappes de manière quotidienne et occupe toujours une superficie estimée à plus de 600 km².
Le président Aoun a salué jeudi « les efforts déployés par l'Union européenne (UE) afin d'éviter un vide après la Finul », tout en précisant que le Liban souhaite que « toute force déployée opère sous la bannière des Nations unies ». Il a remercié Mme Kallas pour le fait que l'UE « se dirige vers l'approbation de l'envoi d'une mission civile et militaire au Liban, chargée de fournir conseils, formation et équipements ». La diplomate a exprimé pour sa part à Joseph Aoun « la disposition de l'Union européenne à fournir l'aide nécessaire au Liban », qu'il s'agisse d'un soutien à l'armée ou aux organisations de la société civile. Début septembre, Mme Kallas avait annoncé le lancement d'une mission de formation de l'armée libanaise dans les prochains mois, qui ne remplacerait toutefois pas la mission actuelle des Nations unies.
Interrogée plus tard dans la journée par l'AFP, Kaja Kallas a déclaré que l'UE était en faveur d'une prorogation du mandat des Casques bleus, malgré la décision du Conseil de sécurité de l'ONU. Pour les États membres de l'UE, « il ne peut y avoir aucun vide sécuritaire dans le sud du Liban, et donc tout le monde s’inquiète de la fin du mandat de la Finul », a-t-elle indiqué, précisant qu'une prorogation du mandat « serait extrêmement bienvenue ».
La diplomatie comme « alternative »
Revenant sur l'« accord-cadre », signé entre le Liban et Israël le 26 juin à Washington, Joseph Aoun a indiqué que ce texte « reflète la conviction du Liban que la voie diplomatique de la négociation constitue une alternative à la guerre ». Le chef de l'Etat a appelé la communauté internationale à « faire pression sur Israël pour qu'il respecte cet accord, tout en affirmant que l'Etat hébreu « ne parviendra pas à atteindre ses objectifs » par le biais du conflit armé. « L'armée libanaise s'acquitte pleinement de sa mission dans les zones où elle est déployée au sud du Litani, en application de l'accord-cadre », a encore déclaré Joseph Aoun, alors qu'une source militaire israélienne avait accusé mercredi la troupe d'être « infiltrée » et de ne pas mener à bien sa mission de désarmement du Hezbollah dans les « zones pilotes », des secteurs prévus dans l'accord-cadre dans lesquels l'armée libanaise doit se déployer et démanteler les infrastructures du parti-milice, et dont doivent se retirer les troupes israéliennes. Une première de ces zones avait été instaurée à Zaoutar el-Gharbiyé, dans le caza de Nabatiyé, village qui n'était pas occupé par Israël.
Mme Kallas s'est également entretenue avec le président du Parlement Nabih Berry et devrait voir le chef de la diplomatie libanaise Joe Raggi. À l'issue de leur réunion, Nabih Berry a réitéré sa mise en garde contre « les conséquences de la fin du mandat de la Finul sans qu'une alternative ne soit trouvée sous l'égide de l'ONU ». Il a estimé que cette « erreur grave porterait atteinte à la légitimité internationale et aux résolutions onusiennes — dont la résolution 1701 — tout en affectant négativement l'Union européenne et son rôle ».